TIGRANE III ET ERATO
(Vers l'an 42 à 6 av. J.-C., et 5 à 4 av. J.-C.)
Tigrane TT, fils et successeur de Tigrane IF, avait, suivant l'usage d’Orient, épousé sa sœur Erato (2). Ces deux princes occupèrent ensemble le trône d'Arménie à la mort de leur père. Il est probable que le jeune Tigrane montrait du penchant pour les Parthes, car Rome le détrôna et donna la couronne à Artavazt vers l’an 6 avant Jésus-Christ. Tigrane , avec l’aide des Parthes, se ressaisit quatre ans après du sceptre d'Arménie. Ce fut alors que Caïus César, petit-fils et fils adoptif d'Auguste, passa en Orient pour faire la guerre aux Parthes et soumettre l'Arménie. L'influence des Romains ayant suscité à Tigrane de nouveaux ennemis parmi les peuples barbares qui environnaient ses Etats, il marcha contre eux, mais son expédition fut malheureuse, puisqu'il y aurait perdu la vie : « Tiypdvou Ex rodepou rwèc Bapéapixod oOapévros (3). » Cet événement eut lieu un an environ avant l'ère chrétienne. Erato quitta alors une couronne qu’elle n’espérait pas conserver, et Caïus, qui était en Asie, donna, en l’an 3 du Christ, pour roi aux Arméniens, Ariobarzane, fils du roi des Mèdes, Artabaze, issu des anciens rois d'Arménie. Ariobarzane vécut peu de temps et laissa la couronne à son fils Artavazt qui ne put se maintenir sur le trône. La table d’Ancyre nous donne sur tous ces événements des détails très-pré- CIS : « Kai td add [89 lvos dpiotoevoy ai dyanohepoty dauacbès Ümd L'aiou tod dioù pou BPaoiei ApuoBapläves , Baouéws Mdo Aprabatou d®, Trapédwr a Kai ET Toy éxeivou Oavaroy r@ Dé œdroù Apraovardn (4). » Après la déchéance d’Artavazt, Erato reprit la couronne l’an 45 du Christ, mais les Arméniens, qui se las-
(1) Revue archéol., VMI° année, p. 225. (3) Dion Cassius, Hist. frag., publ. par Mo-
(2) Tacite, Ann., liv. I, ch. 3, 4. — Dion relli, f° 78.
Cassius, liv. LV, & 41. — Frag. de Dion, (4) Bæckb, C. IL. G., n° 4040, cul. iv, lig. Tpubl. par Morelli. aie
Le (90 ue saient d’être gouvernés par une femme, la firent descendre du trône et y placèrent un prince du sang royal d’Arménie, appelé Tigrane, dont la table d'Ancyre fait aussi mention : « Où ävaupebévros (Artavazt) Tiypdvny, ds fn ëx Yévous Appeviov Bacuunod, sic rhy Bacudeiay éreuba (1). » C’est à cette époque que Vononès, qu'Artabaze IIT venait de renverser du trône de Parthie, s’empara de la couronne d'Arménie.
BACIAEYC BACIAFoN TITPANHC.— Tête de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
H EPATo BACIAEwC TITPANOY AAEA®H. — Tête d’Erato, à gauche, ayant les cheveux roulés, et sans diadème.
Cuivre. — PI. IT, n° 5.
Sestini, lett. V, p. 5-18. — Visconti, Icon. gr., suppl. , p. 307. — Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 457.
BACIAEYC METAC NEOC TITPANHC. — Tête de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
H EPATS BACIAE«C TITPANOY AAEAGH.—Tête d’'Erato, à gauche. Cuivre.
Pinkerton, Essay of medals. — Visconti, loc. cit., note 3. — Mionnet, loc. cit., t. IV, p. 457.
On voit figurer dans la riche collection de pierres gravées du cabinet de France, une intaille en grenat-chevé portant un buste de profil, tourné à droite, coiffé de la tiare arméniaque, constellée et diadémé (Cf. PI. TE, n° 6). M. An. Chabouillet a attribué ce monument à Thermusa ou Musa, femme de Phraate IV, roi des Parthes (2). Nous ne nous serions point élevé contre cette attribution, si ce savant lui-même n’avait reconnu, après un nouvel examen, que le monument en question doit représenter les traits
(1) Bæckh, loc. cüt., lig. 41-13. (2) Catal. des camées de la Bibl. Imp., p. 198, n° 1384.
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d’une princesse arménienne. En effet, la tiare qui se voit sur la tête du personnage ne laisse aucun doute sur sa provenance exclusivement arménienne et diffère, au surplus, de la coiffure de la reine Thermusa, dont plusieurs médailles nous offrent des spécimen (1). De plus, la figure gravée sur l’intaille du cabinet de France ressemble beaucoup à celle de la reine Erato, et les cheveux sont roulés de la même façon sur les deux monuments, tandis que la reine Thermusa, dont les médailles ont reproduit les traits, est coiffée avec des bandeaux et paraît beaucoup plus âgée que la princesse arménienne dont la figure nous est parvenue sur les médailles et l’intaille, conservés dans la collection de la Bibliothèque impériale. Il n’y a donc point de doute maintenant sur l'attribution de cette pierre gravée à la reine Erato, sœur et femme de Tigrane II.
A la suite des campagnes de Tibère et de Caïus en Arménie, Auguste fit frapper à Rome, à son effigie, des monnaies d’or et d’argent, qui rappelaient ces événements. Ces monnaies, qui portent au revers la légende ARMENIA CAPTA, offrent plusieurs variétés de types; sur les pièces d’or on remarque la victoire domptant un taureau, ou bien encore, un sphinx accroupi; et sur les deniers d'argent, figurent les emblèmes du royaume d'Arménie, l’arc, le carquois et la tiare. D’autres deniers d’argent qui rappellent aussi les victoires remportées en Arménie par Tibère et Caïus, ont pour légende ARMENTIA CAPTA CÆSAR DIVI F., avec le type de l’Arménie à genoux, ou bien encore ARMENIA RECEPT IMP CÆSAR DIVIF., avec une figure debout. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces médailles qui font partie de la série des monnaies d’Auguste et appartiennent exclusivement à la numismatique romaine.
(1) Journal des Savants, 1836.Cf., deuxième des rois de la Bactriane et de l'Inde, par Raoul suppl. à la notice sur les médailles grecques Rochette.