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est peut-èti-e venu jusqu'à vous : je m'appelle Zoroastre.
A ce grand nom, Numa, Léo, Camille, se regardent avec surprise , et reportent sur le vieillard des jeux remplis de vénération. La tendre Anais, qui lit dans leurs âmes le respect qu'ils ont pour son père , leur en témoigne sa reconnaissance par un sourire plein de douceur.
Zoroastre continue : Mon père, détrôné par le roi d'Assjrie , erra suppliant dans toutes les cours de l'Asie , et ne me laissa pour héritage que l'instruction du malheur et ses droits au trône de Perse. Je voulus tenter de les faire valoir : je rassemhlai quelques troupes , je revins dans le rojaume qu'avaient possédé mes aïeux. Je trouvai la Perse heureuse sous l'empire du sage Phul, roi de Niniv^e : ce grand homme régnait par la justice. Je sentis que mes sujets ne pouvaient gagner à changer de maître. Dès ce moment, je renonçai à mes projets"; je regardai comme un crime de troubler la félicité de tout un peuple pour de vains droits qui n'intéressaient que moi seul , et je ne pus consentir à faire égorger des milliers d'hommes pour succéder à un monarque que je ne pouvais surpasser en vertu. Je congédiai mes troupes ; je cachai ma naissance avec soin ;
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je réprimai les mouvemens d'orgueil dont l'âme la plus pure n'est pas exempte ; et, me vouant tout entier à l'étude de la nature ^ j 'aimai mieux devenir un sage qu'un roi.
Je parcourus toute l'Asie ; je cliercliai chez les Brames , chez les Chinois , chez les philosophes du Gange , cette sagesse dont j'étais amoureux : partout je trouvai la superstition plus chère à l'homme (jue la vérité. La vérité , dont tout le charme est d'être simple , n'éhlouit pas comme l'erreur : je désespérai de la rencontrer sur la terre, je désirai de mourir.
Le grand Oromaze, du haut de son trône, baissa ses yeux juscjue sur moi : il fît descendi-e dans mon sein un pur rajon de sa lumière. Je méditai pendant vingt ans dans un désert , et ma raison me prouva qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu , que ce Bien m'a donné une âme , qui survivra sûrement à mon corps pour être punie ou recompensée. Mon cœur me dit que Dieu est bon ; que le mal que je voyais sur la terre ne pouvait être son ouvrage , qu'il avait été produit par un être malfaisant, ennemi de Dieu et des hommes. Je détestai cet être. J'adorai mon Créateur; je l'adorai dans le plus beau de ses ouvrages , dans le soleil , brillant emblème de son pouvoir,de son éclat, surtout de sa bienfaisance. Je vis que ce soleil
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fait naître les moissons pour le Scythe, pour le Perse , pour le Syrien , jiour tous les peuples de la terre , divisés entr'eux sur la manière d'adorer Dieu : je conclus que ce Dieu , souve- , rainement indulgent , aime tous les hommes , supporte ceux qui le calomnient , pardonne à la faiblesse , et punit la persécu-tion.
Certain de ces vérités éternelles , je pensai qu'elles étaient un bien trop grand pour en jouir seul. Je me crus obligé de les répandre : je sortis de mon désert, je dis aux peuples : Aimez Dieu, et aimez-vous. Adorez le Créateur dans le soleil , flambeau du monde , et dans le feu, âme de tout. Sojez purs dans vos pensées , dans vos paroles , dans vos actions. Faites du bien à tous les hommes , de quelque religion qu'ils soient; vivez et mourez fidèles à vos rois , pajez les impôts sans murmure , cultivez la terre , car labourer , c'est servir Dieu; et quand vous êtes dans le doute si une action est bonne ou mauvaise , sachez vous en abstenir.
Voilà quelle était ma doctrine : je la répandis de l'Euphrate à l'Indus. Les peuples m'écoutaient et croyaient ; mes disciples augmentaient chaque jour. Si j'avais voulu les armer, j'aurai? pu soumettre l'Asie : mais l'amour de l'uiiinanité l'eranorlait dans mosi
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cœur sur l'amour de ma loi; j'aurais refusé l'espoir de voir régner cette loi , s'il eût fallu répandre du sang. Je dispersais moi-même mes disciples, je les forçais de me quitter; je leur disais : Aimez la paix, restez dans vos familles; le Dieu que j'annonce vous défend de vous exposer pour moi.
Parmi ces disciples était une jeune fille qui, malgré les plus vives instances, ne voulut jamais s'éloigner de moi. Elle s'appelait Oxane : je sens mes pleurs couler eu prononçant ce nom chéri. Oxane aimait Zoroastre encore plus que le prophète. Oxane m.e suivait partout : si je parlais, elle écoutait dans le ravissement, son âme était dans ses yeux, son visage peignait le bonheur : si je me taisais , ou que le moindre nuage parût obscurcir mon front, Oxane était plus triste que moi; elle n'osait m'intcrroger, mais ses regards tendres et douloureux m'avertissaient de sa peine. Je la conjurais tous les jours de ne pas suivre mes pas. O mon père! me répondait-elle, je voudrais mourir pour ta loi , laisse-moi vivre poxir Zoroastre. Plus je te vois , plus je t'entends , plus je sens que j'aime ton Dieu. Je crains que tu ne sois persécuté : cette idée m'attache à ta fortune. IVon , Oxane ne te quittera point que tu n'aies trouve î'épousc