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pas très-considérables ; les détails que nous trouvons dans les classiques sont épars dans leurs récits, et il est bien difficile de les relier entre eux ; c’est une chaîne rompue en beaucoup d’endroits et dont les anneaux sont perdus pour la plupart. Le peu de renseignements que nous fournissent les Grecs et les Latins, sont loin aussi de cadrer avec les détails contenus dans les chroniques syriennnes, et l’on est tenté de croire, en comparant entre elles ces deux sources, qu’il y a eu, de la part des Grecs et des Latins, confusion de personnes et de faits.
Une autre source, qui a une véritable importance historique, est celle qui nous est fournie par les auteurs arméniens. En effet, ceux-ci revendiquent, à juste titre, le royaume d’Edesse en faveur de leur histoire, parce qu’il fut quelque temps gouverné par des princes d’une branche de la dynastie des Arsacides. La version des auteurs arméniens offre bien, à de rares intervalles, des points de contact assez frappants avec les récits des Grecs et des Latins, ce qui serait, pour nous, la preuve évidente des emprunts que la littérature historique arménienne aurait faits aux sources grecques et latines, dans les premiers siècles de notre ère. Toutefois , les données qui nous sont fournies par les Arméniens diffèrent aussi beaucoup des renseignements contenus dans les classiques, mais, ce qui étonnera davantage encore, c’est de voir le peu d’harmonie qui règne entre les historiens arméniens et les chroniqueurs syriens. Ainsi, par exemple, les Arméniens qui ont dû recourir aux mêmes sources que les Syriens, pour écrire l’histoire d‘Edesse , n’ont point attaché la même importance aux événements qui se sont accomplis dans l’Osrhoène, avant la venue de l’Abgar, contemporain du Christ. Les Arméniens passent sous silence toute la période de temps qui s’écoula entre la venue d’Osrhoës à Edesse et l’avénement d'Abgar, tandis qu’au contraire les Syriens mentionnent chacun des règnes des princes qui succédèrent au fondateur de la dynastie osrhoénienne. Il est donc probable, comme nous le verrons plus loin, qu'avant l’Abgar, que la tradition nous dit avoir correspondu par lettre avec le Christ (1), les rois d'Arménie exerçaient sur les dynastes osrhoéniens une
(1) Moyse de Khorèn, liv. 1, ch. 31-32.
sorte de suprématie, et qu’ils possédaient la ville d'Edesse, où plus tard Abgar transporta sarésidence, après avoir quitté Medzpin, et s’implanta en quelque sortesur une dynastie étrangère, qui avait cessé de régner, par le fait même de l'installation du roi arménien dans la nouvelle capitale qu’il s’était choisie.
La quatrième source de l’histoire d’Edesse, celle qui nous offre le plus de garantie , est la numismatique de l’Osrhoène. Les médailles frappées par les rois de cette contrée sont des témoins d’une irrécusable authenticité, et leur témoignage confirme ou détruit les récits des Syriens, des Grecs, des Latins et des Arméniens. Ces médailles offrent une particularité dont la numismatique fournit du reste de nombreux exemples, c’est qu’elles portent deux effigies, celle du roi osrhoénien d’une part, et, de l’autre, celle de l’empereur romain, son contemporain. De cette manière, l'attribution n’est pas douteuse, et la date de la fabrication des pièces se trouve fixée d’une manière évidente.
Nous n’examinerons pas ici, dans ses détails, l’histoire d’Edesse, notre but étant seulement de faire connaître les monuments monétaires frappés pendant la durée de la deuxième branche de la dynastie arsacide. Disons cependant que les premiers dynastes osrhoéniens, prédécesseurs de l’Abgar, contemporain du Christ, étaient placés dans une sorte de dépendance et de vassalité vis-à-vis des rois d'Arménie, car , nous ne connaissons aucune médaille de ces princes, et l’on peut dès lors supposer qu'ils ne jouissaient pas de tous les droits régaliens. Quand Abgar se fus installé à Edesse, après avoir quitté Medzpin, il y transporta sa cour (1), et Edesse, devenue dès lors la capitale de l’Arménie méridionale, acquit un nouveau lustre. Les rois osrhoéniens jouissaient d’une indépendance parfaite, quoique placés entre l’empire des Parthes et celui des Romains. Pendant quelque temps, les successeurs d’Abgar, grâce à une politique habile, surent se maintenir indépendants entre les deux grands peuples, mais bientôt leur puisssance fut menacée, et, bien qu'ils aient conservé, en apparence,
(1) Vartan, Hist. univ., ms. de l acad. de Khorèn, liv. IL, ch. 27. imp. de Saint-Pétersb., mus. asiat. — Moyse