‹ Oberkampf 17381815Chapitre 21 sur 30 · OBERKAMPF. [1813J · texte numérisé non relu

OBERKAMPF. [1813J

machine à deux couleurs, construite aussi d'après les dessins rapportés d'Angleterre.

L'un des cylindres était gravé eu creux et l'autre en relief; ce dernier remplaçait la rentrure de l'impression à la main, mais agissait simultanément avee le premier. (On donna, comme nous l'avons dit, à cette machine le nom de bastringue anglais, par analogie avec celle qui avait été inventée à Jouy, vingt ans auparavant,)

En définitive, le résultat commercial de l'année 1 81 3 fut négatif par suite d'une baisse énorme sur -toutes les marchandises telle qu'on n'eu avait pas vue depuis les années de la Révolution.

Le 26 décembre naquit à Jouy le premier enfant de madame Jules Mallet, une fille; cet heureux événement sembla clore pour un temps la série des prospérités de la famille; les années qui suivirent furentpleines d'inquiétudes et de deuils.

Dès les premiera jours de i 81 4, les événements militaires et l'imminence d'une invasion

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absorbèrent tous les esprits; fatigué de tant de guerres, de tant de sacrifices d'hommes et d'argent, le pays se séparait de Napoléon, si longtemps son idole ; l'opinion publique commençait à s'exprimer hautement, l'inquiétude était générale, les affaires suspendues, l'industrie anéantie.

La gravité des circonstances décida M. Oberkampf au sacrifice le plus pénible pour lui, celui de réduire ses ouvriers et de ne faire travailler que trois jours par semaine ; on ne songeait pas encore à fermer les ateliers , ce qui n'avait pas eu lieu pendant tout le cours de la Révolution.

Au commencement de janvier , les alliés entrèrent en Alsace; le 25, les Autrichiens étaient à Dijon et à Bar-sur-Aube ; les 10 et 1 \ février furent livrés les mémorables combats de Champaubert et de Montmirail; le 30 mars eut lieu la bataille de Paris et le 31 sa capitulation.

Il est aisé de se figurer quelle anxieuse attente précéda l'approche des troupes alliées.

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Dans la crainte du pillage, on fit d'activés démarches pour assurer la sécurité de Jouy; après la capitulation de Paris, M. Jules Mallet, muni d'une lettre de son ami Raoul de Montmorency pour le général de Langeron, se rendit à cheval à Montmartre ; ce général (campé au Télégraphe) lui donna deux cosaques pour le conduire à Antony , auprès du général Emmanuel , qui lui remit un laissezpasser pour arriver jusqu'au général Woronzoff, au camp de Chilly. Ce dernier consentit à donner comme sauve-gardes deux soldats russes, qui furentde suite amenés à Jouy.

En même temps, et par la même protection, Katzenberger ramenait au galop deux cuirassiers autrichiens; ce furent les premiers vainqueurs qui entrèrent à la Manufacture.

Emile Oberkampf obtenait aussi, au Val-de- Gràce, deux blessésruasesà soigner et les installait dans la maison, sous les bons auspices de sa mère. L'un d'eux, le lieutenant Nicolas Woronzoff, guérit promptement; l'autre, le capitaine Paul Petrow, allait bien

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quand il fit des imprudences qui lui coûtèrent la vie; il est inhumé dans le cimetière de Jouy. Ces précautions ne purent empêcher les habitants d'être accablés par le passage incessant de troupes de toutes armes et de toutes nations, exigeant ou prenant de force tout ce qui leur convenait.

Les travaux de la Manufacture durent être interrompus et un service régulier fut organisé pour satisfaire aux réquisitions. Essoones eut à nourrir pendant dix jours, dix raille hommes de cavalerie et huit mille d'infanterie.

Les premières troupes alliées qui arrivèrent à Jouy en cantonnement régulier furent les Chevaliers-Gardes de l'empereur Alexandre; ils descendirent un soir dans la vallée, précédés d'une très-belle musique; logés chez les habitants ils restèrent assez longtemps à Jouy. Le colonel Kablukoff fut installé chez M. Oberkampf et ily vécut très-paisiblement; ses jeunes officiers appartenaient aux premières familles de Russie, les Pestel, les Shéréinétieff, les Menzenkamp, les Woron-

zoff, etc.; bien élevés, aimables, ils furent remplis d'obligeance, donnèrent des sérénades aux dames et maintinrent la plus sévère discipline parmi leurs soldats. Ou n'osait même se plaindre d'aucune infraction légère, car le délinquant recevait aussitôt la schlag.

Dès que l'ordre fut assez rétabli, on se remit à l'œuvre dans la Manufacture; les ateliers, fermés le 17 février 1814, furent rouverts le 1™mai.

Avec la reprise des travaux coïncida la naissance de Louis Oberkampf, premier fils d'Emile. M. Oberkampf accueillit avec la joie la plus vive ce nouvel héritier de son nom.

La paix semblait alors le premier des biens et au lendemain de l'orage, il y avait dans l'air un souffle de liberté. Un écrivain justement populaire', a exprimé les sentiments qui remplissent toutes les lettres de cette époque :

« Je n'ai jamais rien vu d'aussi joyeux que

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