‹ Oberkampf 17381815Chapitre 20 sur 30 · Il est digne de remarque que le Papa étant alors · texte numérisé non relu

Il est digne de remarque que le Papa étant alors

prisonnier à Savone , le mariage fut célébré par l'abbé da Malbesse à ses risques et périls, et le cardinal Maury dût obtenir des dispenses d'un effet rétroactif.

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Au commencement de l'année 1812, marquée par les souvenirs de la campagne de Russie, Mme Feray donna le jour à son dernier fils, Henri, destiné à devenir général du second Empire'.

La guerre et les désastres qui en furent la suite exercèrent une funeste influence sur le commerce et sur toutes les industries. Cependant, malgré des circonstances si contraires, la Manufacture put satisfaire à toutes les exigences de la situation, et il était faux qu'elle eût reçu aucune subvention du chef de l'État. Ce bruit, répandu par la malveillance, motiva la lettre suivante adressée à M. Oberkampf par le vénérable duc de la Rochefoucauld-Liancourt :

i Liancourt, ce 15 juillet.

« Permettez, Monsieur, à mon ancien attachement pour votre respeclacle nom et pour votre respectable maison, de me réjouir avec vous du

1. It épousa en 18<i6 la fille du maréchal Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie.

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démenti que vous avez donné dans les journaux, aux bruits répandus de désastres arrivés à votre bel établissement. — Je m'en réjoais, et comme bon Français et comme vous ayant depuis longtemps voué une estime particulière. — Agréez-en l'assurance bien sincère. — Je ne vous parle pas d'affaires dans cette lettre, laissant ce soin à ma maison 1 , que vous savez être depuis longtemps à votre disposition et heureuse de ses relations avec la vôtre.

■ J'ai l'honneur, Monsieur, de vous saluer avec un sincère attachement,

• (signé) La Rochefoucauld.

" Permettez que M. votre fils , MM. Widmer et James P. reçoivent ici l'assurance de mon souvenir. >

L'Empereur, après sa visite à Jouy en 1810, avait dit : « Mademoiselle Oberkampf a « seize ans, il faudra bientôt s'en occuper, » ce qui avait donné aux parents une certaine inquiétude et le désir de la marier jeune à quelqu'un de leur choix.

1. Le duc de !a Rochefoucauld-Liancourt, rentré en France lors du Consulat, avait créé plusieurs filature- et lociii ■': : »(.'('« tics urtx et métiers.

202 OBEBKAMPF. [1811]

Deux ans après, elle fut demandée par son cousin Jules Mallet, second fils du baron Guillaume Mallet, régent de la Banque; elle le connaissait depuis l'enfance et trouva son bonheur dans cette union.

Le plus aimable caractère faisait chérir cette charmante Emilie : d'un esprit vif et sensé, d'une gaieté inaltérable, elle était lajoie de tous les siens (le reste de sa vie a tenu ce que promettait sa jeunesse).

Le cœur paternel d'Oberkampf s'est épanché dans deux lettres que nous transcrivons malgré ce qu'elles ont d'intime, parce qu'elles ajoutent un nouveau trait à la douce physionomie que noUB avons essayé de reproduire :

M. Oberkampp a M. Mallet, père, a Paris.

« Jouy, le 1™ avril 1813.

« Monsieur et cher cousin, • Je suis très-sensible aux sentiments que vous me témoignez dans voire obligeante lettre d'hier, et je vous assure que j'éprouve une véri-

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table satisfaction de pouvoir vous donner une preuve aussi particulière de ma considération et de tous les sentiments affectueux que je vous porte ainsi qu'à votre famille.

• Je ne doute pas que votre cher Jules n'ait hé» rité des vertus de ses parents, et c'est sans inquiétude que nous lui confierons le bonheur de notre chère Emilie. — Il l'aimera parce qu'elle est douce et bonne, et, en la rendant heureuse, nous comblera tous de joie et de satisfaction, car rien ne peut être aussi doux à mon cœur paternel que le bonheur de mes enfants. — Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour l'assurer, et vous devez être bien tranquille sur le sort de votre aimable Jules, car nous sommes toujours disposés à

- J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite considération et une sincère estime, ■ Mon cher cousin, ■ Yotre très-affectionné serviteur,

■ Obehkahpf. ■

M. Oberkampf a Mme Màllet.

c Jouj, 1" avril 1812.

• Je m'empresse, ma chère cousine, de répondre à votre aimable lettre d'hier et de vous assurer que c'est avec confiance et plaisir que i'aceorde notre chère Emilie à votre demande, —

Vous gtes, ma chère cousine, la cause principale de l'union de M. et de Mme Feray, ce qui me prouve que vous avez la main heureuse, et me fait espérer que vous ne réussirez pas moins bien dans l'alliance que vous me proposez entre ïotre cher Jules et ma chère Émilie, qui se rendront mutuellement heureux, ce qui fera notre bonheur à tous et particulièrement le mien.

• Mon fils est très-satisfait de voir se fiier près de lui un ami de son eofance, et j'espère que dans cette union chacun trouvera sa petite part de bonheur.

• Recevez, ma chère cousine, l'assurance de mon sincère et inaltérable attachement,

« Oberkampp. •

Le mariage eut Heu à Paris, à l'église de l'Oratoire, le 29 août 18)2.

Suivant leur habitude, les ouvriers de la Manufacture surent dignement fêter un événement qui comblait les vœux de leur excellent maître; députations, compliments, bal, illuminations, feux d'artifice, se succédèrent pendant plusieurs jours.

M. le pasteur Marron etM. le curé Humbert assistèrent, comme amis, à ces réjouissances.

Elles se renouvelèrent à Clichy, maÎBOii de campagne de M. Mallet père; M. Oberkampf lui-même y passa quelques jours au milieu de la bande joyeuse.

Le jeune marié quitta le monde animé où il avait vécu, pour adopter la vie sérieuse et laborieuse de Jouy, où la bouté d'Oberkampf lui offrait la position d'associé. Appelé, durant les années qui suivirent, à partager un lourd fardeau de responsabilité et de soucis, il s'acquitta de ses nouveaux devoirs avec droiture et fermeté'.

Le mariage d'Étoile Oberkampf avec mademoiselle Julie Joly de Bammeville , (de Saint-Quentin), eut lieu le 17 avril 1813. Cette nouvelle journée de bonheur 8e termina par un deuil, la mort de madame Massieu, mère de madame Oberkampf, survenue à Jouy pendant que la cérémonie se célébrait à Paris ;

1. Il donna une active impulsion à tous les travaux et l'industrie des toiles peintes doit de notables progrès à sou goût artistique. Plus tard (1843-48, 1848-55) comme maire de Jouy, M. Mes Mallet sut se concilier le respect et l'affection de tous.

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mélange de peines et de joies qui se retrouve fréquemment dans la carrière d'Oberkampf.

Les circonstances politiques étaient loin d'être favorables à l'industrie. La partie la plus animée de Jouy et d'Essonnes était alors la filature de coton; l'éplucbage du coton brut qui se faisait à Chantemerle fut transféré à Paria, où l'on monta pour ce travail, un vaste atelier rue Saint-Victor; deux cents ouvrières y étaient employées.

Le principal magasin de coton en balles étant, aussi àParis (rue delaMicbodière), on évitait ainsi un déplacement inutile du coton brut; le coton épluché était ensuite transféré à Chantemerle dans de grandes corbeilles et livré directement à la carderie. Cependant l'épluchage manuel étant une façon lente et dispendieuse, on s'occupa de le remplacer par le procédé mécanique déjà en usage en Angleterre et l'on construisit dans les ateliers d'Essonnes une de ces machines dont les frères Widmer avaient rapporté les dessins de Manchester. Ce fut la

première qui fonctionna en France; elle réalisait à la fois une grande économie et un grand perfectionnement dans l'art de filer le coton.

La tisseranderie de Chautemerle était également en pleine activité et deux cents métiers tissaient des 'calicots pour l'impression, la filature livrait en outre du coton filé à des entrepreneurs de lisBage à façon dans les prisons de Dourdan, dePoissy, etc.... qui travaillaient exclusivement pour Jouy ; mais tout cela ne suffisait pas et l'on achetait encore des quantités considérables de calicots à Paris et à Rouen.

Cette abondance de toiles, toutes en écru, alimentait la blanchisserie d'EssonneB ; quand aux travaux de Jouy toujours subordonnés au mouvement de la vente, ils se ralentirent beaucoup pendant cette année : on imprima cinquante mille pièces de moins qu'en 1811.

Toutefois la Manufacture progressait encore sous le rapport de l'art; ce fut en 4813 que l'on se mit à imprimer à Jouy avec une

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