CHAPITRE XXXII
Louise Scheppler reçoit le grand prix lonthyon. — Sa mort.
Sur son lit de mort, Oberlin avait encore recommandé aux siens de toujours regarder Louise Scheppler comme un membre de leur famille.
La recommandation était superflue , en vérité, mais elle est un symptôme, une preuve de la tendresse de cœur que cet homme, voué aux pensées austères, conservait au fond de sa poitrine. Celte sœur et cette fille d'adoption, cette enfant, amenée providentiellement dans sa maison pour devenir, au moment opportun, la seconde mère de ses enfants, et la tutrice des enfants de la paroisse, cette humble paysanne qui elle-même déjà pliait sous le fardeau de la vieillesse , avait donc été l'une des dernières pensées du pasteur. Oberlin savait quels trésors d'aff*ection étaient amoncelés dans cette àme si simple, et il savait aussi qu'il ne
s'agissait d'un autre legs à faire que de l'attacher, elle , dans le cœur des siens par l'une de ces chaînes que la mort seule peut rompre.
Louise Scheppler vécut jusqu'en juin 1837; elle atteignit l'âge de 76 ans. En 1829, c'est-àdire trois ans après la mort du pasteur Oberlin, elle avait reçu — on peut bien dire : sans qu elle s'en doutât, — le prix de vertu (5,000 fr.) institué par Monthyon. Le premier soin de Louise Scheppler fut de l'appliquer intégralement aux institutions créées par Oberlin, et développées, entretenues par elle. L'Académie, en lui décernant ce prix, avait été bien renseignée et bien inspirée : par ce seul et même acte, elle honorait à la fois la mémoire d'Oberlin; elle récompensait un dévouement sublime ; elle faisait porter des fruits décuples au capital légué par un bienfaiteur noble et intelligent.