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CHAPITRE xvin

Comice agricole. — Prières en commu.

Au risque de me répéter, je me sens toujours contraint de revenir à la merveilleuse initiative prise par le pasteur de Waldbach dans toutes les questions de réforme agricole, sociale, utilitaire

et religieuse. Tout ce que nous pratiquons maintenant , avec la béate satisfaction d'être les créateurs, les inventeurs des comices agricoles, des sociétés de bienfaisance, des sociétés bibliques, de toutes ces institutions qui, sous une douzaine d'appellations diverses, tendent toutes au même but, à l'allégement des souffrances publiques et privées, tous ces remèdes plus ou moins efficaces, Oberlin les avait inventés, pratiqués, avec le pressentiment instinctif que le salut de la société était là, dans cette action incessante des hommes d'intelligence et de cœur sur les pauvres et les délaissés.

Ainsi, dans ce petit canton rural, il avait fondé un véritable comice agricole; il trouvait moyen, avec ses ressources bornées, de distribuer des récompenses à qui se distinguait par la meilleure culture des arbres fruitiers, ou des pauvres céréales qui peuvent prospérer dans ce pays de montagnes; il avait des encouragements pour l'irrigation intelligente des prairies, pour les meilleures fosses à fumier, les plus saines étables, le bétail le mieux tenu; son magasin d'instruments aratoires, à prix réduits, était à la disposition de ses paroissiens. Il donnait à crédita ceux qui méritaient confiance. Des livres et des journaux d'é-

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conoiïiie rurale circulaient de domicile à domicile, et pour stimuler honnêtement Tamour-propre des chefs de famille, membres de cette association, il engagea plusieurs de ses amis de Strasbourg à s'y faire recevoir.

Mais jamais, au milieu des soins qu'il donnait à la situation matérielle de ses paroissiens, jamais il ne mettait en seconde ligne les intérêts moraux et rehgieux. — «L'Évangile est mon étendard! > Telle était sa devise; et chez lui, cette sentence était une réalité. Tout chez lui et les siens devait être basé sur ce fondement solide.

Aussi la prière en commun était-elle un des préceptes le plus fréquemment répétés et appliqués chez lui. — Le jour du Seigneur, le dimanche, était sanctifié par lui et chez lui et chez ses ouailles avec ime ferveur et une exactitude, que nous, avec nos allures d'indifférentisme, trouverions exagérées. Une ou deux fois par semaine la soirée dans les divers villages était consacrée à une réunion religieuse, uniquement pour appeler la bénédiction du ciel sur Tétroite vallée qu'Oberïin avait, choisie pour théâtre ignoré de son action, et sur le vaste monde, qu'il ne pouvait aborder que sur les ailes de l'imagination avec les élans de la charité.

Le rationalisme de ûos jours a détrôné la prière; il en nie l'efficacité; il ne pense pas que nos humbles demandes, ces élans de l'âme, montent au trône de Dieu; il ne croit pas que l'Éternel change ses desseins, parce que les hommes le désirent et l'implorent. Oberlin, nous le savons du reste, ne partageait pas ces opinions désolantes; lui, il était convaincu d'abord — et nous pouvons l'être avec lui, sans blesser notre raison — il était convaincu que les prières, prononcées à la même heure par quelques centaines de bouches, organes d'autant de cœurs croyants, devaient exercer sur l'âme de ceux qui se recueillaient ainsi une salutaire action; qu'elles devaient agir comme un baume réconfortant, relever les esprits courbés, et donner des ailes aux esprits relevés. Lui , il avait eu des témoignages tellement patents de l'exaucement de la prière, que cette expérience personnelle, intime, irrésistible devait lui suffire, et réfuter victorieusement tous les arguments du doute. En instituant, en fixant des fleures de prières, communes pour tous ses pa- ^•oissiens, il suivait la voix de son moniteur ntérieur ; et n'eût-il obtenu d'autre résultat que îelui d'enlever aux soucis dévorants du jour, penlant cette heure de recueillement, les malheij,-

reux et les souffrants , il pouvait se dire que son œuvre n'était point une œuvre manquée, sa foi pas une illusion.

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