CLEOPATRE VU, PHILOPATOR
naies des peuples soumis aux lois romaines. En Chypre, comme dans tant d'autres provinces, on constate une renaissance dans l'art de la gravure des coins; mais eu Egypte tout parait au contraire y rester stationnaire, et cette décadence se perpétue jusqu'au règne de Constantin : on peut citer seulement quelques coins remarquables , sous les règnes de Domitien, Hadrien, Antonin, Alexandre Sévère et Marnée.
Letronne, en parlant des pièces de Cléopâtre, n. 439 à 441, dit que ces monnaies ont dû être frappées en Syrie au moment où cette reine cherchait à y lever des troupes pour reconquérir son royaume (1). Ce savant semble avoir commis une faute aussi grave que celle de M. Lenormant. S'il avait examiné les pièces d'Auguste citées ci-dessus, il n'aurait pas fait la tentative de retirer ces monnaies de leur pays, qui est parfaitement l'Egypte.
442. — Tète diadémée de la reine à droite (type des pièces précédentes).
n|. ba:;iaushs KAEonATP.vi. Aigle sur un foudre à gauche devant, une corne d'abondance ; derrière, la lettre M.. Gravée, pi. VIII. M'-
Mionnet, VI, n. 2(51 à 263 et Cli. I.euormant, Gli/ptigxte, pi. 86, D. 15.
Tous les amateurs de médailles antiques ont dû faire la remarque, que, à partir du règne de Cléopdtre, le monnayage du numéraire d'argent semble disparaître presque complètement de l'Egypte pondant à peu près un demi-siècle (2). En effet, excepté quelques rarissimes drachmes au nom de cette princesse, on ne trouve plus sous son règne d'autres monnaies d'argent de modules supérieurs. Il est présumable que les tétradrachmes étaient tombés dans un complet discrédit, sans doute A cause des fraudes commises par Aulète, le père de Cléopâtre,
(1) Reçue Numismatique, aimée 1863, p. 182.
(2) Les monnaies d'argent, ou autiement dit de potin, ne reparaissent à la vérité qu'en l'année 14 du règne de Tibère, et ces monnaies, quoique à très-bas titre, sont cependant géuéralemeut de meilleur aloi que deccrtaiues pièces frappées sous .\ulète : nous avons constaté une moyenne de 300 millièmes de fin.
cr.Kol'ATIlK VII, rillLOP.VTOR
lequel, ou l'a déjà vu, avait fini par introduire dans l'arg-ent tant d'alliage de cuivre, que ce métal dépassait en quantité la matière de bon aloi.
On dut alors se servir en Egypte des monnaies de bon métal, frappées chez les peuples voisins ; de nombreuses trouvailles de monnaies romaines d'or et d'argent , qui ont été faites dans ce pays, prouvent aussi que le numéraire romain devait avoir également un cours assuré dans cette contrée. L'histoire mentionne les énormes dépenses de la fastueuse souveraine do l'Egypte, laquelle semait l'or et l'argent partout où elle passait; et de l'an (i jusqu'à la 17" année de son règne, nous ne voyons aucune monnaie à son effigie frappée en métal précieux ; donc elle devait se servir seulement des monnaies romaines ou de celles émises par les peuples voisins de son pays. On ne trouve positivement que des pièces d'airain frappées en Egypte, et c'est de. cette époque de ruine et de misère chez ce peuple que doivent dater les émissions de petites pièces de cuivre mal frappées, avec biseau informe, système de monnayage qui fut très-répandu sous Auguste et Tibère et dont la fabrication se perpétua pendant environ 130 ans, jusque sous le règne d'Antonin ; ces émissions prouvent que le numéraire devait être rare dans ce pays, et que ces valeurs infimes avaient cependant leur importance pour les transactions.
(M est. aussi en droit d'être étonné de la rareté réelle des monnaies d'argent en bon métal, soit en petit, soit en grand module, frappées en Asie pour Antoine et Cléopâtre ; ces émissions durent cependant s'exécuter sur une très-grande échelle , les drachmes surtout, qui étaient servilement copiées sur les deniers romains. Antoine qui tenait à se montrer aux peuples qu'il venait' de conquérir, ainsi qu'à son armée, avec cette reine, dont il avait eu l'audace de faire une déesse, et à laquelle il avait donné tant de riches provinces, dépendantes de Rome, (puisqu'elles avaient été subjuguées avec le concours des soldats romains), dut faire frapper d'immenses quantités de monnaies avec les deux tètes. Il ne serait peut-être pas illogique d'admettre que son compétiteur, Auguste , qui sut si adroitement insinuer au peuple romain de rendre le nom d'Antoine infâme, en renversant ses statues, ait aussi donné
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ordre aux monnayeurs do retirer de la circulation les pièces portant ces deux effigies ; mais ces entrepreneurs de la fabrication du numéraire, devant subir une perte rcelle sur les pièces fourrées, remirent sans nul doute ces dernières en circulation ; de là le nombre très-considérable de ces pièces fausses antiques que l'on remarque dans toutes les collections; nous avons pu constater que, sur 12 deniers romains aux deux tètes, il y en a, au moins 9 de fourrées ; la même proportion existe sur les tétradrachmes, frappés probablement à Antioche de Séleucie.
Monnaies frappées en Europe et en Asie.
En groupant ici ces monnaies de peuples différents, on pourrait avec un semblant de raison nous faire le reproche de sortir du cadre de la numismatique égyptienne ; mais si on veut bien se reporter à lepoque dont nous relatons certains faits, on nous pardonnera facilement cette confusion do descriptions et de notes.
Nul n'ignore que, pendant la dernière partie du règne de Cléop;Ure, la toute-puissance égyptienne n'existait plus en fait : Caton, Pompée, César et Antoine avaient déjà impose leurs lois à ce peuple abâtardi. A cette époque néfaste, la nationalité gréco-égyptienne avait disparu, les conquérants romains avaient foulé sous les roues de leurs chars cette vieille civilisation dissolue ; le peuple romain, avare, turbulent et égoïste, avait accaparé les derniers vestiges de ce monde moitié hellène, moitié asiatique, et s'en était fait un élément de rapines, de productions et de jouissances.
Une seule tête semblait résister encore au milieu de cette société expirante, une femme, une reine, plus courtisane que souveraine, mais une sirène d'une grande énergie, merveilleusement douée pour la séduction; a l'aide de ses charmes et de la ruse de son esprit, elle sut tenter un effort surhumain contre l'asservissement de Rome; et peu s'en fallut qu'elle ne triomphât et ne devînt la toute-puissante dominatrice et la maîtresse du monde entier.
Nous croyons donc avoir un certain droit de réunir sous un
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dernier vestige du pouvoir égyptien les monnaies frappées par les peuplades qui s'étaient volontairement rangées ou laissées placer sous sa puissance. Chacun sait que cette femme avait fait de Marc- Antoine, son serviteur et son esclave : elle le promenait de contrée en contrée , et partout les peuples abrutis leur donnaient des fêtes, et élevaient des arcs de triomphe en leur honneur.
Ces actes de décadence et d'assorvis.'^ement se passaient nonseulement en Orient, maisj encore dans l'Attique et dans l'Achaïe; à Athènes, les habitudes de magnificence de cette reine subjuguèrent le peuple à un tel point qu'on lui décerna les plus grands honneurs. Antoine lui-même parut devant elle comme citoyen de la ville, et se cliargea de lui otl'rir le triliut d'hommages de tous les habitants.
Comme on le voit, cette femme marquait partout les étapes de son ambition, elle flattait les peuples en les fascinant , et en les gorgeant d'or et de plaisirs; certes, elle était loin alors de prévoir le revers de fortune qui l'attendait; elle passait joyeuse et triomphante : nul ne semblait s'attendre à ce que , peu de temps après , elle et son amant seraient anéantis a tout jamais, et cela, par la plus honteuse défaite.
<Jn ne peut nier que les monnaies que nous avons groupées ici, ne jettent une certaine lumière sur cette époque à jamais mémorable, où (Jctave, plus grand peut-être que son aïeul, s'efforçait, par sa haute politique et son extrême prudence, de régénérer ce peuple Romain, en étoulfant en même temps la république agonisante et la royale courtisane, qui menaçait par sa démoralisation et son faste, d'achever de plonger le monde entier dans un chaos inextricable. Nul n'ignore à quel degré de civilisation Rome sut 'i'enaitre sous le règne d'Auguste; avant lui, cette ville n'était qu'une immense bourgade d'habitations infectes et malsaines : ce premier empereur et ses énergiques partisans surent en faire en quelques années une ville de temples et de palais, la plus riche du monde.
:leopatre VII, piiir.opMOR
443. — p.\CiAicr,A K.vEonATPA. Buste diadème de la reine, ù droite.
i^. AriAC AYKDXoc nATPEnN. Fleur de lotus cernée de
deux épis, remplissant le champ. ^-E '" '/.,
Mionnet, VI, page G05, n. 56, et H. Coben, Catulogue de la collection de M. J. Gréait n. 1490.
Cette rare pièce est encore des plus curieuses , elle constate ce que nous avons relaté dans la note précédente, que les peuples de l'Achaïe avaient, comme ceux de l'Attiquc, montré un empressement extraordinaire à olTrir leurs hommages à cette femme dissolue; nonrseulement la ville de l'atras lui décernait les titres les plus courtois , mais encore elle flattait la coquetterie de la reine en donnant ù la représentation de ses traits une beauté de type et un caractère de jeunesse que nous ne retrouvons à cette époque que sur la monnaie d'Aradus(n. 448). Lfi également, la physionomie de Cléopâtre ne ressemble eu rien à tous les portraits que nous connaissons de cette reine.
l-i^ CI.L-nPATRE VII, l'IllI.OPATOri