CHAPITRE III
Le Xlir et le xiv"' siècle, âge d'or de la bourgeoisie allemitnde par la richesse, l'esprit entreprenant, l'habileté guerrière, firent de la petite ville de Nuremberg une des premières parmi les grandes cités du moyen âge : Texpansion de son commerce était universelle, ses objets d'art et ses produits industriels étaient recherchés en tous pays, toute sa vie avait l'éclat magnifique et joyeux dont la chevalerie, peu à peu descendue de son trône idéal, avait été revêtue jusque-là. Les vexations incessantes auxquelles les marchands de Nuremberg étaient en butte de la part de la noblesse, confinée dans ses pauvTcs châteaux, montrent avec quel œil d'envie celle-ci regardait la ville et ses habitants aisés, desquels l'huma-
niste ^ïneas Sylvius écriwiii : « Les rois trÉcosse souhaiteraient \'ivre comme les petits bourgeois de Nuremberg »,
3lalgré son adhésit)n à la eonfédératicm des villes rhénanes en i 254, malgré son alliance avec les autres \illes et malgré toutes les ligues formées en \ue île la sauvegarde de ses intérêts commerciaux, Nuremberg aurait difficilement triomphé des attaques de tous ses ennemis, — surtout lorsqu'à partir du W" siècle les plus arharnés de tous, les margraves de Brandebourg, se targuant de leurs anciens droits de l)ourge()is de Nuremberg, s'efforcèrent sans relà(^h(^ de soumettre la ville à leur domination, — si la cité n"a\"ait joui autant de l'amour, de la confiance et de l'énergique assistance de l'empereur. Toute une série de monuments témoignent des relations intimes ([uen ce xiv*" siècle Nuremberg entretenait avec ses empereurs, notamment deux l)as-reliefs exécutés en 1340 à la nuiraille de l'est dans la i»'rande salle de l'hôtel de ville, et montrant, lun, l'empereur Louis de Bavière assis sur un trône flanqué de deux aigles, les pieds reposant sur deux lions couchés, couronné par deux anges ; l'autre, une femme se levant de son siège et recevant d'une jeune fille qui s'agenouille tlevant elle une grande épée, une ceinture, une paire de gants et un bâton. Le premier de ces bas-reliefs est une reproduction libre du sceau avec lequel l'empereur conféra, en 1332, à la ville ses privilèges commerciaux, privilèges fort importants pour l'affermissement des rapports de Nuremberg avec les cités des Pays-Bas. C'est à ces rapports qu'a trait le second bas-relief, où est figuré l'acte symbolique par lequel chaque année Nuremberg avait coutume d'exprimer la persistance de ses relations commerciales avec les villes de Brabant. Une ancienne tradition veut que cette figure de la Brabantia soit un portrait de ^ïarguerite de Hollande, la femme de l'empereur. Ces deux bas-reliefs offrent la facture vivante et originale qui caractérise en général la sculpture nurembergeoise. Les draperies sont traitées de façon excellente, les mouvements des personnages sont pleins de naturel et l'expression de leurs visages est très vivante, qualités qui contrastent a\'ec la raideur et la gaucherie des bras et des jambes des deux femmes.
La date exacte de ces œuvres, qui présentent tous les caractères de la sculpture gothique primitive, est donnée pur l'année dans laquelle fut terminée la construction de l'hôtel de ville, commencé en 1332. Jusquelà le Conseil de la ville avait partagé avec les drapiers un bâtiment édifié à l'ouest de la place du xMarché principal et sur l'architecture duquel nous n'avons aucun document. Ce bâtiment ne pouvant plus suffire à l'importance de Nuremberg et à la dignité d'un Conseil composé des membres