L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE
L'aspect de Nuremberg se modifia peu au cours du xvr siècle. On ne construisait plus d'églises; quant aux édifices profanes, ce n'est que dans la seconde moitié du siècle qu'on reprit les travaux, avec une activité toujours croissante. La ville ne s'étendit point au delà des remparts, achevés dans leurs parties essentielles dès le milieu du XV siècle; mais les remparts eux-mêmes reçurent quelques additions nécessitées par le progrès de Tart militaire, et la physionomie de la ville y gagna des détails charmants. C'est ainsi que surgirent jusqu'en 1545 les importantes fortifications qui forment le socle monumental de la Burg, et qui, avec la luxuriante végétation qui les recouvre, ne contribuent pas peu à donner à l'ensemble un caractère pittoresque. Prenant ici la forme d'une feuille
L'ARCHITECTURE DE LA REXAISSA"NCE
de trèfle très développée, les fossés de lu ville, larges et profonds, transformés aujourd'hui en un verdoyant jardin, entourent la colline abrupte
La tour ronde du Spittlertor (xvi° siècle).
de la Burg. Le bastion principal s'avance dans le lobe moyen de ce trèfle. L'architecte Georg Unger (mort en 1559) travailla très activement à ces transformations. Plus d'une fois, le Conseil de la ville l'envoya poursuivre ses études dans les Pa3'S-Bas. En 1555, il fut chargé de munir d'un parement circulaire les grosses tours carrées qui défendaient les quatre prin-
cipaux abords et d'établir de cette façon de hautes plates-formes d'où l'on pouvait tirer dans toutes les directions. Dans le même but, on édifia en 1 556-1 564 les quatre puissantes tours rondes (|ue le langage populaire désip-ne volontiers sous le nom de « tours de Dïirer ». Elles donnent du cachet à la ville et. par la beauté de leurs proportions comme par leur masse, elles produisent une incomparable impression.
Comme dans les œuvres de peinture, de sculpture et d'art appliqué, l'influence de l'Italie se fit. peu après le début du xvi^ siècle, sentir dans l'architecture, et alors commença la lutte entre les éléments italiens et les formes du gothique allemand. Avec une ténacité merveilleuse, les architectes demeurèrent fidèles à l'art allemand; ils ne purent cependant se soustraire au charme des formes italiennes, et ils en vinrent à une sorte de compromis qui constitue un style de transition et qui subsista plus d'un siècle. Son trait distinctif, est une alliance de formes imitant l'antique dans le cadre architectonique et de découpures dans le décor sculpté. Le plus ancien spécimen de la fusion des éléments italiens et allemands est la gracieuse tourelle, déjà décrite, du presbytère de Saint-Sébald, datant de 15 14. La tentative esquissée ici, a été renouvelée d'une manière réfléchie et avec la pleine conscience du but à atteindre, dans les galeries primitivement ouvertes de la charmante cour de la maison n° i de la AVinklerstrasse : là, la découpure richement variée et parfois ornée de rosaces est encadrée de grotesques qui rappellent Durer ; des anges jouant de la trompette, des feuillages émergeant des vases, des dauphins et des oiseaux, fournissent les motifs d'ornementation. Nous reconnaissons l'influence des créations populaires de Hans Sebald Beham dans les sculptures des poutres d'une cour de la Karlsstrasse (n" 23) qui représentent des bouffons et les diverses scènes d'une kermesse rustique. Dans la cour d'une maison datant des années qui suivirent 1530 (Tucherstrasse, n° 15), l'on voit, au-dessous d'un balcon découpé de style flamboyant, une frise avec des médaillons-portraits et des bucranes qui révèle l'influence de Flotner. Les « petits maîtres » et surtout Flotner étouffèrent l'élément gothique. Dans la salle Hirschvogel, où nous avons reconnu une œuvre de Fôltner datant de 1534, il n'y a plus aucune trace de gothique. Nulle réminiscence de gothique dans les parties du castel Tucher dues au même maître.
Auxvr siècle, les habitations bourgeoises demeurent, dans les grandes lignes, ce qu'elles étaient autrefois. La bâtisse en colombage cède déplus en plus la place aux constructions en pierre ; mais le bois ne disparaît point : on l'emploie diversement, et surtout dans les cours. Au lieu des
i/arciuïecture nr- t. a rexatssance
galeries de pierre, ce sont des galeries de bois, reliant les bâtiments de devant à lanière-corps des constructions. Nous en avons d'excellents spécimens qui datent de la seconde moitié du xvi» siècle : par exemple la cour de la maison llertel et celle de l'hôtel Bayerischer Hof, célèbre
Cour de la maison n° 15. Tucherstrasse (xvi« siècle).
depuis longtemps. .Mais le bois est également employé pour les façades sur la rue. Sans doute, c'est seulement dans la seconde moitié du xvil' siècle que les tourelles de bois apparaissent; mais, à l'époque dont nous parlons, la lucarne saillante [crher) est l'ornement typique des toits élevés dont la forme et la couleur donnent tant de charme à la ville lorsqu'on la contemple d'une hauteur. Ce n'est qu'à la fin du siècle que les pignons en
XrRÏÏ MBERG
pierre redeviennent en honneur. Pour assurer une lumière suffisante à ces toits à plusieurs étages, on a recours aux lucarnes saillantes ; elles donnent de la grâce et du mouvement à ces surfaces couvertes de tuiles rouges; quand elles sont de petites dimensions, elles ont une simple
Lucarnes de la maison n" 31, Brunnengasse (xvi'' siècle).
ouverture cintrée; quand elles sont plus grandes, on les dispose de champ au milieu ou à l'angle de la façade, avec des fenêtres cintrées sur le devant et sur les côtés, et les fenêtres sont séparées par de belles colonnes. D'ordinaire, une sorte de flèche pol3^gonale, couverte de tuiles, forme le couronnement. Les façades sont habituellement de boutisses lisses, sans autre ornement que la tourelle, pour ne point parler des pein-