‹ Numismatique De L’Arménie Dans L’AntiquitéChapitre 13 sur 36 · XERXÈS · texte numérisé non relu

XERXÈS

(174-464 av. J.-C.)

Xerxès est encore un de ces princes sur lesquels l’histoire ne dit que peu de chose. Cependant un fragment de Polybe (1) nous donne sur ce personnage des détails suffisants touchant l’époque où il vécut et le pays où il régna. Xerxès, à ce que nous apprend Polybe, faisait sa résidence a Arsamosate, et il est probable qu’il régnait sur la même région qu’Arsamès, qui était peut-être un de ses ancêtres. Antiochus [V, Epiphane, qui occupait le trône de Syrie, ayant résolu de faire une expédition en Arménie (2), déclara la guerre à Xerxès; celui-ci, voyant qu’il ne pouvait résister aux forces d'Antiochus, mit sa confiance dans la grandeur d'âme du roi de Syrie. Ce prince se contenta alors d'exiger de Xerxès qu'il payât le tribut que son père avait négligé d’acquitter, confirma le traité de paix qui avait existé entre eux, et lui donna sa sœur en mariage. Voici la traduction du passage de Poiybe qui a trait à l’histoire de Xerxès : « Antio- « chus [IV, roi de Syrie] étant sur le point de mettre le siége devant « Arsamosate, ville située entre l’Euphrate et le Tigre, dans un lieu nommé « la belle plaine, Xerxès, qui y régnait, prit d’abord la fuite; mais, « réfléchissant ensuite que si l'ennemi s’emparait de la capitale de ses « Etats, il soumettrait facilement le reste, il résolut d'envoyer des ambas- « sadeurs au roi de Syrie et de lui demander une entrevue. Les favoris « d’Antiochus lui conseillaient de s’assurer de la personne de Xerxès et « de faire entrer dans sa propre famille la principauté d’Armosate, en la « donnant à Mithridate, fils de sa sœur naturelle. Loin de suivre cet avis, « Antiochus aima mieux conclure un traité de paix avec Xerxès; il le fit « venir en sa présence, lui remit la plus grande partie des tributs que le « père de ce jeune prince avait refusé de payer, retira de lui trois cents « talents, mille chevaux, mille mulets avec leurs harnais, et lui donna sa « sœur Antiochide en mariage, après avoir réglé les affaires de ce « royaume. La grandeur d'âme et la générosité vraiment royales qu’An-

(4) Excerpt. de virt. et vit. Extr. de Con- (2) Appien. Syr. $ 45, 46, 66. stantin Porphyr.

PEN (TEE « tiochus fit paraître en cette occasion, lui attirèrent l’amour et la con- « fiance des peuples de ces cantons. »

Ces détails sont suffisants pour établir l’existence du prince dont nous allons décrire les médailles, et il est bien évident qu’elles ne peuvent être attribuées à aucun autre roi du même nom, car l’un des signes carectéristiques de leur provenance arménienne est la tiare, qui figure sur les trois pièces de Xerxès connues jusqu’à ce Jour.

L'abbé Barthélemy a le premier publié une médaille de Xerxès ; seulement il conjecturait que l’Antiochus qui eut des démêlés avec ce prince était Antiochus IT le Grand (1). Le Père Frœlich, au contraire, plaça cet événement sous Antiochus IV, par d’autres motifs (2). Visconti a rétabli les faits dans toute leur vérité, dans une note jointe à sa dissertation sur Xerxès (3). Une autre médaille de Xerxès a été décrite par Mionnet; elle diffère seulement de la première par les monogrammes du droit et du revers (4).

Tête barbue coiffée de la tiare avec la clamyde à droite; derrière la tête, un monogramme. Grenetis au pourtour.

B BADIAEOZ La Victoire debout, à gauche, tenant de la main

SEPEOY droite levée une couronne, et appuyée de la gauche sur un bouclier. Dansle champ, NK en monogramme.

Cuivre, moy. mod. — PI. I, n° 6.

Cab. de France.

Tête barbue coiffée de la tiare avec la clamyde à droite. Filet au

pourtour.

> [BASIAEO)| Victoire debout, à gauche, tenant de la main =EPEOY droite levée une couronne. Dans le champ : Z. (L'an 6 du règne?) (1) Mém. de l’Acad. desinscr.;t. XXI, p.404. (8) Iconogr.gr., 2part., ch. xu, 83, p. 520,

(2) Accessio ad num. reg.; p. 64, DL ONUTOte 3; n° 10. (4) Méd. gr., suppl., p. 724.

Cuivre, pet. mod.

Cab. de M. Rollin.

Tête barbue et coiffée de la tiare, à droite. Filet au pourtour.

H [BAÏSIAEO!S] La Victoire debout, à gauche, tenant une couronne mEPEOY de la main droite et appuyée de la gauche sur un bouclier. Dans le champ, H. (L'an 8 du règne?)

Filet au pourtour.

Cuivre, pet. mod. — PI. 1, n°7.

Cab. de France.

Dans le catalogue d'Ennery (1) on voit figurer une médaille d'argent de Xerxès, que les numismatistes n’ont point comprise dans leurs classements, parce qu’elle a été généralement considérée comme fausse ou douteuse.

Les monogrammes exprimés sur le revers des médailles que nous venons de décrire sont sans doute les dates du règne de Xerxès. Barthélemy avait supposé que l’H, qui figure sur l’une d’elles, n’était pas l’année 8 du règne de Xerxès, mais bien l’initiale de Hkéycodx, ville de l'Arménie que Ptolémée place dans la préfecture d’Arsamosate. Une autre médaille porte la date Z, ou 6.

ABDISSAR.

(Vers la moitié du second siècle av. J.-C.)

Le roi Abdissar n’est point connu dans l’histoire; mais la ressemblance des trois médailles qui nous sont parvenues de ce prince avec celles de Xerxès, roi d’Arsamosate, est frappante. La coiffure de ce prince, son nom sémitique, le type de ses médailles comparé avec celles de Xerxès ont engagé Visconti à ranger Abdissar dans la série des rois d’Arsamosate (2).

(1) P. 28, 193. (2) Iconog. gr., 2€ part., ch. xu, $ 4, p. 252.

SIL Te M. de Sauley, qui a confirmé cette attribution, suppose qu’Abdissar devait être, selon toute apparence, fils de Xerxès, ce qui fixerait la date de son règne vers la moitié du second siècle avant l’ère chrétienne (1). On peut donc établir ainsi la succession des rois d’Arsamosate :

Arscham, vers 245 avant J.-C.

Lacune de plusieurs règnes.

Xeræès, 174 à 164 avant J.-C.

Abdissar, vers 150 avant J.-C.

Le nom d’Abdissar se rencontre dans plusieurs monuments. Deux inscriptions phéniciennes, celle d'Oxford et celle de Malte, qui est bilingue (2), rapportent ce nom, dont la composition est assurément sémitique. Le nom d’Abdissar, on 725, et mieux encore %D73x 72, comme le pense Lindberg, est rendu dans la traduction grecque de l'inscription phénicienne de Malte, par Arvouws, qui vient de Atévusos, Bacchus, que les Grecs, au dire d'Hérodote, avaient assimilé à l’Osiris du Panthéon égyptien : @eoùc de yap ov Tous adrods ravtes Aiyuntiot céboyrar TAny Touéc TE AL Ocipuos, roy de Atcyucoy siva Réyouor (3). Plus loin, le même auteur dit encore : Ocipue de éoti Auévuooc 29 ÉMdde yhéoaa (4). Le dieu Issar, dont le nom entre dans la composition de celui d'Abdissar, paraît donc avoir été regardé par les Grecs comme étant le même que leur Awvos, c’est-à-dire Bacchus ou Osiris. On sait, par le témoignage de Suétone (5) et de Dion (6), que le nom Æsar signifiait, dans la langue étrusque, Dieu, ou peut-être un dieu parculier, tandis qu’au contraire en hébreu le mot sw, sar ou char, qui semble appartenir à une même racine sémitique, veut dire tout simplement prince.

Cette terminaison en sar se rapproche aussi beaucoup de celle des noms propres assyriens.

(4) Bulletin archéol. de l’Athenœum fran- (3) Hérodote, IL, 42. cais, 4855, n° 12, p. 104, le Roi Abdissar. (4) Hérodote, IL, 414. — Cf. aussi Diodore

(2) Mém. de VAcad. des inscr.; t. XXX, de Sicile, IV, 1, 247. — Plutarque. Isiset p.405,423.—Pococke. Descr.oftheEast,t.I, Osir., 13.

p. 213. — Akerblad. Lettre sur une inscript. (5) Hist. Aug., ch. 97.

phénic. trouvée à Rome. — Lindberg. De (6) Liv. zxvi, $ 29. Inscript. Melitensi phœn.-greca.

LE, [01e

Il est remarquable de trouver dans les hiéroglyphes que le nom propre

lu par Champollion, Poëris, et qui s’écrit K. FÎ Y$ le chef, se pro-

nonce, selon un monument du Sérapéum découvert par M. Aug. Mariette,

KR À YE c'est-à-dire PeSAR, le chef (1).

Parmi les satrapes de Tarse en Cilicie, dont les médailles nous sont parvenues (2), il en est un dont le nom se rapproche aussi beaucoup de celui d’Abdissar, c’est Abdsohar, wn-12v, le serviteur de Sohar, l'étoile brillante de Vénus, personnage qui parait avoir été contemporain d’Artaxerxès-Mnémon.

Quand Visconti publiait la monnaie d’Abdissar , il ne s’étonnait pas de voir un nom sémitique porté par un roi d'Arménie, confiant dans l’assertion de Strabon (3), qui dit, d’après Posidonius, que la langue des Arméniens avait beaucoup d’affinités avec celles des Syriens et des Arabes. Rien n’est plus erroné que cette opinion du géographe de l'antiquité, car on sait que la langue arménienne appartient à la famille des langues indogermaniques, et si l’on trouve des rois d'Arménie portant des noms sémitiques, comme Xerxès et Abdissar, par exemple, cela prouve tout simplement que les Arméniens eurent pour rois des monarques étrangers, à l’époque des derniers Séleucides. Nous savons en effet que bien avant le renversement de Vahé, fils de Van, dernier roi de la dynastie d'Haïg, par les Macédoniens, l'Arménie dut subir la domination de gouverneurs étrangers à leur nation, auxquels les rois Achæménides avaient donné des satrapies presque indépendantes et qu’ensuite, elle fut réunie en partie à l'Empire des Seleucides jusqu’à l’époque où Arsace le Grand donna le royaume d'Arménie, qui alors faisait partie de l'empire des Parthes, à son frère Vagharschag, fondateur de la deuxième dynastie arménienne.

(4) De Rougé, Tombeau d'Amhès, p. 33. — par M. Mariette, $ 3, p. 66, note 42. Bulletin de l’Athenœum fr., 1855. Renseigne- (2) De Luynes, Num. des satrapies, p. 26. ments sur les Apis du Sérapéum de Memphis, (3) Liv. I.

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