N. Tète barbue à droite dans un grenetis
Rf. Tête de femme à droite dans un grenetis. Ar. 4 4 [2. Poids: gr. 0,655. (PI. x, n® 8.)
Ces deux médailles m’ont été apportées en Cilicie ; la seconde appartient à Nagidus; quant à la première, elle est d’une attribution moins sûre. A ne regarder que le revers, on croirait tenir une médaille de Samos; le bœuf est traité de
la même manière que sur les monnaies bien connues de cette île, et il a la même posture. Mais le type du droit accuse une origine cilicicnne ; l'édifice qui y est représenté a de l’analogie avec celui qui y est figuré sur les belles médailles d’Abdsohar ( Voy . de Luynes, Satrapies, pl. iv, 2, 3, 4), où l'on s’accorde à reconnaître les murailles d’une ville. On pourrait également voir sur notre médaille un petit temple du feu ou pyrée, tel que celui qui est représenté sur la médaille attribuée à un satrape de la Bactriane. (Satrapies ,
pl. VI.)
Pomponius Mêla (I, t3) rapporte que Célendéris et Nagidus étaient des colonies samiennes ; c’est ce passage et la ( présence du type samien sur ma médaille qui m’ont déterminé à la classer à Nagidus. Célendéris pourrait aussi la revendiquer ; mais comme l’on connaît déjà des médailles d’un type différent , et tout aussi anciennes , qui appartiennent, sans aucun doute , à Célendéris , j’ai préféré l'attribution à Nagidus, ville dont on n’a pas encore publié de monnaies anépigraphes.
PHYC.ELA IONIÆ.
Tête de Diane de face ; grenetis circulaire.
Rf. <l>YTRAEfiN . OINOniAHS. Taureau cornupètc à droite; derrière lui, un palmier. Alt. 7. gr. <3,96. Télradrachme. (Pl. xi, n° 3.)
La ville de Phygela était située sur la côte d’Ionie, en face de Samos , entre Ephèse et Milet. Elle fut fondée par des exilés, ainsi que nous l’apprennent Pline (v. 29, 3<) et Pomponius Mêla (cap. < 7) ; mais ces auteurs ont omis d’indiquer la patrie première de ces exilés. Dans Etienne de Byzance, Strabon, l’Etymologicum Magnum et Xénophon {Ilelt. 1, 2), le nom est écrit nùyeXa, orthographe vicieuse qui a donné
lieu à une étymologie fort singulière adoptée par Strahon, et qui consiste à faire dériver TlûytX* de IlvyaXy^î . en attribuant la fondation de la ville aux rameurs des vaisseaux d’Agamemnon, qui souffraient des suites d’une longue traversée. Dans les inscriptions l’on trouve la véritable orthographe 't'vyeXrj;. Jusqu’à présent l’on ne connaissait que des petits bronzes de Phygela , portant les initiales <l»T ou <MT. Notre tétradrachme est donc une addition importante à la numismatique de l’Ionie; il a beaucoup perdu de son poids par le frai.
BEUDOS VETUS PHRYGIÆ.
1 AAPIANOC. Tête laurce d’Hadrien.
Rj. BGTAHNQN. üAAAinN. Apollon nu et debout, tenant une lyre de la main gauche et une branche de laurier de la droite. Æ. 5. (Musée britannique.)
Cette intéressante médaille a déjà été publiée, mais d’une manière incomplète, par Borrell (Num. chron., 1813). Tite- Live ( xxxvni . 1 5) rapporte que le consul Manlius , dans sa campagne contre les Gallo-Grecs, vint camper à Synnada, et que son armée était si encombrée de butin, que le jour suivant il ne put avancer que jusqu’à Beudos Vêtus , une distance de cinq milles. Il lui fallut encore trois jours de marche pour arriver à la frontière de Galatie. Beudos Vêtus est donc, sans aucun doute , une ville phrygienne. Ptolémée (lib. v, cap. 5, sect. 4) place HxXatàv Btwîo; au nombre des villes de la Phrygic pisidienne. C’est probablement aussi la même ville qu’Elienne de Byzance désigne sous le nom de Bouîeia, IIoXiç <ï>pir/i»; .
La position de Synnada à Afioum Karahissar, sinon certaine, est du moins très probable. Beudos doit donc être dans les environs de cette ville, au nord-est.
FULVIA PHRYG1Æ.
Tète de Fulvie, ailée comme les tètes de la Victoire.
R[. <t>OYAOYlANftN . ZMEPTOPHY) . «MAONIAOT . Pallas marchant à gauche, tenant sa haste de la main droite et son bouclier sur le bras gauche. Æ. 5. (pi. xi, n° 5.)
Aucun auteur ancien n'a fait mention de la ville de Fulvia; mais au moyen de quelques rapprochements l'on peut déterminer approximativement sa position. La fabrique de notre médaille indique qu’elle ne peut appartenir qu’à une ville phrygienne ou galate. Le nom de Zmcrtorix est gaulois, et dans les inscriptions d’Ancyre l’on trouve plusieurs noms qui ont la môme désinence. Le nom de Philonidès se lit deux fois dans les inscriptions de la même ville. (Boeckh, n0> 404 4, 4039.)
Une tète de la Victoire se voit sur les médailles autonomes de Philomélium, ville frontière de Phrygie et de Galatie, ainsi que sur les médailles de Déïotarus, roi de Galatie. Il est donc à supposer que Fulvia était située quelque part dans la Phrygie orientale, et que quelque ville de cette portion de l’Asie aura pris momentanément le surnom de Fulvia en honneur de la femme de Marc-Antoine.
L’auteur du catalogue de la collection Borrell (n° 457) fait remarquer que le nom de Zmertorix se trouve sur une médaille d’Euménia , frappée sous Auguste ( voy . Phrygie , p. 23, n° 3), et comme ce nom ne s’est pas encore rencontré ailleurs, il pense que Fulvia est un surnom d’Euménia, adopté en honneur du triumvir. A cette considération , l’on pourrait ajouter que les types de notre médaille conviennent parfaitement à Euménia, dont les bronzes portent souvent d’un côté la tète de Pallas, et de l’autre la figure de la Victoire. Il est impossible ici d'arriver à une conclusion
certaine; cependant les probabilités me paraissent être en faveur de l'attribution à Euménia. Les villes de la Galatie et
de la Phrygic orientale furent les premières en Asie à ajouter des surnoms romains à leurs noms primitifs. Ancyre, Pessinus et Tavium prirent, dès le règne d'Auguste, le surnom de Sébaslé; Amorium prit celui de Vipsania; et l’on trouve dans la môme portion de la Phrygie une ville de Sébaslé , et dans la Galatie une autre «appelée Fabia. ( Steph . Dyz. in voce.)
Mais notre médaille est importante à un autre titre ; c’est qu’elle donne le portrait de Fulvia , la première femme de Marc-Antoine , femme qui par ses talents et ses intrigues exerça une grande influence sur ses contemporains. Elle est représentée sous les traits de la Victoire, et avec une coiffure pareille à celle d’Octavie , la seconde épouse du triumvir. Marc-Antoine passa une partie des années de Rome 712-13 en Asie, occupé à régler l’administration des différentes provinces, troublée par les guerres civiles. C’est à cette époque que notre médaille a dû être frappée; car Fulvia mourut en 714. Ce portrait vient compléter la série iconographique des femmes de Marc-Antoine, dont M. Duchalais a récemment entretenu les lecteurs de la Revue.