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L'ART INDUSTRIEL AU XVP SIÈCLE

En même temps que la peinture et les arts graphiques, la peinture sur verre allait se développant. Une œuvre de premier rang-, en ce genre, est le vitrail en couleurs de la famille Volkamer dans Téo-lise Saint- Laurent : il date de 1493 et représente la généalogie du Sauveur (arbre de Jessé). De la même époque, à peu près, est un autre vitrail votif de la même famille, dans le chœur sud de l'église Saint-Sébald : on 5^ voit des scènes de l'Enfance du Christ. Dans le même chœur, le vitrail dit de Bamberg est remarquable, comme les deux précédents, par l'éclat des couleurs : ce sont de belles figures de saints, avec, au-dessous, l'empereur saint Henri et sa femme sainte Cunégonde. Il est l'œuvre d'un peintre de Bamberg, Wolfgang Katzheimer, tandis que les deux autres sont des œuvres peutêtre plus anciennes de Veit Hirschvogel ou Hirsvogel (1461-1525), qui, avec le concours de ses fils Veit et Augustin, donna la suprême perfection à la peinture sur verre à Nuremberg. Sans doute, nous devons au même atelier d'autres œuvres : par exemple, les peintures sur verre faites d'après les esquisses de Diirer pour la chapelle des frères Landauer (aujourd'hui

au Musée des Arts industriels à Berlin); le vitrail Maximilien (de 15 14), dû à la générosité de l'empereur du même nom, dans le chœur de Saint- Sébald ; deux autres vitraux du même chœur, exécutés l'année suivante ; le vitrail Pfinzing, remarquable par une grandiose architecture, par la noblesse du dessin et la grâce des ornements (exécuté d'après une esquisse de Durer) ; le vitrail du I^Iargrave, avec les figures de Frédéric de Brandebourg et de sa famille (sur une esquisse de Hans von Kulmbach). Les petits vitraux plus clairs, exécutés en 1520 par l'atelier des Hirschvogel pour la chapelle Saint-Roch, rappellent fortement Albert Durer.

Augustin Hirschvogel fut un maître de très grande valeur. La diversité de ses talents était merveilleuse. Pour la peinture sur émail, « nul, à son époque, ne le surpassa ». Désireux d'introduire à Nuremberg l'art de la verrerie en honneur à Venise, il se rendit dans cette ville ; mais il ne put découvrir le secret des maîtres. Aussi^ à son retour, il s'adonna à la céramique. La Burg possède un de ses chefs-d'œuvre en ce genre : c'est un poêle en faïence verte, avec des ornements dans le goût italien, d'un modelé très net. Du reste, la collection des poêles en faïence de la Burg, en y joignant celle du Musée germanique, permet d'étudier ce genre de céramique, si florissant à Nuremberg du xvr au xviir siècle. Tandis qu'en Suisse la décoration peinte a la préférence, à Nuremberg la prédilection est pour une ornementation plastique en vert, à laquelle parfois les maîtres joignent l'émail et la dorure : le tout est d'un grand effet.

Il est difficile d'expliquer quel rapport existe entre Augustin Hirschvogel et les poteries désignées par son nom : ces poteries sont en complète contradiction, au point de vue du style, non seulement, en général, avec la manière artistique du maître, mais encore avec les vases dont il fit à l'eau-forte des modèles pour la poterie et l'orfèvrerie. Ces esquisses parfois très fantaisistes, où l'on reconnaît l'influence de l'art italien, nous montrent en lui un graveur à l'eau-forte expérimenté. En ce genre, il a donné une suite de paysages, d'un dessin léger et de libre allure, qui attestent un goût prononcé pour le pittoresque. vSur ce point, un maître se rapproche de lui : c'est Hans Sebald Lautensack, à qui nous devons une vue de la ville de Nuremberg, datant de 1552. Cinq ans auparavant, Hirschvogel avait fait la même chose pour la ville de Vienne, où il résida à partir de 1543 jusqu'à sa mort (1569), en s'occupant de mathématiques, de cartes géographiques, d'astronomie et de gravure à l'eau-forte. Le grand service rendu par ce maître à l'art nurembergeois est le progrès qu'il fit accomplir aux arts industriels. Il fallait des maîtres habiles comme lui, et dans la théorie et dans la technique, pour conduire l'art

Vitrail de la famille Volkamer, dans le chœur de l'église Saint-Laurent ^1493).

industriel à la perfection où nous le voyons à Nuremberg vers le milieu du xvr siècle.

Le mouvement produit dans la céramique sous l'énergique impulsion d'Augustin Ilirschvogel commença à s'affirmer dans toutes les branches de métiers : aucun ne veut demeurer en arrière ; chacun veut rivaliser avec les autres }iour la beauté et la richesse de l'ornementation. Pas plus qu'aujourd'hui, l'artiste et l'artisan n'étaient alors une seule et même personne : c'était au maître, à un maître doué d'une imagination toute spéciale, qu'il appartenait de créer les esquisses pour les divers métiers. Tel était Peter Flotner qui, en 1522, quitta Ansbach pour se fixer à Nuremberg. A un sentiment de la beauté comparable à celui de llolbein il joignit une rare variété d'aptitudes techniques. Autrefois, tout ce qu'on savait de lui se réduisait à peu près à ceci que, sur un noyau de cerise, il avait taillé « cent treize figures d'hommes et de femmes », et, dans les collections, on admirait ses petites sculptures sur bois. Aujourd'hui, nous reconnaissons en lui un des artistes les plus importants dont Nuremberg* puisse se glorifier, et nous le rangeons parmi les premiers maîtres de la Renaissance. Les formes d'ornementation qu'il a créées nous montrent le stvle allemand de la Renaissance dans sa perfection classique. La manière allemande avec sa vigueur, la manière italienne avec sa grâce, s'harmonisent merveilleusement dans ses œuvres. Son ornement de prédilection est l'arabesque. Parmi ses gravures sur bois, quarante au moins sont un thème mauresque, varié avec une étonnante richesse d'imagination. Outre un certain nombre de figures — et la série de ses Lansquenets est d'un charme tout particulier — ses gravures offrent des modèles charmants pour les arts industriels et pour l'architecture : lits, coupes, portes ornementées, fûts de colonnes, etc. Cette série est complétée par une suite de dessins offrant de superbes esquisses de meubles divers. Il travailla aux illustrations de l'édition de Vitruve publiée en dix volumes par Rivius.

Il ne se borna point à la reproduction graphique de ses esquisses d'art industriel, il en exécuta également en sculpture. Il était sculpteur de naissance et avait un talent particulier pour la petite sculpture. Il emplo3'ait de préférence le buis et la pierre de Kelheim. Toutefois, ce qui servait de modèle aux orfèvres, céramistes, sculpteurs sur ivoire ou sur bois ou sur pierre, ce n'étaient pas ses sculptures originales, mais des plaquettes coulées en plomb, et qui remplissaient le même rôle que les esquisses d'ornements, sauf que ces plaquettes représentent des figures, allégoriques pour la plupart. Ses personnages allégoriques et ses génies

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