‹ Oberlin, pasteur du Ban-de-la-RocheChapitre 33 sur 39 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Degérando. — François de Nenchitean. — Oberlin médaillé.

Au nombre des personnes amies ou bienveillantes qui, dans les derniers temps, étaient venues visiter le pasteur Oberlin, se trouvait le baron Degérando, le philanthrope, l'écrivain, le professeur et l'administrateur distingué, qui a laissé dana la société de la capitale et dans une partie

de l'Europe, les souvenirs les plus honorables. C'était un de ces hommes de bien, qui devaient estimer à toute leur valeur les actes accomplis depuis un demi-siècle par Oberiin. — M. Degérando ne se contentait point de parler ou de payer en éloges faciles une vie consacrée tout entière à des œuvres de moralisation ou de bienfaisance; il agissait, autant que son cercle d'influence le lui permettait. A Paris, il avait intéressé en faveur du pasteur de Waldbach, un homme haut placé, François de Neuchâteau, né en Lorraine, comme l'indique la localité accolée à son nom de famille non pour s'anoblir, mais pour établir une distinction entre sa personne et celle de ses nombreux homonymes.

François de Neuchâteau avait lui-même visité le Ban-de-la-Roche au commencement de la Révolution , en qualité d'administrateur du district. Déjà , dans ce temps , il avait été frappé de la métamorphose radicale opérée par le pasteur dans cette contrée écartée ; mais la Terreur avait suivi de près cette première tournée du citoyen de Neuchâteau, qui fut emprisonné par ordre du parti de Robespierre, et ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor.

Les affaires publiques auxquelles François de

Neuchâteau se trouva mêlé, les hautes charges qu'il occupa sous le Directoire — car il fut à deux reprises ministre de Tintérieur — avaient effacé ou du moins obscurci le souvenir du Ban-de-la- Roche. Le conseiller d'État Degérando le lui rappela , non sans de vives instances ; et François de Neuchâteau, qui était un écrivain distingué, littérateur comme son ami, le conseiller d'État, se chargea de faire un rapport à la Société royale et centrale d'agriculture sur les améliorations radicales apportées par Oberlin dans la culture des terres de sa paroisse. Ce n'était donc qu'une partie de la prodigieuse activité d'Oberlin qui était indiquée dans ce rapport ; ce n'était qu'une fraction de cette existence si riche en enseignements et en sujets d'émulation, qui était mise en relief; mais toute l'assemblée fut émue par le récit éloquent du rapporteur qui jouissait d'une autorité incontestable et bien méritée dans ces hautes régions.

La grande médaille d'or fut décernée à Oberlin et adressée par M. Degérando à Daniel Legrand , qui la remit, le 48 avril 1848, à son ami, devant les fidèles réunis dans l'église de Fouday. Ce fut, pour ses paroissiens, un moment solennel; ils se sentaient, eux tous, honorés dans la personne

de leur pasteur, qui pouvait se passer d'un pareil témoignage , de quelque haut lieu qu'il partît. — Mais lui-même, voyant l'émotion qui avait gagné toute l'assistance, et touché de l'attachement filial de ses enfants adoptifs, lui-même ne put un moment maîtriser sa propre émotion; il embrassa, en face de l'autel, ce frère que Dieu avait envoyé vers lui dans les mauvais jours, et qui partageait avec lui les jouissances de cette belle matinée.

Daniel Legrand, qui devait encore, pendant huit ans, assister comme un fils et comme un frère, le pasteur de Waldbach , Legrand , avant de lui remettre la médaille , avait prononcé quelques paroles empreintes d'une simplicité antique.

« Dieu a couronné les œuvres de votre pasteur; il a accordé à ses prières toutes sortes de bénédictions répandues sur le Ban-de-la-Roche; ses conseils, ses sacrifices, son exemple ont beaucoup contribué à perfectionner la culture de votre sol peu fertile; il a attiré dans votre vallon écarté des branches d'industrie autrefois inconnues ; il a été le premier inventeur de tout le bien qui s'est fait parmi vous depuis un demi-siècle ; aussi son nom est- il béni et chéri de nous tous, comme celui d'un tendre père. Dès aujourd'hui, il sera respecté par toute la France. »

D. Legrand, en parlant ainsi, restait au-dessous de la vérité; il ne voulait ni offenser son ami, ni lui faire baisser la têle ; il ne voulait pas exalter le légitime orgueil des habitants du Ban-de-la- Roche, car il aurait pu ajouter que le nom d'Oberlin circulait dans toute l'Europe centrale et du Nord ; qu'il avait traversé l'Océan, et, mieux que cela , qu'il pouvait espérer que tant d'abnégation, de sacrifices volontaires et de charité active lui seraient un jour compté sur le livre de vie. Mais ce qu'il nous est permis de dire ou de penser à distance, les deux amis ne le disaient pas et ne l'espéraient qu'avec l'humble réserve de la soumission, et de la confiance en la miséricorde divine.

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