‹ Numismatique de la Gaule narbonnaiseChapitre 37 sur 85 · III. LIBICL · texte numérisé non relu

III. LIBICL

( PL. XIII

Tète d« Diane , couronnée d'olivier, à droite , avec pendants d’oreilles.

• DMdl'I. Lion à droite Ar. 3. F.b. a gr. 65. c.

Ma Suite.

Pline l'Ancien s’est servi du nom d'Ora Lybica pour designer les deux embouchures occidentales du Rhône ‘ , et cette expression n'a pas médiocrement embarrassé les commentateurs. Le pays étant anciennement peuplé par la nation des Ligures, on proposa de substituer le mot Ugustica à celui de L)-bica; mais comme tous les textes sont d’accord pour cette dernière épithète, il fallut l’interpréter d’une autre manière , et on crut qu'elle leur avait été donnée parce qu’elles regardaient l’Afrique , quoique cette circonstance fut commune aux trois emboucliures reconnues par Pline. Selon d’Anville, les Ora Lyii'ca étant tournés vers le sud-ouest, appelé Ai'è parles Grecs, avaient reçu ce nom des Massaliotes , pour les distinguer de la troisième bouche, qui s’ouvrait dans une autre direction de vent ’. Celte dernière explication tombe d’elle-même parle fait d’une distraction singulière du savant géographe; car le mot AIft désigne le vent du sud-est, et non celui du sud-ouest.

* Plia., 1. III, c.

* Cf. d'AnTille» Not« de l'aac. Gaule, S53.

HAEBONNAISE. — UBIO.

Une médaille aux types si connus de Marseille, portant en caractères celtibériens la légende rétrograde JJbeci, me fera proposer une nouvelle conjecture. Les Ligures Lihiù, Libici ou Lebeci, établis dans la Gaule Cisalpine, avaient une origine commune avec les Ligures Safyes, Saijri ou SalUwii, leurs voisins', qui tiraient eux-mémes la leur des Ligures Salyi de la Narbonnaise’. Je suppose que, dans la Gaule Transalpine, la tribu des Libici occupait, près des Salyes, les bords^de la Méditerranée et du Rhône, et qu’un souvenir de son nom est resté dans celui d' Ora Ljbica , donné aux bouches occidentales du fleuve , dont le cours se terminait sur le territoire de cette tribu, et par opposition à celui d'Os MassalioUcum que portait l'embouchure orientale , voisine du territoire de Massalie, Festus Aviénus, dans ses Oramaritima, place immédiatement après les Anatilii les Salyes féroces, et Strabon dit que ce peuple occupe , depuis Antipolis jusqu au-delà de Massalie , les montagnes qui dominent la côte , et même une portion de la cote, mêlé avec les Grccs^.

A la vérité, pour faire une place aux Libici dans la Narbonnaise , je suis obligé de faire remonter vers les Cavares les Anatilii , dont notre célèbre d’Anville et son docte successeur, M. le baron Walkenaer, ont assigné la position dans les îles formées par les différents bras du Rhône^. Mais on sait combien ces positions sont difficiles à établir d’une manière certaine, tant les renseignements fournis par les écrivains de l'antiquité sont incomplets et souvent même contradictoires. Les délimitations de peuple à peuple manquent presque toujours, surtout quand leur territoire est de peu d’étendue.

On trouve habituellement en Provence des médailles , offrant comme la nôtre des légendes en caractères celtibériens, dont l'attribution n’a pu encore être déterminée, et qui durent être frap-

* Cca peopica avairot pour capitale yerceüœ , aajourd’btû f'erctÜi,

* Cf. Strab., I. ir, p, ao 3 j Tit. Lir., I. t, c 35 }PUn., 1. ui»c. 17.

* Fest. Âvicii.i Ora marxl., t. 69a.

Strab., C^r. ,1. rr, p. »o3.

^ D'AdtüIc, ^ot. de l’aoc. Gaule , 64.-»

3 Talkeaaer, G^ogr. anc. dc« Gaulcs^l, 117.

NARBOÎTNjUSE.

pées par d'autres tribus des Ligures. Nous en reparlerons plus loin, et nous regarderons, en attendant, comme un fait résultant de l’étude de ces monuments, l'usage, par les Ligures, d'un alphabet particulier, tirant comme ce peuple son origine de l'ibérie.

Il n’y a donc pas lieu de recourir à l'Espagne pour l'attribution de notre médaille, comme l’a fait Sestini en la donnant à Hemeroscopiiim , uniquement sans doute à cause de la rencontre de types particuliers à Massalie avec une légende celtioérienne, car l’inscription OMMI'î, reconnue par Sestini lui-même, sur la variété qu’il a publiée, n’offre aucune analogie avec le nom de la colonie masstdiote

M. Lclcwcl , dans son curieux ouvrage sur les médailles de la Gaule, a décrit une pièce semblable, du cabinet de M. Ducas. L’existence, dans l'alphabet des Ibères, de plusieurs formes pour la même lettre a été cause que le savant Polonais a lu ainsi l'inscription, Lircco, et lui en a fait proposer l'attribution, soit à l’île de Lero, soit aux Aulerci /iramtot'ices'.

Le dernier caractère de la légende de notre médaille est douteux; il devait être suivi d’un ou de deux autres dont on aperçoit Ira traces, et qui complétaient peut-être l'ethnique , exprimé à la manière généralement suivie par les Ccltibères sur leurs monuments nuniismatiqucs Ainsi la ville de Lyhia ou Luhia, dont le nom offre de l'analogie avec nos Ubeci ou Libici, a pour légende de ses monnaies le génitif pluriel Tr f*' tMé h' , iü[t]êtfetX[e]n , [monnaie] des Ubisci*.

I,es autres exemplaires de cette médaille que j’ai pu examiner chez M. le marquis de Lagoy et chez M. Anatole Barthélemy,

* V. Settîeiy Mas.iie<ier».,Med. itpanc, l>. i 55 s et pl. Tl, fig. Il • i 3 .

* LeJewel , Étades BumisiDaliquc«,Typc gnoloU, p. 5 .

^ et Saulcy , Essai de classiSeetJoa des monnaies autonomes de l’Espagne , pauim.

* M. de LcHigpéncT a tait remarqner l'analogie de celte forme avec celle employée

sur Ica monnaies grecqaes. — laCs voyellca brèves sont sooTent supprimées dans l’éeri* ture des Tbères , comme dans loulca le* ëcrihjrcs sémitiqaes, ce qol démontre très bien Torigine pliénicienae de l'alphabet celtibéricn, établie par M. Lcoonnant (Cf.

Rev. ïiamUm., 1840, p. 1 et suiv., et 1841 , p. 3 ai etaoiv. )

Diqltized

LiBia.

portent des légendes encore moins complètes que le mien ; il est donc impossible de s’en rendre encore parfaitement compte.

La provenance de ces pièces n’a pas été non plus suffisamment constatée. Si elles se trouvaient plus habituellement dans la Haute-Italie que dans nos provinces méridionales , il vaudrait mieu.v sans doute les attribuer aux Libici de la Cisalpine que de supposer l’existence de ceux de la Narbonnaise, qui ne peut être prouvée jiar le témoignage des écrivains de l’antiquité. Nous trouverons cependant plus d’une fois des médailles portant les noms de peuples dont aucun autre monument ne fait mention, et nos Libici possédaient peut-être une de ces dix-neuf villes peu connues, ou de ces vingt-quatre autres, attribuées aux Volcœ Arecomià, dont Pline n’a pas daigné enregistrer les noms à la suite de sa nomenclature des oppida latina de la Narbonnaise.

Si ces conjectures peuvent attirer l’attention sur les médailles qui en sont l’objet, la question de leur provenance sera bientôt éclaircie , car elles ne paraissent pas être très rares. M. le marquis de Lagoy penche pour l’attribution aux Libici de la Cisalpine, et son sentiment mérite d’autant mieux considération , que l’on peut suivre , en quelque sorte, le chemin par où les types massaliotcs ont franchi les Alpes , en les voyant gagner de proche en proche les monnaies des Kigomagenses , des Tricorü et des Segovü.

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