LA VILLE AU MOYEN AGE
le font, sur les deux autres faces, de hautes consoles. Aux murailles latérales sont percées des fenêtres ogivales dont l'embrasure est encadrée de colonnettes tronquées à chapiteaux antiques. La forme de Tornemen-
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Chapelle Saint-Euchaire, à Téglise Saint-Gilles.
tation des grandes colonnes, avec leurs hautes bases ioniques et leurs chapiteaux décorés de feuilles et de rubans entrelacés en arabesques, ainsi que la voûte en plein cintre de la nef septentrionale, indiquent l'époque de la fondation du monastère, tandis que la voiite en ogive de la nef méridionale montre que l'achèvement de la chapelle n'eut lieu qu'au
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commencemeiu ilu xiii' siècle. On ne i^eut pas dire cependant que l'édifice appartienne au style de transition : il se lient seulement à la limite de la période où le roman va se transformer en gothique.
Un exemi)le caractéristique de l'époque île transition est la i)artie ouest, déjà citée, de Saint-Sébald, construite vers le milieu du xiii' siècle. En 1274. eut lieu la consécration de ce chœur ouest, compris entre les deux tours, et dénommé chapelle Lôflfelholz. Sauf la transformation de trois des fenêtres romanes de l'abside en fenêtres ogivales et sauf la partie supérieure des tours, achevée au XV" siècle dans le style d'alors, ce chœur ancien est resté presque intact; au contraire, la nef. dès 1309, vit ses bas côtés élargis conformément au style gothique. Sa largeur primitive, qui n'atteignait que la moitié des dimensions actuelles, se remarque encore aux traces d'arrachement que portent les voûtes des bas côtés. Celles-ci étaient, comme celles de la nef centrale et du chœur, en arc brisé. Sauf dans les fenêtres, c'est d'ailleurs l'arc brisé qui domine. L'époque de transition se trahit encore dans les colonnes élancées, saillantes aux murs, reposant soit directement sur le sol. soit sur des consoles dont quelquesunes, comme à Bamberg. ont la forme de cornes.
Xon moins significatives sont les arcades aveugles, terminées en trèfle, qui ornent les murailles intérieures de l'abside pentagonale. Enfin, les chapiteaux des colonnes montrent, à côté des feuilles rigides et des arabesques du style roman, les feuillages du style gothique français.
La surélévation de cinq marches qu'offre ce chœur indique qu'audessous existe une crypte ; elle est dédiée à saint Pierre. Le petit chœur ou tourelle faisant saillie dans l'église est une merveille. Il sert aux chantres et est disposé au-dessus de la voussure du chœur ; aux murs sont des colonnes en saillie, des arcades aveugles et, au-dessus, des colonnettes reposant sur des consoles et servant à supporter des formerets. L'impression d'ensemble est d'une extrême richesse.
En 1273 aussi, en même temps que le chœur ouest de Saint-Sébald, fut consacré le chœur semblable, également polygonal, de la petite église .Sainte-Claire, appartenant à l'ordre de Sainte-Marie-Madeleine, cité dans les documents d'archives dès 1240 et incorporé en 1278 à l'ordre de Sainte-Claire, Les bases des colonnes murales, en forme de cornes, et l'ornementation, de styles divers, des chapiteaux montrent suffisamment la parenté avec Saint-Sébald. Cette simple église, que l'harmonie de ses proportions rend si attrayante, mais dont la beauté pittoresque a été gâtée par les affreuses constructions dont on l'a entourée ces dernières années^
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est une création de la première jx'riode du style ooMval et fut transformée à l'époque gothique.
l'armi les ])lus anciennes églises de Xuremberi;; fi,;ure l'église Saint-
Chœur ouest de l'église Saint-Sébald (Entrée de la chapelle Lœffelholz).
Jacques, fondée en 1209 par l'empereur Othon IV pour les chevaliers de l'Ordre ïeutonique. Il n'en reste plus rien : elle a été démolie à la fin du XVI H" siècle, pour faire place à l'église à coupole destinée à ce même ordre. 37 église actuelle de Saint-Jacques est un édifice commencé au xiir siècle, achevé seulement, suivant une inscription, en 1500, et restauré de façon malheureuse vers 1820.
A côté des chevaliers de l'Ordre Teutonique, différents ordres monastiques, attirés par la richesse de la ville ou bien appelés par d'opulentes familles bourgeoises qui les soutenaient de leurs dons, étaient venus, au cours du xiii' siècle, s'établir à Nuremberg. Jusque-là on n'y avait vu que les Bénédictins écossais, isolés de la masse par leurs études artistiques et scientifiques et a^-ant, par cela même, un caractère en quelque sorte aristocratique. Les moines nouveaux, au contraire. Franciscains, Augustins, Dominicains, Carmélites, vivant au milieu du peuple et enflammant les masses par leurs prédications, convenaient tout à fait à la population bourgeoise de Nuremberg.
Dès 1218. ou 1225 selon d'autres, les moines Augustins vinrent fonder, aux environs delà porte actuellement appelée Neutor, hors Nuremberg, un couvent qui briîla bientôt et" fut remplacé en 1265 par un autre, édifié cette fois à l'intérieur de la ville, près de Saint-Sébald, là où s'élève maintenant le Palais de Justice, si bizarrement construit, au milieu du XIX- siècle, dans le st3-le roman. Le bâtiment principal, qui, au rez-dechaussée, renfermait la salle du chapitre et au-dessus le dortoir, et qui était resté à cette place jusqu'en 1873, a été, il y a quelques années, encastré dans les constructions du Musée germanique. La belle église du couvent, datant de la fin de la période gothique et dont nous reparlerons, a été démolie en 1816.
Deux ans après les Augustins vinrent les Franciscains; ils s'installèrent sur la rire gauche de la Pegnitz, à l'endroit où aboutit le pont appelé, à cause d'eux, Barfiisserbrùcke (pont des Déchaussés). A la place de leur couvent s'élèvent aujourd'hui les bâtiments des Enfants trouvés, de la Société du Musée et d'une grande maison de commerce où fut installé pendant un quart de !-iècle le Musée d'art industriel bavarois, en attendant la construction du nouvel édifice qui l'abrite depuis 1896. Cette maison de commerce renferme encore le chœur gothique et des détails de style « baroque » de la nef de l'église du couvent, qui, après un incendie en 1671, avait été reconstruite par l'architecte Johann Trost.
Il ne reste plus aucune trace de l'église, consacrée en 1271, des Dominicains, apparus à Nuremberg au milieu du xiii'^ siècle ; elle a été démolie en 1807. Les bâtiments du couvent, au bas de la butte couronnée par le château, renferment, depuis 1538, la Bibliothèque de la ville et, depuis 1872, les Archives municipales. Quelques restes de peintures murales rappellent seuls sa primitive décoration.
Au cours du xiv" siècle, une communauté de femmes gardes-malades, constituée en un ordre dit de Sainte-Catherine, eut à son tour son couvent,
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situé à l'est de la ville, au bord de la Pegnitz, et son église. Celle-ci, édifice à trois nefs avec un chœur imposant et un transept resté inachevé, qui le terminait à l'ouest, a été conservée. Enlevée à sa destination lors de la Réforme, elle servit, à partir de 1620, de lieu de réunion aux maîtres chanteurs et à leurs élèves lors de circonstances particulières. Du xiV siècle encore date un autre grand monastère : la Chartreuse ; nous en parlerons plus loin. Auparavant, il nous faut compléter le tableau qu'offrait Nuremberg au XIII'' siècle et montrer sous quelles formes la ville se présentait au début du xiv® siècle.
Par suite de l'important développement du commerce favorisé par les privilèges impériaux tout particuliers dont jouissait Nuremberg, l'agglomération des habitants, dès la première moitié du xiii" siècle, était devenue si considérable qu'on fut contraint, au milieu du même siècle, de construire une nouvelle ceinture de murailles qui, traversant au loin la Pegnitz, entoura d'un cercle très étendu l'ancienne enceinte. Il s'en est assez conservé pour que l'on puisse, encore aujourd'hui, suivre presque sans interruption le tracé de cette ligne de murailles. La promenade vaut d'être faite, car elle ménage une suite de tableaux des plus pittoresques.
Cette enceinte fortifiée, très puissante pour l'époque, se composait d'un mur épais en pierres de taille avec un chemin de ronde couvert en bois et de hautes tours, précédé d'un rempart et d'un fossé à pente maçonnée. La muraille a disparu presque en entier, mais ses tours les plus importantes subsistent, et son fossé, quoique en majeure partie comblé et remplacé par des constructions, se laisse remarquer nettement en maints endroits, surtout du côté est, au sud de la tour dite Lauferschlagturm, remontant au Xlir siècle, mais modifiée en 1 508 dans le style de la dernière période gothique, et achevée à sa partie supérieure seulement en 1561. D'autres tours de cette enceinte se voient encore au pont de l'Hôpital et au sud de l'île que forme là le fleuve ; vis-à-vis de la tour située à cet endroit, une autre s'élevait sur la rive sud de la Pegnitz. Ces deux dernières tours servirent de porte d'entrée en 181 2, plus tard de prison. En 1478, on installa au bord de la tour nord, qui porte la date 1325, une cage de fer où étaient enfermés les prisonniers pour dettes, qui devaient, de ce réduit, implorer la charité des passants. L'autre tour fut utilisée de même façon. Le pont qui les relie, bâti en 1485 par le maître maçon Jakob Grimm, mais remplacé au XIX' siècle par un pont de pierre, porte encore aujourd'hui le nom de pont des Dettes. Au nord de ce pont, un autre, le pont du Foin, a été remplacé de nos jours par une laide passerelle en fer.
Du pont des Dettes, la muraille allait, par une courbe presque en
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demi-cercle, mais nettement rect)nnaissal)le. rejoindre la Weisser Turm (tour Blanche), située à l'ouest de la ville. Cette tour aux hautes murailles de briques, consolidée en i4,u par de robustes contreforts, montre aux côtés de son ouverture en plein cintre des arcades aveugles qui rappellent celles de Saint-Sébald et datent sa construction du xiii'' siècle. La porte d'accès, pittoresquement placée en avant de la tour, et flanquée de deux tours basses, est un reste important.
De là. la muraille allait, en tlé(ri\ant une autre courbe, rejoindre la Pegnitz à l'endroit où se trouve le pont ilit Henkersteg (passerelle du Bourreau\ et la traversait sur quatre arches, interrompues au milieu par une petite tour ronde, recouverte d'un toit quadrangulaire, construite sur une petite île. Cette tour seule et les deux arches de l'extrémité nord, avec leur passage couvert aménagé en demeure, qui servait d'habitation au bourreau, subsistent; les deux autres, du côté sud, furent remplacées dès la fin du xV siècle ])ar un jjont de bois coux'ert lequel, vers 1880, fit place, à son tour, à une passerelle en fer dont le pau\Te aspect jîrosaïque s'accorde bien mal avec son nom romantique. Cette passerelle débouche dans l'île où est installé le Marché à la friperie, riche en vieilleries de toutes sortes et qui offre à l'amateur un champ fertile encore en trouvailles. Le pont du nord, lui, s'appuie à une massive tour carrée recouverte d'un toit bas, dit Wasserturm tour d'Eau) et qui, comme la petite tour ronde de l'île, a reçu du temps une patine très foncée. Ce sombre aspect de la tour, ses robustes bossages, ses petites fenêtres grillées, produisent une impression des plus sévères, bien faite, elle, pour évoquer la figure sinistre du bourreau et de ses aides, et même toute une suite de visions terrifiantes. Ici, plus que partout ailleurs, est sensible le pouvoir qu'exercent sur l'imagination ces anciennes murailles. De cet endroit, surtout quand, l'hiver, la neige couvre les toits, le coup d'œil est des plus pittoresques que forment avec ce pont et ces tours les maisons voisines à hauts pignons, les clochers de Saint-Sébald et, tout en arrière, dressée dans le ciel clair, la Sinwellturm de la Burg. La maison de bois à double galerie et à haut pignon qui s'élève à côté du pont au bord du fleuve, et c[ui rejoint la tour d'Eau par un pont couvert en bois, était primitivement un hôpital, bâti de 1446 à 1448 et qui, transformé plus tard en magasin de vins, a conservé le nom de Weinstadel LMaison aux Vins).
D'ici, la muraille allait rejoindre probablement en ligne droite la Tiergàrtnertor ^porte de la Ménagerie), ainsi appelée probablement à cause de la proximité d'une ménagerie installée près de là au temps des burgraves), à l'ouest de la Burg, pour se replier ensuite vers l'est. Cette
tour, comme la Lauferschlagturm et la Weisserturm, était percée d'une porte de forme oi(i\ale. I.ors des grands remaniements opérés au milieu duXlV siècle dans le système des fortifications de la l>urg-. et de la création d'un long tunnel à cet endroit, la jjetite porte, alors inutile, fut murée. Dès 15 16 d'ailleurs, la partie suj)érieure de la tour a\ait été refaite entièrement et munie de gracieux balcons d'angle servant de belvédères. Elle fut alors recouverte, comme la Lauferschlagturm, d'un toit ]iointu
Tour de la Porte de la Ménagerie (Thiergartiiertor), avec !a Burg.
à huit pans gracieusement infléchis. Cette tour est la plus belle des tours carrées de l'enceinte de Nuremberg, et est pittoresque surtout du côté des fossés, d'où sa silhouette, mêlée à celle des tours et des murailles de la Burg produit une impression grandiose. Elle est, de plus, revêtue d'une décoration : un écusson en pierre, sculpté au XIV^ siècle et portant l'aigle primitive qu'on voit sur les anciens sceaux de Nuremberg, orne la face méridionale, tandis qu'un écusson en cuivre repoussé, datant de 1454, porte symétriquement distribuées, sur le pan nord, du côté du fossé, l'aigle impériale à deux tètes et les armes de la ville.
La Maison aux Vins, si heureusement conservée près de la passerelle du Bourreau, est un type caractéristique de la forme de construction simple
et légère dans laquelle durent être bâties, jusqu'au cours du xvr siècle, la plupart des maisons de Nuremberg. Un petit nombre de ces maisons, toutes du XV siècle comme celle-ci, se sont conservées.
Il est difficile de dire quel était l'aspect de la ville enclose dans les murailles du xiv*" siècle dont nous venons de suivre le tracé. Les lignes des anciennes rues, larges par endroits et çà et là coupées de places, sont restées les mêmes, et il os: à présumer que dans l'ancien Nurembergrégnait, comme aujourd'hui, la coutume qui donne à la ville des aspects si pittoresques : la disposition irrégulière des maisons, non pas strictement alignées, mais se dépassant les unes les autres, chacune ayant sa personnalité propre et jouissant de la rue à sa guise. Mais des vieux édifices de ces temps reculés, à part les restes de constructions religieuses signalés précédemment et de la Burg, tout dut disparaître devant les exio-ences des siècles suivants.
La grande salle de l'ilôtel de ville.