‹ Numismatique De L’Arménie Dans L’AntiquitéChapitre 24 sur 36 · Née · texte numérisé non relu

Née

VONONÉS.

(Vers l'an 16 après J.-C.)

Vononès où Ononès, fils de Phraate, était en otage à Rome, quand les Parthes, qui venaient de tuer Orode Il, demandèrent à Auguste l’un des fils de Phraate pour le placer sur le trône (1). L'empereur leur envoya Vononès (2); mais ce prince, doué de grandes qualités, à ce que nous apprend Tacite, déplut aux Parthes, et ses vertus mêmes leur parurent des défauts : « Prompti aditus, obvia comitas, ignotæ Parthis virtutes, nova « vitia (3). » Ils allèrent chercher alors jusque dans la Scythie un autre prince, qui, ayant conservé les antiques traditions de ses ancêtres, ne parut point avec des mœurs romaines, comme un vassal de l’empereur. Ils le trouvèrent dans Artaban qui, marchant contre Vononès avec une armée, se fit battre à la première rencontre. Mais cet insuccès ne découragea pas Artaban; il revint à la charge avec de nouvelles forces, contraignit Vononès à quitter ses Etats et à se retirer dans l'Arménie, qui était alors en désordre et sans chef. Il y fut reconnu pour roi, parce qu'il se flattait de l'espoir que Rome l’y soutiendrait contre son rival qui continuait à le poursuivre. Cependant Tibère, qui venait de succéder à Auguste, refusa de le secourir; alors Vononès, appelé par Silanus Créticus , proconsul de Syrie, vint se réfugier auprès de lui, et bien qu’il fût prisonnier, il n’en conserva pas moins le nom et l’appareil de la majesté royale (4). Sur ces entrefaites, Germanicus, ayant passé en Orient avec toute l’autorité d’un César, revendiqua les droits de Rome sur l’Arménie et força les Parthes à l’évacuer. Voulant ensuite donner un gage de ses intentions pacifiques à Artaban, Germanicus intima à Vononès l’ordre de quitter la Syrie. Le roi détrôné passa en Cilicie avec ses trésors ; mais au moment où il allait traverser le Pyrame, il fut assassiné par l'officier romain chargé de sa garde (5).

(1) Table d’'Ancyre, col. VI, lig. 9 et suiv. (3) Tacite, Ann, loc. cit. Cf. Bæœckh. C. I. G., n° 4040. (4) Tacite, Ann., liv. IL, ch. 4. (2) Tacite, Ann. liv. IT, ch, 2. (8) Tacite, Ann., liv. I, ch. 68.

Les médailles de Vononès qui nous sont parvenues datent du règne de ce prince comme souverain des Parthes ; il ne paraît pas qu'il en ait frappé comme roi d'Arménie, puisque, dès son arrivée dans ce pays, Artaban le poursuivit et l’ayant forcé à abandonner la couronne, il plaça le sceptre d'Arménie entre les mains d’Orode son fils, qui ne le conserva pas longtemps. Il n’est pas probable que les monnaies de fabrique bactrienne qui nous sont parvenues avec le nom d’Ononès, et que Raoul Rochette a publiées dans ses Notices sur les médailles grecques de la Bactriane et de l'Inde (1), appartiennent au prince dont nous nous occupons. Leur fabrique, qui diffère essentiellement de celle des monnaies de Vononès frappées en Parthie, fait plutôt supposer qu’elles appartiennent à un roi de la Bactriane d’origine scytique et homonyme du roi des Parthes. Au reste, cette opinion est conforme à celle de Raoul Rochette, qui n’hésite pas à ranger les monnaies à la légende BASIAEOQZ BASIAEON METAAOY ONONOY, dans la série des pièces émises par les monarques de la Bactriane; nous nous contenterons donc de décrire ici les deux médailles d’argent qui nous sont parvenues du règne de Vononès , comme roi des Parthes.

BACIAEYC ONONHC. — Tête de Vononès ceinte du diadème, à gauche.

® BACIAEQC BACIAEON APCAKOY EYEPTETOY AIKAIOY EITIPANOYC PIAEAAHNOC. — Victoire debout à gauche, et tenant une couronne,

Tétradrachme d’argent. — PI. III, n° 7.

Cab. de France.

BACIAEYC ONQONHC. — Tête de Vononès ceinte du diadème, à gauche.

æ BACIAEYC ONONHC NEIKHCAC APTABANON. — Victoire drapée, tournée à droite et tenant une couronne et une palme. Dans le champ, À en monogramme.

(1) Journal des Savants, 1834-36, 1° suppl., pl. I, 20, p. 27, et % suppl., pl. n° 10, p. 28 et sui. l

OMS.

Drachme d'argent. — PI. IT, n° 8.

Cab. de France.

La drachme que nous venons de décrire est une de celles dont la légende a une véritable importance historique. Elle rappelle en effet un événement mémorable du règne de Vononès, c’est-à-dire le triomphe qu’il remporta sur Artaban, son compétiteur. La Victoire qui figure sur le revers de cette médaille est expliquée suffisamment par la légende : Barueus Ovovnc yewnras ApraBaver, On sait que ce succès ne profita pas à Vononès, car il fut contraint par Artaban de quitter ses Etats et d'échanger la couronne de Parthie contre celle d'Arménie, qu’il ne conserva que fort peu de temps.

ARTAXIAS.

(18-54 après J.-C.)

Orode, établi roi d'Arménie par Artaban, son père, depuis la fuite de Vononès, s'était retiré, à ce qu’il paraît, et la couronne d'Arménie était devenue vacante (1). Germanicus la donna à Zénon, deuxième fils de Polémon I°, roi de Pont et de Pythodoris (2). Dès qu'il fut monté sur le trône, Zénon quitta son nom pour prendre celui d’Artaxias ou Artaxate. On peut croire qu’il vécut jusqu’à l’année 34 de notre ère.

La médaille qui rappelle le couronnement d’Artaxias par Germanicus appartient à la numismatique romaine. Le jeune roi pouvait avoir quinze ans, lorsqu'il fut appelé au trône d'Arménie, car il était né vers l'an 3 ou # de J.-C.

GERMANICYS [CÆS]AR T{IB AVG F.]. — Tête nue de Germanicus, à à droite. Grenetis.

(4) Josèphe, Ant. judaïq., liv. XVU, ch. 5. liv. IL, ch. 56. — Suétone, Caligul. I. — Tacite, Annal., (2) Strabon, liv. XII, $ 29.

08) AS m GERMANIC[VS|. Germanicus debout, tourné à gauche et ARTAXIAÏS!. s'appuyant sur la haste, couronne Ar-

| taxias debout devant lui et vu de face.

Argent. — PI. IT, n° 9.

Revue numismatique, 1838, p. 338. Médaille inédite de Germanicus,

par M. le duc de Luynes.

Depuis le règne d’Artaxias, l'Arménie fut de nouveau tourmentée par de grandes calamités : une foule de princes arsacides ou autres se succédèrent sur le trône. Cet antique royaume semblait n’être plus que le champ de bataille où les Parthes et les Romains venaient se disputer l’empire de l’Asie. Tous ces événements sont suffisamment connus par les narrations des écrivains grecs et romains (1). On peut lire dans Tacite (2) le récit des brillantes victoires de Corbulon, la puissance de Pharasmane, roi d'Ibérie, l’établissement de son frère Mithridate sur le trône d'Arménie et sa fin malheureuse, les exploits et les revers de Rhadamiste, fils de Pharasmane (3), et enfin l’avénement de Tiridate ou Dertad, fils de Vologèse, roi des Parthes, qui sembla mettre un terme aux malheurs de PArménie. On sait que Tiridate fut le premier roi du monde qui, à la prière de saint Grégoire l’Illuminateur, apôtre de l’Arménie, embrassa la religion chrétienne (#).

À partir de l’an 30 environ après l’ère chrétienne, la numismatique de la première branche des Arsacides d'Arménie cesse complétement; car nous ne trouvons aucune monnaie des princes qui précédèrent ou suivi-

(1) Josèphe, Ant. judaïqg. — Tacite, Ann. (3) Ann. Liv. XIL, 43; XIE, 6, 37. — Florus. — Velleius Paterculus. — Suétone. (4) Agathange, Hist. du règne de Tiridale — Dion Cass. —- Orose, passim. et de la prédication de saint Grégoire.

(2) Ann. iv. VI, ch. 11-45.

Deer En rent Tiridate. Cependant nous lisons dans les historiens orientaux que les rois d'Arménie n’avaient point tout à fait renoncé au droit de battre monpaie, puisque nous trouvons dans l’histoire de Géorgie (1) que sous les règnes d’Azorc et d’Asmaël, rois de la troisième dynastie arsacide, qui régnèrent de lan 87 à 103 de J.-C., la Géorgie eut sans cesse à lutter contre les rois d'Arménie. Ardaschès III, fils de Sanadroug, appelé par les Grecs Exaradès ou Axiradès, ayant vaincu les Géorgiens, leur rendit les provinces qu’il leur avait enlevées, à la condition que les rois de ce pays battraient monnaie à son effigie. Quoi qu’il en soit de ce témoignage historique, les monnaies en question ne sont point parvenues jusqu’à nous. C’est dans la numismatique romaine que nous trouvons, à de rares intervalles, des pièces ayant trait à l’histoire de l'Arménie. Ainsi, à la suite des campagnes de Corbulon, Néron fit frapper à Rome des monnaies d’argent à son efligie, et qui portaient au revers une victoire tenant une couronne et une palme, avec la légende ARMENIACVS.

Sous le règne d’Erouant IT, vers lan 60 après Jésus-Christ, les rois d'Arménie recouvrèrent une partie de l’ancien royaume, c’est-à-dire les régions au centre desquelles s'élevait la ville d’Armavir. Mais cette indépendance, qu'Erouant semble avoir conquise un instant, ne fut pas de longue durée. Les Arméniens conservaient, il est vrai, un fantôme d’indépendance, mais les empereurs romains leur donnaient des rois de leur choix; ainsi, Trajan qui les avait complétement soumis au joug de Rome, fit frapper des monnaies de bronze à son effigie, au revers desquelles on lit la légende ARMENIA ET MESOPOTAMIA IN POTESTATEM PR RE- DACTAE, avec la figure de l’empereur en habit militaire, tenant la haste et le parazonium, et ayant à ses pieds l’Euphrate, le Tigre et l'Arménie personnifiés. D’autres médailles, frappées en Orient, étaient destinées à rappeler aux populations asiatiques la soumission de l'Arménie par Trajan. En voici la description : :

AYTOKPATSP KAIÏC TPAIANOC TEP AAKI. — Buste lauré de Trajan, à gauche.

(1) Brosset, Hist, de Géorgie, p. T1.

D m APMENIA. — Trajan, debout, en habit militaire, ayant sur la main droite une petite Victoire placée sur un globe, et devant lui l’Arménie assise au pied d’un trophée.

Cuivre, grand module. — PI. IF, n° 40.

Cab. de France.

Mêmes légende et type.

# APMENIA. — L’empereur debout, en habit militaire, couronné par la Victoire et ayant à ses pieds, d’un côté, l’Arménie assise, et de l’autre, des dépouilles.

Cuivre, grand mod. — PI. HIT, n° 14.

Cab. de France.

Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 457.

AYTOKPATwP AYT TPAIANOC. — Buste lauré de Trajan, à gauche, la poitrine cuirassée.

m APMENIA. — L’Arménie éplorée assise à terre, devant un trophée, ayant à côté d’elle l’empereur, debout, vêtu du paludamentum , portant une Victoire sur la main droite et tenant une haste de la gauche.

Cuivre, grand module.

Sestini, Lettr. numism., cont., t. IL, p. 58. — Mionnet, suppl., t. VII, para

L'Arménie, bien que soumise au joug de Rome, sembla recouvrer sous les règnes des successeurs de Trajan, une partie de son indépendance. Antonin et Marc-Aurèle lui donnèrent des rois, puisque nous trouvons, sur quelques médailles qui nous sont parvenues des règnes de ces princes, la preuve du fait que nous ‘avançons. On connaît, en effet, des pièces de bronze, frappées à Rome sous Antonin et qui portent au revers la légende REX ARMENIIS DATVS, avec le type de l’empereur couronnant un roi

nur

d'Arménie. Nous savons aussi que, vers l’année 161, Lucius Verus installa sur le trône d'Arménie un prince arsacide du nom de Sohème, après qu’il eut renversé Tigrane VI. Des médailles de bronze, au type de Verus, qui nous sont parvenues ont, au revers, la légende REX ARMENIIS DATVS aveé la figure de l’empereur assis sur une estrade, où se trouvent trois personnages debout, tandis qu’au pied de l’estrade, Sohème, dans l'attitude de l'attente, se tient devant l’empereur. Nous devons signaler encore ici les médailles de Marc-Aurèle et de Lucius Verus où le titre d’Armeniacus fait partie de la légende, car on sait que ce titre avait été pris par ces deux empereurs à la suite des expéditions qu’ils firent en Arménie, et après la soumission de ce pays (1).

Enfin, nous mentionnerons aussi les médailles frappées à Constantinople, au nom d’Hannibalien, frère de Delmatius et neveu de Constantin Île Grand, qui avait reçu de l’empereur, son oncle, le titre de roi de Pont, de Cappadoce et d'Arménie. Ces médailles, dont quelques exemplaires en or et en cuivre nous sont parvenus, ont pour type, outre la figure du prince, un fleuve couché appuyé sur un bâton, et ayant près de lui une urne renversée de laquelle s’échappent des eaux, avec la légende SECVRITAS PV- BLICA ou SECVRITAS REIPVBLICÆ. Inutile de dire que ces monnaies font partie de la suite impériale romaine, car on sait qu'Hannibalien, bien qu’il ait porté le titre de roi d'Arménie, n’exerça jamais sa puissance sur les populations arméniennes et qu’il ne fut jamais considéré par celles-ci comme un roi national. Nous savons aussi que les historiens nationaux ne parlent point de lui, car depuis longtemps déjà, les Arméniens avaient perdu leur indépendance, et leur pays avait été annexé aux domaines de l’Empire, dont il formait l’une des frontières orientales.

(1) Histor. August., Jul. Capitol., Aurel. et L. Ver.

ARTICS

Ïl. — DEUXIÈME BRANCHE ROIS DE L'OSRHOËNE.

L'histoire du royaume d’Edesse et de la dynastie des Osrhoéniens est peut-être un des problèmes les plus difficiles que l’antiquité ait légué à la science moderne le soin de résoudre. Quatre sources principales, qui ont chacune une véritable importance historique, sont tellement en désaccord les unes avec les autres que, jusqu’à présent, les savants qui se sont occupés de cette question n’ont pu parvenir à trancher la difficulté, en cherchant à les concilier entre elles.

Les chroniques syriaques, et particulièrement la chronique anonyme d’Edesse, rédigée vers le sixième siècle de notre ère (1), ainsi que celle du patriarche jacobite Denys de Thelmar, écrite vers le milieu du huitième siècle (2), et qui ont été composées, selon toute vraisemblance, avec l’aide de chroniques plus anciennes et aujourd’hui perdues ; donnent une liste assez considérable de princes osrhoéniens qui se seraient succédé, sans interruption, sur le trône d’Edesse, pendant plus de trois siècles.

La première de ces chroniques est moins explicite que celle de Denys ; l’auteur a employé, pour fixer la date des événements qu’il raconte, l’ère des Séleucides, dont le point initial est le 1° octobre de la 312° année avant J.-C., tandis que Denys s’est servi de l’ère d'Abraham, qui date du A°" octobre 2016 avant l’ère chrétienne. Rien n’est plus facile que de ramener ces deux dates aux années antérieures à notre ère; toutefois, nous remarquons, dans la chronique de Denys, des erreurs chronologiques qui causent un véritable embarras. Le savant Bayer (3) a reconnu plusieurs des erreurs commises par le patriarche jacobite, et il a dressé une table des années de la période Julienne, de celles avant et après Jésus-Christ, des Olympiades et de l’ère des Séleucides, comparées avec celles d’Abraham, dont Denys s’est servi dans sa chronique.

Les sources grecques et latines relatives au royaume d’Edesse ne sont

(1) Assémani, Bibl. orient, t. 1, p. 338. (3) Historia Osrhoëna, liv. I, p. 42-43. (2) Id., t. 4, p. 417 et suiv.

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