‹ Oberlin, pasteur du Ban-de-la-RocheChapitre 13 sur 39 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Oberlin continoe à améliorer les écoles. — Salles d'asile, etc.

L'agriculture moralise certainement; mais à elle seule, elle n'aurait point produit, même après trente ans d'eflbrts, un changement aussi radical dans l'aspect de toute une population. Oberlin était non-seulement agronome; il était avant toul - nous le savons déjà — un excellent instructeur et pédagogue. C'est par la fondation des salles d'asile et des écoles primaires, qu'il a réformé de fond en comble sa paroisse.

Je ne puis assez insister sur ce point de son activité; j'y reviendrai encore.

Oberlin avait commencé, avec des ressources improvisées, à construire des maisons d'école «pacieuses à la place des réduits infects, où l'on entassait les enfants avant son arrivée; puis il

composa ou fît composer des livres élémentaires; îl forma des maîtres et des directrices.

Nous verrons plus tard comment, dans la seconde partie de sa laborieuse existence, il fut soutenu par une simple paysanne, inspirée par lui et par Celui d'où part la source de toute bonne pensée et de toute bonne volonté.

Le but d'Oberlin était bien nettement formulé dans son esprit; il voulait que les enfants de ses paroissiens reçussent une éducation à la fois agricole et religieuse. Dès leur âge le plus tendre, il voulait les familiariser avec leur état futur, leur faire aimer cette existence cachée au fond des montagnes, et leur apprendre à bénir leur Créateur dans ses œuvres. Les élèves les plus jeunes , réunis sous la tutelle des directrices, passaient les heures de classes à tricoter, à coudre, à éplucher du coton sec; car Oberlin avait introduit, à côté du travail agricole, la filature à la main pour occuper les veillées d'hiver. On présentait à ces petits êtres des plantes usagères, soit dans un herbier, soit en peinture, en leur enseignant le nom et les qualités de ces fleurs ou des herbages, qu'ils étaient tenus de reconnaître ensuite pendant leurs promenades. Faut-il ajouter que cette botanique élémentaire tournait au profit du développe-

ment moral et religieux de ces enfants, qui chantaient en commun les louanges de Dieu? Leur plus grand bonheur consistait à recevoir, les dimanches, une parole d'encouragement de leur père Oberlin. L'instruction donnée dans les écoles du Bande-la-Roche aux enfants qui approchaient de l'adolescence, ressemblait à celle de nos écoles primaires; seulement elle était plus pratique: elle donnait peu aux règles abstraites ; elle voulait de préférence préparer ces fils de paysan à la vie du bûcheron , de l'artisan , du journalier ; elle inspirait l'amour de la nature , au sein de laquelle ces élèves étaient appelés à vivre ; elle les appliquait à tracer à la main de petites cartes géographiques, ébauches imparfaites et raides, mais suffisantes pour leur faire connaître les pays situés au delà de l'étroit horizon de leurs montagnes. C'était agrandir le cercle où ils vivaient ; on donnait aui caractères un peu aventureux le désir de voir ce vaste monde extérieur, soit comme artisans, soit comme soldats. Oberlin ne craignait pas le contact du monde extérieur pour ses élèves ; on les avait cuirassés contre le vice et ses tentations par les préceptes d'une morale austère et d'une foi vive. Les paysannes du Ban-de-la-Roche qui arrivaient comme servantes à Strasbourg, y étaient

très-recherchées par les familles patriarcales et bourgeoises, pour leur probité, leur douceur, la pureté de leurs mœurs; longtemps elles ont porté un témoignage vivant en faveur des préceptes puisés à l'école d'Oberhn. En rentrant chez elles , avec leurs économies lentement acquises , ces braves filles retrouvaient dans leurs chalets et au pied de leurs autels rustiques un asile pour leurs vieux jours, qu'aucun remords ne venait troubler. Souvent aussi elles trouvaient de braves maris. Oberlin, en toute circonstance, prêchait le mariage, dès qu'un garçon ou qu'une fille pouvait espérer, par le travail de ses mains et à l'aide de ses premières économies, suffire à un modeste établissement. Dans la sainteté d'un mariage chrétien, il voyait la barrière la plus solide contre tout désordre, contre le cabaret, le jeu et les mœurs mauvaises. Sous ce rapport, ses convictions étaient si bien arrêtées qu'il exhortait les parents à ne pas s'opposer d'une manière trop absolue, trop rigoureuse aux mariages de leurs fils, même dans les cas où ils verraient que le choix de ces jeunes gens ne tombait pas sur une fille d'un caractère accompli. «Il vaut mieux, leur disait-il, que vos fils aient des femmes méchantes, que de vivre ^aas le vice. »

Aux garçons, il recommandait de choisir des filles obéissant à leurs parents. L'on devine facilement pourquoi il insistait sur cette qualité^ car , leur disait-il , si la fille n'a pas pratiqué la vertu et l'obéissance vis-à-vis de ses père et mère, comment pouvez-vous espérer qu'elle vous sacrifiera ses goûts et les habitudes contractées dans la maison paternelle?

Aux filles, il leur disait de ne prendre pour maris que des garçons rangés, laborieux, observateurs des préceptes du catéchisme et animés de cet esprit de douceur et de fermeté, qui sert à la femme d'appui et de consolation dans les mauvais jours. Oberlin comptait sur l'appui visible et immanquable de Dieu pour les bons ménages, et regardait les enfants comme la plus évidente bénédiction du ciel. — Sur ces petits êtres, il exerçait une action irrésistible; ils allaient à lui, parce qu'il portait écrite sur son front la parole de son divin Maître : Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent. 1

Rien de plus pénétrant que les paroles qu'il | trouvait dans son cœur, lorsqu'un de ces pauvres petits était étendu dans un cercueil; il savait bien qu'il l'envoyait à ses frères aînés, dans ce

royaume d'en haut, dont parle le Sauveur; la prière d'Oberlin, sans avoir le pouvoir magique de sécher les larmes des mères, enlevait à l'effusion de leur douleur toute trace d'amertume.

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