‹ Oberlin, pasteur du Ban-de-la-RocheChapitre 9 sur 39 · CHAPITRE vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE vm

Premières années dn mariage d'Oberlin.

Oberlin et sa jeune femme se seraient bien gardés d'oublier au sein de leur bonheur combien la vie la plus calme à la surface est sujette à de cruels wers, et combien la mort touche de près aux joies les plus légitimes. C'est dans ces premières années de mariage que le pasteur ramenait peutêtre plus souvent qu'aux approches de la vieillesse les pensées de ses paroissiens et les siennes propres à cette idée d'une séparation possible, à cette *dée des adieux , que la jeunesse et l'enfance même sont souvent obligés de faire à l'existence, au moment où l'exubérance de la vie bouillonne encore dans leurs veines.

Dans ces occasions, Oberlin trouvait toujours,

sous la main, des applications pratiques destinées à frapper vivement l'imagination de ses auditeurs et à faire pénétrer dans leurs cœurs les pensées et les résolutions sérieuses

Le voilà, par exemple, devant le cercueil d'une toute jeune fille, devant le cercueil de Sara, qui, « dans la fleur de son âge, saine et vigoureuse, les délices de sa mère, est là, entre quatre planches, pour y devenir la pâture des vers.»

...a: Elle est née, continue le pasleur, en janvier 1757; trois jours après sa naissance elle a été reçue dans la communion des chrétiens par le baptême, dans cette alliance où l'on doit renoncer aux vanités de ce monde, et se dévouer à son Créateur et son Sauveur.

ftll y a peu de temps, les yeux de Sara s'étaienl ouverts au salut; elle avait reconnu qu'elle était un enfant du monde; elle offrit son cœur à Dieu et chercha à devenir son enfant obéissant.

c( Malheureusement pour elle , on ouvrit bientôt après des maisons de scandale, des maisons de danse; l'enfer ouvrit sa gueule à Bellefosse. Sara, pour son malheur, alla à Bellefosse, et voyant quelques filles plus âgées qu elle hvrées à la danse, elle ne put résister à la tentation de sori cœur et de Satan; elle dansa.

«Cette fête infernale ne fut pas plutôt passée que Sara fut atteinte par le remords d'une conscience agitée et blessée. Triste état! retourner au monde, elle n'osait; sa conscience l'en empêchait; retourner à Dieu, elle était trop honteuse après avoir été infidèle. Elle n'eut pas le courage de me parler, quoiqu'il me semblât qu'elle me cherchait. Elle finit par confesser son infidélité, en rougit et eut du repentir; elle était dans la douleur de saint Pierre quand il eut renié son tendre Maître, et il sembla aussi que Jésus lui jeta des regards de pitié.

«Dans la nuit du samedi au dimanche, elle tomba malade, le lendemain elle perdit connaissance et expira, avant que je pusse lui parler, quatorzeans, jour par jour,après sa naissance.... Ah! la danse!.... c'est chose indifférente, pensez-vous?! demandez à une âme réveillée! et ne remettez pas votre conversion, car vous pourriez avoir un sort pareil à celui de Sara, sans maladie pour vous y préparer*.»

D'autres fois, Oberlin s'arrêtait à l'idée générale de la mort, de ce redoutable ennemi que nous

r Je dois cet extrait d'un sermon funèbre à l'excellent article de M. Tallichet, inséré dans le Chrétien évangéliqucy année 1861, p. 6,7.

avons à vaincre, de cet ennemi qui nous fait entrer dans un inonde inconnu, et comparaître devant un juge de sainteté dont nous avons sans cesse abusé. «Saint Paul souhaitait la mort, mais « lui pouvait s'écrier : Où est ton aiguillon?... pour € lui la morl était un ennemi terrassé; saint Paul «était un enfant de Dieu, et la mort affiranchit les «enfants de Dieu de toutes les misères de leurs «corps. Pour eux, il n'y a plus que de la joie, et « toujours de la joie*. »

Quant à la joie mondaine, Oberlin la poursuivait sous toutes ses formes; sur ce point il était inexorable. La danse, à ses yeux, était une voie de perdition.

Nous venons de voir Oberlin devant le cercueil de Sara et montrant le doigt de Dieu dans la mort précoce de cette pauvre enfant qui avait oublié un seul jour les préceptes du pasteur et s'était laissée aller, malgré la voix de sa conscience, à ce plaisir dangereux. — Quant aux cabaretiers qui font danser, il les poursuit presque de ses invectives; il affirme qu'il n'en voit jamais qui prospèrent; il est convaincu qu'ils se chargent de Id malédiction divine. Et qu'on ne taxe point d'exa-

4 Tallichet, même ouvrage.

gération ce zèle du jeune pasteur. A rentrée de sa carrière, il devait bien dessiner sa position et proclamer ses plans de réforme. — La rénovation générale qu'il projetait ne pouvait s'accomplir qu'autant qu'il attaquait en face son adversaire; et cet adversaire, c'est bien l'amour effréné des plaisirs, qui, dans les campagnes les plus reculées, les plus pauvres, comme au sein des villes, dresse ses pièges à la jeunesse inexpérimentée,

c( Sacrifiez à votre Sauveur, s'écriait-il, sacrifiezlui ces plaisirs bruyants et échaufl'ants, et fuyez ces maisons dangereuses. Pour peu que vous ayez des sentiments chrétiens, et si Satan ne possède pas encore toutes les parties de votre cœur, ce même cœur vous dira que ce ne sont pas là des maisons de Dieu, mais des maisons de perdition, ies maisons de son adversaire, le diable, qui se >ert de l'abus de la divine musique pour vous 3loigner de Dieu, et de l'espérance de jouir un jour éternellement des musiques ravissantes du ciel.

«Je ne veux damner personne; je suis seulenent envoyé de Dieu pour travailler à votre salut; nais, quant à moi, je ne voudrais pas danser un limanche, et le dimanche suivant être porté dans me bière et descendre dans le sombre tombeau*. > 4. Tallichet, même ouvrage.

Page 1