‹ Oberkampf 17381815Chapitre 17 sur 30 · OBERKAMPF. L'SOS · texte numérisé non relu

OBERKAMPF. L'SOS

issues. Les ravages furent affreux; le pavé totalement défoncé, les toiles qui couvraient à ce moment toute l'étendue des prairies de la manufacture gravement avariées , mais le plus grand dommage fut causé par l'inondation du magasin des drogues. On ne chercha point à estimer en chiffres les conséquences du désastre, car aux pertes matérielles il fallait ajouter l'interruption de la fabrication dans la meilleure saison, nécessitée par des réparations sans nombre. Une légion d'ouvriers y fut employée plus d'une semaine avant que la manufacture pût reprendre ses travaux, et il n'y avait pas quinze jours qu'elle était rentrée en activité quand un nouvel incident vint émouvoir la population ; mais cette fois l'événement était de nature à réjouir tout le inonde, et enrichit l'histoire de la manufacture d'une de ses dates mémorables.

Le vendredi 20 juin 1806, entre deux et trois heures, un gendarme des chasses arriva au galop, annonçant que l'Empereur venait

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visiterlaManufacture. Quelques minutes après Napoléon et l'impératrice Joséphine arrivèrent en voiture à quatre chevaux, et mirent pied à terre ; Leurs Majestés étaient accompagnées d'une suite de treize personnes \

M. et Mme Oberkampf les reeurent, entourés de toute leur famille; après quelques paroles échangées avec Oberkampf, Napoléon demanda à voir la machine à imprimer. La société se porta en masse vers l'imprimerie en cuivre, au rez-de-chaussée du grand bâtiment; aussitôt que M. Oberkampf eut amené l'Empereur devant la machine qui était au repos, on donna le signal au cheval du maoége, et la toile blanche, entrant d'un côté sous le cylindre gravé, sortit de l'autre imprimée avec une vitesse de 7 mètres 1 /2 à la minute. On opéra ensuite un changement de dessin à vue en substituant un autre cylindre à celui qui venait de fonctionner.

Cette manœuvre rapide plut beaucoup à

î. Voyess la no« C... à la fin du volume.

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l'Empereur; mais ce qui attira particulièrement son attention, ce fut le grand nombre de cylindres gravés, rangés symétriquement dans l'atelier (il y en avait déjà près de deux cents). On s'empressa de lui faire remarquer que parmi ces cylindres, il s'en trouvait 25 dont la matière provenaitde quelques canons de luxe pris au Pape en 1 T98 ; alors il appela ses aides de camp et rit avec eux de la singulière destinée de cette artillerie.

En sortant de l'imprimerie, la compagnie se divisa en deux groupes, prenant des directions différentes; l'Impératrice et ses dames, accompagnées de Mme Oberkampf, montèrent à la salle des dessinateurs , Sa Majesté désirant qu'on lui imprimât des mouchoirs de batiste dont elle voulut choisir les vignettes; on feuilleta sous ses yeux le registre qui contenait ce genre de dessin, elle en désigna de très-légers, gravés au pointillé (ils devinrent un objet de mode). Après avoir fait fonctionner devant l'Empereur les presses à imprimer à la planche de cuivre, M. Oberkampf le

conduisit, à travers la grande imprimerie au bloc et les principaux travaux extérieurs, jusqu'aux batteries circulaires et aux ateliers des machines à graver les cylindres. Comme on se l'imagine, la conversation du grand homme pendant cette visite consistait en questions à vue d'aigle, sur l'industrie et le commerce des toiles peintes — questions rapides auxquelles M. Oberkampf et ses collaborateurs , Petineau et Widmer, suffirent à peine à répondre. En sortant des ateliers, tout le cortège, grossi de nombreux ouvriers, se trouva réuni au pied du bâtiment neuf, à l'entrée .de la prairie; là, M. Oberkampf présenta à l'Empereur l'Ecossais Robert Hendry et sollicita pour lui la permission de retourner dans son pays, faveur qui fut aussitôt accordée en ces termes : « Eh bien ! il retournera. »

Puis, au moment de se retirer, l'Empereur, feignant de s'apercevoir qu'Oberkampf n'était pas décoré, détacha sa propre croix de la légion d'honneur {une croix i'ofjkior, en or),

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et la lui remit en disant que « personne n'était plus digne de la porter. » Au même instant les cria de Vive l'Empereur ! sortirent spontanément de toutes les bouches et se répétèrent jusqu'au moment où Leurs Majestés, remontéesenvoiture,partirentpourSaint£loud, laissant la population de Jouy dans une joyeuse émotion. L'Empereur avait donné des ordres pour qu'une pension fut assurée au doyen des ouvriers de la manufacture; cette pension (de 250 fr.) fût exactement servie à J.-B. Marolles,leplus ancien des imprimeurs, jusqu'à sa mort.

Dès le surlendemain de la visite impériale, M. Hendry reçut l'ordre de se rendre au ministère de la police générale, où le passeport promis lui fut délivré sous la signature du duc de Rovigo. Ce que M. Oberkampf reçut de félicitations en cette occasion est plus facile à concevoir qu'à raconter; la correspondance commerciale elle-même en était remplie, à plus forte raison celle des nombreux amis ; on lira plus loin une lettre de

l'abbé Goy à ce sujet; voici celle que M. Oberkampf reçut de l'illustre Lacépède, alors grand chancelier de la Légion d'honneur.

« Paria, 15 août 1806.

■ Le grand ekancsikr à il. Oberkampf, membre de la Légion d'honneur, propriétaire de la manufacture de Jovy.

• Sa Majesté Impériale et Royale a bien voulu me dire, monsieur et cher confrère, qu'elle vous avait nommé membre de la Légion d'honneur, et qu'elle avait ajouté à cette marque de sa bienveillance la faveur particulière de vous donner la décoration qu'elle portait. — Elle m'a ordonné en même temps de vous adresser le brevet que doit ' avoir tout légionnaire, et de vous faire jouir de tous les droits attachésàcettequalité. — J'éprouve d'autant plus de satisfaction, monsieur et cher confrère, à exécuter les ordres de Sa Majesté Impériale et Royale, que j'ai l'avantage de pouvoir exprimer à un collègue aussi recommandable par ses verlus que par les services qu'il a rendus à l'industrie, au commerce et à sa patrie, combien je partage l'estime qu'il a inspirée au public.

<■ J'ai l'honneur de vous saluer,

(signé) • Comte de Lacépède. ■

OBBRKAMPF.

Lettre de M. l'abbé Got.

< Grenoble, k juillet 1806.

« La Gazette de France vient de me donner de vos nouvelles, mon très-cher et digne ami, et de m 'apprendre l'agréable visite que vous avez reçue dans vos petits Etats. — Comme vous n'allez jamais au lever de l'Empereur, il a compris que s'il voulait faire connaissance avec vous, il fallait, sans chicaner sur l'étiquette, qu'il se déterminât à faire les premiers pas, et il est allé en effet vous chercher. J'aime ce procédé-là, et je vois bien que c'est un brave homme, qui n'est fier qu'avec les Russes etles Autrichiens.

oSans plaisanterie, je pense que la décoration que vous avez reçue de sa main vous a fait d'autant plus de plaisir que celte faveur était moins attendue, et qu'elle n'a été offerte à personne avec plus de distinction et de grâce.

* Je n'ai pas besoin de vous dire la part que j'y ai prise et la joie que j'en ai éprouvée; vous savez ce que vous êtes pour moi, et dès lors à quel point tout ce qui vous arrive doit m'intéresser ; je vous avouerai pourtant que ce n'est pas pour vous seul que je rue suis réjoui des honneurs que vous avez ainsi obtenus sans les briguer. — J'ai pensé aussitôt à Mme Oberkauipf et à la vive sa-

tîsfaction qu'elle a du ressentir en voyant cette jolie scène, dont le seul récit m'a fort dilaté le cœur. — Je vous prie d'en recevoir l'un et l'autre mon compliment et de me permettre, de plus, de vous embrasser bras-dessus, bras-dessous , en l'honneur de la fête. »

L'Impératrice, qui avait pris un vif intérêt à l'épisode de la décoration de M. Oberkampf, voulut en avoir un souvenir; elle chargea le peintre Isabey de lui en faire un dessin.

L'habile artiste vint l'esquisser sur les lieux, et faire d'après nature les portraits des personnes qui s'y groupaient ; ce beau lavis, destiné à la Malmaison , se trouve actuellement dans une des salles du château de Versailles 1 .

La visite de l'Empereur eut du retentissement jusqu'en Allemagne et surtout dans le Wurtemberg où existaient encore plusieurs familles du nom d'Oberkampf, et où plus d'un compatriote eut alors des prétentions à

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