‹ Oberlin, pasteur du Ban-de-la-RocheChapitre 17 sur 39 · Voir Note I à la fin du volume · texte numérisé non relu

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Tait, ne devait être exaucée. Il devait prolonger sa féconde vie pendant quarante- trois ans encore, amasser sur cette longue route la bénédiction de deux générations, subir, à côté de joies bien grandes et bien légitimes, des pertes et des épreuves, et se coucher dans le cimetière de Fouday, après une carrière telle qu'il a été donné à peu d'hommes d'en parcourir.

Le premier soin d'Oberlin, après la mort de sa femme, devait toucher à l'administration de son 'îîénage, qui était presque celui de toute la paroisse. Ce n'est pas seulement à ses enfants , aux détails matériels de leur entretien qu'il fallait songer, et que lui, tenu de donner toute sa journée aux autres, ne pouvait surveiller; il fallait trouver une héritière, pour continuer les œuvres de charité de Salomé Oberlin.

Cette héritière vivait dans la maison même ^'Oberlin; elle s'ignorait elle-même, et Oberlin ^e se doutait pas non plus à quel point il allait, ^Ous ce rapport encore, éprouver la bénédiction ^Hïmédiate de Dieu.

Oberlin avait recueilli dans le presbytère une pauvre orpheline, une simple paysanne, Louise ^cheppler. Au moment où la femme du pasteur se mourait, Louise avait à peu près vingt-

trois ans; elle était depuis huit ans admise dans cette famille chrétienne à titre de servante; mais être servante chez Oberlin, c'était faire partie de la maison, d'une maison où les mœurs patriarcales étaient une vérité vivante. Cette paysanne, cette fille sans instruction autre que celle de l'école primaire, avait pu, presque de suite, remplir la charge de sous -maîtresse dans l'école môme de Waldbach; elle possédait donc les traditions nécessaires pour remplacer la défunte dans la surveillance des asiles, des écoles, des soirées de travail au presbytère. Humble , bonne, et douce créature, mais ferme en même temps comme l'eût été un jeune homme formé par la discipline militaire, elle prit en main à la fois les rênes de la maison pastorale, la surveillance et les soins physiques des sept enfants d'Oberlin, enfin la surveillance des écoles de filles; elle suffisait à tout, grâce à une santé robuste, à toute épreuve, grâce à la prière qui décuplait ses forces, grâce au dévouement propre aux âmes grandes et belles dans quelque condition que le Ciel les ait placées.

Louise Scheppler marchait sous l'œil de Dieu, sous Tœil de Jésus-Christ, son divin modèle; elle se plaçait sous la direction d'Oberlin, son maître

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vénéré, son père d'adoption. Avec ses soutiens invisibles , nmais toujours présents, avec les encouragements paternels d'un homme qui prêchait d'exemple plus que de paroles, Louise accomplissait les miracles de la foi dont parle l'Évangile. Si elle ne transportait pas matériellement des montagnes, elle soulevait du moins, elle portait légèrement un fardeau, dont la dixième partie eût écrasé tout être réduit à ses propres forces et au seul témoignage de sa conscience.

Lorsque Oberlin lui disait: «Louise, mon enfant, il me semble que lu dois être fatiguée; que serait-ce si nous essayions de prendre pour la maison une aide de plus ; tu suffirais plus facilement alors à tes courses pénibles à Belmont, à Fouday.» — Louise répondait: «Mon père Oberlin, je vous le dirai le jour où je serai fatiguée. Continuez à m'accepter comme votre enfant; je ne demande rien de plus, rien de moins. Je vous dis tout; je vous demande tout comme à un père, vous le savez bien. Et ce que vous ne pouvez pas me donner, je le demande à notre Père qui est aux cieux. i>

Lorsque Oberlin la questionnait sur l'intérieur (le la maison: «Louise, es-tu contente des enfants?)) — elle répondait: «Vous savez que les

aînés se conduisent eux-mêmes; les petits que M*"® Salomé nous a laissés sont quelquefois bien remuants , bien revêches , car comme vous dites : le vieil Adam est en nous tous et toutes, et veut être chassé à grands coups de verge. Mais je les punis, les pauvres petits, bien rarement. Quand Je leur parle de leur mère qui est maintenant une sœur des bons anges, et que je leur dis: Votre bonne mère a des ailes toutes blanches, et elle est agenouillée devant le trône de Dieu Jéhovah; mais toutes les fois que nous l'appelons, elle vole vers nous, invisible; elle est près de vous, près de nous; elle nous aime, elle nous protège toujours.... quand je leur dis cela, ils me regardent avec leurs bons petits yeux bleus et ils m' obéissent, comme si je les avais mis au monde. :«>

Et lorsque Oberlin lui demandait: «Louise, tu n'as donc besoin de rien?» elle répondait simplement, si c'était au retour de la mauvaise saison : a Père , mes bas de laine et mes sabots sont bien usés ; j'allais vous prier de m'en donner de neufs. »

Cette fille qui se bornait à réclamer, à titre de gages, une nouvelle chaussure, et, dans les grandes occasions, un nouveau vêtement complet, lorsque la neige, la pluie et le soleil avaient usé sa robe

de bure, cette même fille, cette paysanne, cette .| servante faisait la lecture de l'Évangile, et Tinter- I prétait, au besoin, aux enfants du presbytère ou f aux enfants villageois; elle leur enseignait ce que de nos jours une directrice de salle d'asile ou une institutrice enseignent dans nos écoles perfection- 'îées; elle était, au nom du pasteur, la dispensatrice des atunônes en denrées, en argent, en vêtements. Lorsqu'elle apparaissait dans les fermes isolées, où l'épouse d'Oberlin portait autrefois •^^s consolations, ses prières, le pain blanc et le ^in pour les malades, les bûcherons et les habitants des censés disaient : « C'est M*"® Salomé qui '^^^ent à nous; cette Louise est aussi un ange. y>

Oui, Louise Scheppler était une bonne et charitable et intelligente fille; elle était le bras droit ^*Oberlin. C'était, en vérité, une circonstance ^Merveilleuse de voir un être qui, dans les pre- ^^ières^ années de sa vie, semblait abandonné de ï^îeu et des hommes, s'élever, par la bonté innée ^e son caractère, puis sous l'influence vivifiante ^\x pasteur évangélique, à ce rôle de sœur de charité et de sœur de la Providence, s'il m'est permis toutefois d'appliquer ces dénominations à une pauvre créature qui n'appartenait à aucune congrégation. Mais ce qui était plus extraordinaire;

plus étonnant encore, c'était de voir cette fille ^ active, si influente dans toutes les maisons de cinq villages du Ban-de-la-Roche, de la voir reste à sa place, demeurer simple et d'une humilité en fantine. Elle n'aurait pas échangé sa position d< servante d'Oberlin contre le rang d'une épous< d'inspecteur ecclésiastique , la plus haute dignité que pût rêver son imagination protestante!... Êtr€ et rester servante du «père Oberlin» était le ternac extrême de son ambition terrestre. Il n'y a là net qui doive nous étonner; Oberlin inspirait les mêmes sentiments de confiance et d'affection chrétienne à tous les serviteurs de sa maison.

Une fille de basse-cour, attachée au presbytère de Waldbach, étant tombée gravement malade, dit à son maître : «Père Oberlin, je ne crains pas la mort, et j'irais volontiers en paradis; mais une •chose me tourmente : c'est qu'en paradis je ne pourrai plus vous servir. y> — Que dites-vous d'un homme qui jetait de pareilles racines dans le cœur des êtres qui l'entouraient, et se créait, même pour le monde futur, des dévouements qur sem- Waient contre -balancer dans ces êtres naïfs k honheur de l'éternité?....

L'activité de Louise Scheppler, nous Tavons déjà dit, était tout à fait prodigieuse. Cette cam-

pagnarde avait sur sa maîtresse défunte un inappréciable avantage : la lumière de la foi qui Téclairait sur ses devoirs n'allumait pas en elle ce feu qui, momentanément, triple les forces, mais dévore le croyant. Elle résistait aux fatigues physiques, sans efforts surhumains; elle ressemblait aux arbres forestiers de sa vallée natale; comme les sapins des hautes Vosges, elle endurait le passage brusque d'une température à l'autre sans rien perdre de sa vigueur; elle secouait la neige qui la surprenait dans ses courses comme fait le pâtre bronzé par une vie continue en plein air ; le soleil de la canicule avait si souvent hàlé son visage, qu'elle ne conservait plus le moindre souvenir ni ^ï'ace de son teint de jeune fille. Cette absence ^^Oniplète de tout désir de plaire ne la mit pas à ' abri de toute demande en mariage ; loin de là ; ^êmeauBan-de-la-Roche, où l'exemple d'Oberlin ^Vait certainement rendu ses paroissiens plus difficiles et plus sévères lorsqu'il s'agissait d'accorder à ^n des leurs un témoignage de haute estime, même ^^i , la vertueuse abnégation de Louise avait été ^^connue admirable, unique; aussi plus d'un ha- Imitant, jeune ou d'un âge mûr, se serait-il trouvé heureux si Louise avait voulu lui donner la main en gage de fiançailles; mais la brave fille qui avait

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accepté les devoirs maternels vis-à-vis des enfan de son ancienne maîtresse se détournait, sanr: fâcherie, avec fermeté cependant, toutes les fo d que Ton s'adressait directement à elle ou que ZM pasteur lui transmettait les vœux d'un prétendais. «Je veux rester auprès de vous, répétait -elle Oberlin, et me retrouver à vos côtés, avec M™«Ssi lomé, au jour du jugement dernier. ^

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