Huel, Demarne, Heim fournirent de nombreux
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fectionner sans cesse, puis il imagina pour la gravure des planches de cuivre une machine non moins utile. — La manufacture tira bon parti de ces nouveaux procédés, notamment pour les mir/noneites dont elle avait en quelque sorte le monopole; cette fabrication était très -lucrative, à cause de l'économie de temps et de main-d'œuvre. M. Oberkampf l'ut le premier à constater par un calcul exact que le produit du bastringue (nom donné par les ouvriers à la nouvelle machine) représentait le travail de quarante-deux graveurs.
La consommation toujours croissante des mignonettes dans le midi de la France, avait donné naissance à plusieurs manufactures d'indiennes; mais ne parvenant pas à égaler Jouy, les fabricants de Lyon, et de Montpellier avaient sollicité de M. Oberkampf de leur imprimer à façon. — Il s'y était toujours refusé, considérant ce genre d'industrie comme une concurrence faite à soi-même ; cependant lorsqu'il vit le rapide travail du
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bastringue, il n'hésita plus à entrer dans cette voie, exigeant toutefois que les toiles lui fussent livrées en écru pour être blanchies dans ses propres ateliers afin d'en assurer la réussite. — La blanchisserie d'Essonnes était en mesure de suffire à toutes les éventualités; ce ne furent d'abord que quelques maisons des plus importantes qui envoyèrent des toiles, mais elles furent bientôt suivies par beaucoup d'autres, si bien que durant les années 1802 et 1803, un graveur spécial suffisait à peine à graver les estampilles dont il fallait marquer chaque pièce de ces toiles pour les reconnaître quand elles étaient terminées.
Cette année avait vu la campagne d'Egypte, et les victoires du général Bonaparte avaient fixé l'attention générale : un événement non moins surprenant, celui du 18 brumaire (9 novembre 1799) fit succéder au Directoire le Consulat.
Avec les premiers jours de l'an 1800, le commerce eortitde son inertie et la fabrication redevint active.
M. Oberkampf entretenait de loin en loin une correspondance avec l'abbé Goy, qui vivait retiré dans le voisinage de Grenoble, son pays natal '; ayant un grand désir de le revoir, il lui proposa de venir passer ses vieux jours à Paris, en lui offrant un logement confortable dans sa maison de la rue de Choieeul; il reçut en réponse une lettre dont nous copions, le passage suivant :
i Grenoble, 3 mars 1800.
« Vous me proposez, mon cher ami, un logement dans votre belle maison de Paris. — Hélas I les circonstances ne sont guère favorables pour me faire sortir de ma solitude ; il me faudrait la paix pour cela; mais, paix ou guerre, c'est une grande jouissance pour moi que les offres que
1. La trouvaille faite en 1849, a Grenoble, des lettres écrites par M. Oberkampf à M. l'abbé Goy. et. conservées par les nièces de celui-ci, a fait connaître la carrière de cet ami : — Ancien élève des ponts et chaussées , M. Goy, abbé îe Jov:!:ii;r* . ,'iwul i'.ii aiàc fis ca:np ùa maréchal d'Armentières , avec qui il avait fait la guerre de Sept Ans , puis il devint secrétaire intime du duc de Choiseul. ministre de t.ouis XV; il était lié avec M. Demaraise, également originaire du Dauphiné.
vous voulez bien me faire, et que vous m'avez déjà faites chaque année avec une cordialité et une noblesse dont je sens vivement le prix ; j'y ai une telle confiance et je vous connais si bien, que je me ferais gloire et croirais vous faire plaisir de les accepter, si vos secours me devenaient absolument nécessaires; jusque-là je me contenterai des preuves que vous m'avez données de votre amitié; je lea tiens pour aussi sûres et aussi réelles que toutes celles que vous pouvez y ajouter, et qui ne sauraient en rien augmenter ma reconnaissance et mon attachement pour vous.
Je m'honore (fifre le plus ancien ami du plus homme de bien que j'aie connu, et cela me suffit. — Voue savez que jamais nul autre motif et nulle autre vue n'ont dirigé mes sentiments. ■
Les mêmes pensées se trouvaient dans une autre lettre du 1 ™ janvier 1 798 :
... « Depuis trente ans vous êtes au premier rang des hommes que j'ai le plus estimés, auxquels je me suis attaché avec le plus de force et de plaisir ; si vous n'étiez pas heureux comme vous le méritez, je me plaindrais plus de cette injustice du sort que de meB propres disgrâces. »
Voici quelques lignes de la réponse de M. Oberkampf :
t Jouj, 8 mars 1800.
« .... C'est une horrible chose qu'une révolution; j'ai appris à en connaître les effets, pour ainsi dire, avant la signification du mot.... Permettezmoi de vous faire un reproche sur les louanges que vous me prodiguez, et qui me blessent autant que la place de sénateur qu'on a voulu me donner. — J'en ai été informé par la voii publique, et je n'en voulais rien croire. — On disait que le gouvernement voulait honorer en moi l'Industrie et le Commerce, et que je serais présenté par le premier Consul. —Quand j'ai lu dans le journal que j'avais eu quarante-quatre voix sur cinquante pour être présenté par le Tribunal conservateur, j'ai envoyé de suite mon neveu auprès des amis que nous avons soupçonnés d'avoir mis mon nom sur le tapis', pour les prier de m'épargner la peine d'un refus, et, Dieu merci, la chose n'a pas eu lieu. Cette élévation ne convenait nullement à ma simplicité. »
M. Oberkampf fut inquiet jusqu'à ce qu'il eut la certitude qu'il ne serait pas nommé sénateur. « il n'y avait, disait-il, qu'une
J. MM. Cbaptal et Berthollet.
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seule place qui lui convînt, et c'était sa manufacture. » H ne put cependant pas éluder tontes les distinctions qu'on voulut lui conférer: au mois d'avril, le Préfet le désigna pour être l'un des trois députés du département à la fêle de la République; à cette occasion il eut l'honneur de dîner avec le Premier Consul chez les deux autres.
Le 20 mai suivant, un arrêté du Premier Consul lenommamembreduConsei/^neVoïdu département de Seine-et-Oise. Il en remplit les fonctions pendant trois ans, puis donna sa démission, qui fut acceptée le 6 mai 1803. — Le \ \ juin naquit à Paris, Julie, seconde fille de madame Feray '.
La manufacture d'Essonnes n'avait encore qu'un petit nombre d'imprimeurs, mais elle comptait 1 1 2 ouvriers au blanchiment et à la teinture des toiles; bientôt ses opérations prirent toute l'importance que l'abondance des eaux permit de leur donner.
1. Mariée en 1S21 à M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique sous Louis-Philippe.
A Jouy, le moulin des Pirjtrets (ou de St-Martin) fut acheté par M. Oberkampf, le 13 juillet 1801, du sieur Huvet, qui en était propriétaire et meunier, pour le prix énorme de 120000 fr. (environ trois fois sa valeur réelle); ce moulin, situé en amont de la Manufacture, n'en était séparé que par la routé de Versailles. M. Oberkampf n'en pouvait tirer aucun parti, mais il s'en rendit maître afin qu'il ne tombât pas aux mains du propriétaire du château 1 , qui le convoitait parce qu'il se trouvait presque enclavé dans son parc et qui n'eût pas manqué d'en détourner ou d'en salir les eaux. M. Oberkampf fit réparer le moulin et le loua à son vendeur même au prix de 3000 fr. par an.
Dans le mois d'août 1 801 (le 9 thermidor, an IX), M. Oberkampf reçut avis que le consul Lebrun et le sénateur Barthélémy, se rendant à la Malmaison, s'arrêteraient une heure à
1. M. Séguin, ancien fournisseur des armées de la République ; un des esprits les plus excentriques de son temps.
la manufacture de Jouy; ce qu'ils firent en effet.
A la même époque vint à Jouy, Amédéo Berthollet, fils du célèbre savant, qui désirait étudier l'application de la chimie à l'industrie; il avait été élève de la première école polytechnique et sortait du corps des Vélites (les guides du général Davoust) donl il portait encore l'uniforme. Ce jeune homme passait une grande partie de son temps dans le laboratoire de chimie, se livrant à toutes sortes d'expériences sur les matières qui entrent dans la fabrication des toiles peintes; Widmer et lui assistaient fréquemment aux réunions savantes qui se tenaient à Arcueil chez M. Berthollet. Le séjour à Jouy d'Amédée Berthollet se prolongea jusqu'en 1805; en 1808 il s'associa avec son ami, le fils de M. Chaptal, pour l'exploitation d'une fabrique de produits chimiques, établie dans la Camargue (Delta du Bhône) ; ils y firent des affaires assez importantes avec Jouy, pour divers articles de leur industrie.
I3H OBBBKAMPF. [1802]
Berthollet mourut jeune; Chaptal resta en relations suivies avec la Manufacture jusqu'en 1821.
La fin du Directoire et l'époque du Consulat furent marquées par une disposition générale à se divertir. — Réaction de l'esprit français, succédant à une longue période de craintes.
Heureuse et florissante, la famille Oberkampf partagea cette gaieté nationale. A Jouy, ce n'étaient que repas champèlres, charades, chansons, joyeux bals, dont les apprêts se bornaient à rouler de côté la longue table de chêne et à installer le ménétrier du village sur le buffet de la salle à manger; enfin concerts et comédies chez un aimable voisin, le marquis de Morant, dont la femme était très-bonne musicienne.
Un coup imprévu et terrible vint interrompre cette joyeuse vie : le 29 janvier 1 ÈS02, Alphonse Oberkampf, jeune homme aimé de tous, fut à l'âge de seize ans enlevé par un mal de gorge rapide et fatal; il eïpira en
l'absence de sa mère qui soignait à Paris son plus jeune fils, Emile, malade aussi.
Quelle perplexité, quelle angoisse pour le pauvre père!...
La douleur de madame Oberkampf fut immense et longtemps elle resta plongée dans le plus profond abattement; elle en fut peu à peu tirée par la tendre sollicitude de son mari et l'éducation de ses filles devint le principal intérêt de sa vie.
D'un caractère doux et intelligent, Alphonse s'initiait déjà aux travaux de son père; on a de lui des notes sur la fabrication et des planches gravées de sa main. Pour accomplir un désir qu'il avait souvent expriméj sa mère établit une distribution de soupe aux indigents de Jouy, pendant l'hiver (cette distribution a continué depuis lors et commence chaque année le 9 décembre, anniversaire de' la mort de madame Oberkampf, rappelant ainsi un double souvenir).
Un nouvel acte de société fut signé entre