LIVRE IX. î
qu'Oromaze fa destinée. Je veux voir, je veux servir l'heureuse femme qui doit acquitter par sa tendresse , par ses soins , par le bonheur dont elle te fera jouir, les bienfaits que te doit la terre.
Tant d'amour, tant de constance , fit naître dans mon âme un sentiment que j'avais cru devoir ignorer : je devins l'époux d'Oxane. Oromaze , du haut de son trône , bénit nos tendres liens. Oromaze, en me donnant une femme vertueuse et tendre, me récompensa de tout ce que j'avais fait pour lui.
O jours de ma félicité , vous n'avez pas duré long-temps 1 Oxane et moi, nous vivions dans la Perse; mes disciples, qui avaient pris le nom de Mages, dispersés dans leurs asiles^ adoraient le feu , cultivaient la terre , et pratiquaient la vertu.
Le roi de Ninive , Phul , tolérant comme tous les grands rois, fermait les veux sur un culte qui ne portait ses sujets ni à la révolte ni à la corruption. Mais le sage Phul, parvenu à une extrême vieillesse , paya le tribut à la nature , et laissa le trône à Sardanapale son fils.
Ce malheureux prince , roi de trop bonne heure , entouré , perverti par ses flatteurs , leur abandonna les rênes de l'empire , oublia
a4o ^■UMA POMPILIUS.
les leçons de son père , son peuple , ses devoirs , pour se plonger dans la plus affreuse débauche. Les vices qui infectaient son palais allèrent infecter jSinive , et de là tout l'empiï-e. Au bout de deux ans de règne , la capitale, les provinces, tout était également corrompu. Le roi, jouet de ses ministres, esclave de ses eunuques , tjran de son peuple , le roi ne se souvenait plus qu'il n'était roi que pour signer des édits cruels, pour commander des exactions , peur payer avec le pur sang de ses sujets ses plaisirs infâmes ou ses vils flatteurs.
Tout se vendait à Ninive : honneurs , charges , justice , tout était au plus offrant. Des courtisanes gouvernaient l'empire , ordonnaient en riant la ruine d'une province , faisaient gloire da dévorer dans un repas la substance de cent familles. Des satrapes bas et cruels , ennemis de l'Etat et du peuple , pleins de mépris pour leur riaître comme pour eux-mêmes , trafiquaient publiquement de leur crédit , vendaient , sans rougir , le patrimoine de l'orphelin, la liberté de l'inno' cent. Les guerriers tiraient vanité de leur amour pour la mollesse ; les magistrats ne rougissaient plus de leurs injustices : dans tous les ordres de citovens, la rapine seule