L'ART INDUSTRIEL AU XVI-^ SIÈCLE
organiquement rattachées au corps de l'œuvre elle-même. Signalons encore un maître de premier rang : Klias Lenker, ^""mort] en 1591. La famille Holzschuher, à Nuremberg, possède de lui une coupe d'une exquise beauté. On lui doit aussi la coupe, en forme de dé à coudre, qu'il fit pour la corporation des tailleurs (1586) et qui est maintenant au JMusée germanique.
Les autres industries du métal rivalisèrent avec l'orfèvrerie et cherchèrent à l'égaler pour la beauté et la grâce des ornements. Tout d'abord les artisans furent amenés à créer des ouvrages en cuivre qui, dorés, ressemblaient à s'y méprendre aux œuvres des orfèvres. I^lais, pour cette dorure, il fallait un privilège spécial, comme celui qui fut accordé au célèbre Sébastian Lindenast, mort en 1526. Telle était l'habileté de ce maître à travailler le cuivre « comme si c'était de l'or ou de l'argent », que l'empereur ^laximilien lui octroya le droit « de dorer et d'aroenter ses ouvrao-es ». Malheureusement, nous ne possédons rien des belles œuvres de ce maître, qui fut l'ami de Kraftt et de Vischer : les restes d'une de ses œuvres, le MaiiiilcinUutfcu de l'église Xotre-Dame , ne suffisent Fondeur de candélabres, gravure sur bols de Jost point à nous donner une idée de son Amman, dans le « Livre des métiers ».
talent. Ilans Frey, le beau -père
d'Albert Durer, était « habile en toutes choses » ; il s'occupa également de la fonte du cuivre; <■ il fit, en cuivre, toutes sortes de tableaux de figures d'hommes ou de femmes », pour servir d'ornements à des fontaines.
Nuremberg est célèbre par ses ouvrages en cuivre rehaussés d'ornements : aiguières, brocs, vases et ustensiles de cuisine. Les potiers d'étain, déjà renommés à Nuremberg en 1285, travaillèrent plus encore pour cuisines et salles à manger. Ils avaient l'ambition de donner à leurs ouvrages la finesse de pièces d'orfèvrerie. Le principal maître, ici, fut Caspar Enderlein, né à Bâle en 1560, venu à Nuremberg en 1584 et mort en cette dernière ville en 1633. Ses œuvres sont ce que l'art
nurembergeois a produit de plus beau en ce genre : et, d'une manière générale, elles sont, avec les œuvres de François Briot (de Montbéliard), graveur de monnaies et fondeur en étain, le plus excellent spécimen de cet art parvenu à la perfection. Enderlein, lui aussi, ne fut pas seulement fondeur ; il sculpta, en pierre de Kelheim, des ornements, figurines, arabesques, grotesques, cartouches, d'un goût exquis. En ce genre, il recourut plus d'une fois aux maîtres étrangers. Ainsi, son chef-d'œuvre, le plat de la Tempérance, dont on retrouve plusieurs variantes, est, sauf quelques légères différences, la reproduction d'une œuvre de Briot. Ce plateau présente, au milieu, la figure de la Tempérance ; autour, dans quatre cartouches, sont les quatre Éléments et sur les bords, en huit encadrements. Minerve et les sept Arts libéraux. Le plateau de l'aiguière baptismale de l'église Saint-Laurent, conservé maintenant au Musée germanique, est un travail analogue, sauf qu'au milieu se trouve, non pas la Tempérance, mais la Vierge avec l'Enfant. Sur l'aiguière qui complète ce plateau, on voit, entre des ornements, les quatre Saisons et les quatre Parties du monde. En dehors de ces travaux de luxe, Enderlein s'occupa d'ustensiles d'un usage courant : ce fut lui, sans doute, qui le premier, coula des lustres en étain. On doit aussi des travaux et des ustensiles plus simples aux maîtres ouvriers que, dès 1373, on appelait à Nuremberg les beckschldger (dinandiers) : au moyen de la fonte, du tour et de la presse, ils faisaient de grands bassins de laiton, — article important de l'exportation nurembergeoise, du xvi" siècle au XVir, époque à laquelle cet art disparut.
Une autre corporation rivalisa de zèle avec celle des orfèvres. Nous voulons parler des armuriers, fort habiles dans la ciselure, et la peinture laquée ou émaillée. Leurs produits, comme ceux des maîtres d'Augsbourg. étaient appréciés du monde entier. Cet art, cultivé à Nuremberg dès le XIV* siècle, s'épanouit alors dans toute sa perfection. Les arsenaux et les musées possèdent un grand nombre d'armures, de heaumes, de boucliers, gravés ou repoussés, qui sont d'origine nurembergeoise. Toutes les formes de l'art ornemental de Nuremberg et les arabesques de Flôtner s'y retrouvent réunies à des figures artistiquement dessinées, ou gravées. Nombre de pièces, par la marque qu'elles portent, nous révèlent le maître dont elles sont l'ouvrage. Parmi ces maîtres, Hans Grùnewaldt, mort en 1505, s'était acquis une réputation toute spéciale. Il était le propriétaire de la maison dite « maison de Pilate », qui, comme enseigne représentait un saint Georges en armure (la figure qui orne actuellement cette maison est une copie de date moderne ; l'original est au