CHAPITRE IX
Yremières réfonnes d'Oberlin dans TinstniGtioii piblifne. — Écoles de dimanche. — h Bible.
A l'entrée de la mauvaise saison, Oberlin et sa jeune femme organisèrent les premières soirées ou écoles de dimanche. Avant l'arrivée de Salomé à Waldbach, Oberlin avait déjà communiqué les éléments d'instruction primaire à quelques jeunes gens intelligents et de bonne volonté ; il formait des moniteurs pour transmettre de proche en proche, et par le seul attrait de la nouveauté, des connaissances élémentaires en botanique et dans les autres branches de Fhistoire naturelle. Mais bientôt il s'aperçut que tout était à refaire sur ce terrain inculte , et qu'il fallait commencer par les petits avant de songer aux adultes.
Un patois informe était à peu près le seul langage du pays ; on y reconnaissait facilement une variété du dialecte lorrain; au point de vue de la science du langage, de ce que les savants appellent la philologie comparée, la connaissance de ce patois n'était nullement dénuée d'intérêt. Mais Oberlin allait partout au plus pressé. Pour pouvoir propager la lecture de la Bible, d'ouvrages d'édification ou d'une utihté pratique, la première
tentative à faire c'était d'enseigner les règles et les termes du bon français dans les écoles qu'il établit dans chaque village à l'aide de ses moniteurs. Avec l'ingénieuse activité qui le caractérisait, il parvint à réunir les fonds nécessaires pour organiser ces rudiments d'école; il fit venir des provisions de Bibles de la Société des missions de Bâle, et, une fois le goût de la lecture implanté chez les enfants, la curiosité d'abord, puis un peu tf émulation, puis le besoin plus noble d'instruction religieuse poussèrent les adultes et les générations plus avancées en âge à emprunter ou à acheter à prix réduit le livre des livres.
L'effet immanquable qui suit, en tout pays, et à tous les degrés de civilisation, la lecture et la «méditation assidue de la Bible, ne tarda pas à se Bianifester. Une nouvelle vie, un sang nouveau semblaient s'infiltrer dans les veines appauvries des habitants des cinq villages. Les hommes récalcitrants renoncèrent à leurs habitudes de paresse ou d'ivrognerie ; les femmes qui avaient vécu ou végété dans la malpropreté, transformèrent l'intérieur de leurs cabanes par les soins de détail qui sont à la portée des plus pauvres, et qui peuvent, à la campagne surtout, assainir la demeure des plus humbles.
Tous ces changements ne furent pas, on le pense bien, l'œuvre d'un seul jour, d'un seul mois ou d'une seule année ; mais l'impulsion était donnée, elle gagnait de proche en proche, et fort heureusement l'exemple du bien fait des partisans, des prosélytes aussi rapidement et irrésistiblement que se propage la contagion du mal. En ce sens, le règne millénaire et la Jérusalem céleste, transportés, établis sur terre, ne seraient nullement un rêve. Supposez un moment que sur beaucoup de points du globe il y eût des hommes doués et trempés comme Oberlin, et vous verriez un courant, en sens inverse du mal, s'établir insensiblement, irrésistiblement, et le paradis régner ici-bas.
L'épouse d'Oberlin ne pouvait évidemment pas assister son mari dans l'établissement et la surveillance des écoles de garçons; mais elle s'empara de son domaine naturel; elle réunit autour d'elle, dans les après -dînées des jours fériés, les jeunes filles de Waldbach, et leur enseigna les ouvrages de femme ; elle établit de petits ateliers de tricotage et de couture, innovation inouïe, il y a tout à l'heure cent ans, au cœur des Vosges! Les éléments du chant sacré eurent leur place assignée dans ces soirées.
Les monitrices ou institutrices formées dans ces réunions du presbytère transmirent leur provision de savoir dans les villages annexes, qui furent entraînés, comme de petites étoiles satellites, à graviter autour de la paroisse-mère. Ici, comme pour l'enseignement des garçons et des adultes, l'émulation du bien gagnait journellement du terrain , et au bout de quelques lustres , la jeune génération métamorphosée avait réagi sur les parents. Même les personnes âgées ressentaient quelque chose de cet air nouveau, qui était venu souffler sur ce pauvre pays, et qui le retrempait à la vraie source de vie^
4' A mesure que rinstruction gagnait du terrain, Oberlin ^%ait davantage; il n'admettait plus à la confirmation et à '^première communion que des enfants connaissant à la fois leurs devoirs religieux et les éléments de langue , de géogra- PWe, de calcul, d'histoire sacrée, enseignés dans les écoles. ~~ Il était inexorable sous ce rapport , et il exigeait en outre <iue pendant un certain nombre d'années, après cette première <^<)n)munion , les adultes vinssent assister à renseignement re- 'Weux des enfants, y répéter leur catéchisme, et conserver ''•ïacts dans leur mémoire les préceptes de la morale religieuse. ''Cs récalcitrants étaient mal notés; et, comme Oberlin dispo- ^it, par certains encouragements, de moyens matériels pour *Uirer ses jeunes paroissiens à ces catéchisations , il parve- . "^it à exercer sur eux une discipline jusqu'à leur majorité.