‹ Numa PompiliusChapitre 99 sur 131 · LIVRE IX. a · texte numérisé non relu

LIVRE IX. a

mes regards : je la saisis. A la. faible lueur qui pénétrait dans la caverne, je lus sur cette lame ces paroles écrites en caractères sacrés j Zoroastie dépose ici le livre de la sainte loi , le Zend-Avesta, que tu écrivis sous l'inspiration d'Oromaze. Le jour n'est pas arrivé , où ce livre, émané de Dieu, doit être connu des mortels : ta religion sera long-temps encore l'objet de la baine des peuples. Mais un second législateur , qui portera le même nom que toi , doit naître dans la plénitude des temps : il sera conduit à celte caverne, il trouvera ton livre sacré ; et , le montrant à l'Asie , il le placera sur le trône , oii il sera la règle des nations. Pour toi , tes travaux sont iinis : prends ton chemin vers la Phénicie ; affronte la mer orageuse , va chercher dans l'Occident une tranquille patrie, où ton nom plus inconnu ne t'entoure pas de persécuteurs. Ainsi le veut Oromaze; obéis; et ne mui-mure pas*

Je lus deux fois ces paroles , je ne doutai point qu'un ange ne les eût tracées. Je remis avec respect la lame d'or dans le cercueil; j'v déposai le livre sacré qui renfermait la divine loi, je recouvris le tombeau avec la pierre renversée ; et , prosterné contre la terre , je m'Iuimiliai devant Oromaze.

Après avoir adore son nom , je sortis de la caverne ; je dirigeai mes pas vers l'opulente Tjr. Là , suivi de ma chère Oxane , je montai sur un vaisseau pour aller chercher un asile chez les peuples hospitaliers de la Grèce ou de ribérie. -i^otre navire , poussé par les vents dans la mer Adriati(|ue , vint échouer sur les côtes des Frentaniens. Oromaze , que j'invoquai , sauva mon épouse : je la portai dans mes bras jusqu'à un village des Marses , où l'on me donna l'hospitalité. Hélas ! ma chère Oxane, faible, languissante, accablée par les fatigues de la mer , fut bientôt surprise des douleurs de l'enfantemant ; elle me rendit père d'un fils et d'une fille à la fois. Nous résolûmes de nous établir chez les Marses : quelques pierres précieuses , seuls restes de mon ancienne fortune , me rendii^eat possesseur d'une chaumière.

Nous allions être heureux, nous allions jouir du repos , en adorant no^re Dieu , en élevant nos enfans , quand les cruels Péligniens , qui faisaient alors la guerre au peuple marse , surprennent notre village , le réduisent en cendres, et pénètrent dans la cabane où je dormais auprès d'Oxane , entrâmes deux enfans. Les barbares! je les ai vus massacrer ma femme et mon fils : mes pleurs , mes cris , nits

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efforts , ne purent les défendre. Je ne sauvai que ma fille; je la couvris de mon corps; je reçus toutes les blessurcrs que ces tigres lui destinaient : fiijant avec elle à travers l'incendie et les morts , marquant mon clicmin de mon sang , j'arrivai dans ce vallon , où mes mains ont bâti cette cabane , où j'élevai mon Anaïs , ma chère Anaïs , unique et dernière consolation de quatre-vingts ans de malheurs. La voilh cAle pour qui seule je tiens à la vie, celle dont les traits, dont les vertus me rappellent tous les jours Oiane,

En disant ces paroles , le vieillard se jett j dans le sein d'Anaïs.

Mais , Léo , Léo , qui ne respirait pas depuis la fin du récit de Zoroastre , Léo saisit sa main qu'il presse dans la sienne; il le regarde avec des yeux animés et remplis de larmes : Ah ! par pitié , lui dit-il , dans quel lieu , dans quel village avez-vous perdu voti-e fils? Dans Avia, répond le vieillard, sur le bord du fleuve Atcrnus. Et cet enfant, continue Léo , ce fils que votis pleurez , ne portait-il pas à son cou une émeraude gravée? Oui, reprend le vieillard surpris : sa mère l'en avait paré ; le nom d'Oromaze en caractères persans était écrit....

Embrassez votre fils , s'écrie Léo tombant dans ses bras ; je le suis , j'ai ce bonheur.

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Voici l'émeraude gravée : on m'a trouvé moQ. vaut dans Avia; j'ai dans mon. sein la marque du poignard dont les Péligniens me frappèrent. Dès le premier jour où je vous ai vu , j'ai senti mon cœur tressaillir, un transport, un sentiment involontaire m'ont averti (jue je vous dois la vie.

Il dit : le vieillard ne peut répondre. Il reconnaît la pierre gravée ; il y lit le nom de «on Dieu : il presse Léo contre son cœur, il l'accable de ses baisers ; et son âme épuisée par sa joie est prête à l'abandonner.

FIÏ DU SBUriEME LIVHK.

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