‹ Obermann (volume 4)Chapitre 11 sur 29 · LETTRE LVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LVIII

Il y a ici comme ailleurs , et peut-être ua peu plus qu'ailleurs , des pères de famille intimement conyaincus q}i'uue femme, pour avoir des mœurs , doit à peine savoir lire , attendu que celles qui s^avisent de savoir écrire écrivent tout de suite à des amans, et que celles qui écrivent très-mal n'ont jamais.d'amans. U y a plus ; pour que leurs filles deviennent de bonnes ménagères , il convient qu'elles ne sachent que foire la soupe et OHnpter le linge de cuisine.

Cependant un mari dont la femme n'a d'autre talent que de £ûi-e cuire le bouilli frais et le bouilli salé s'ennuie , se lasse d'être chez

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lui, et prend Thabitude de n'y être pas. Il s'en > éloigne davantage lorsque sa femme, ainsi dé- I laissée et abandonnée aux embarras de la maison , prend une humeur difficile : il. finit par n'y être jamais dès qu'elle a trente ans , et par employer au-debors , parmi tant d'occasions de dépenses, l'argent qu'il faut pour échapper à son ennui , l'argent qui eût mis de l'aisance dans la maison. La misère s'y introduit j l'humeur y augmente ; les enfans, toujours seuls avec leur mère mécont^te , n'attendent que l'âge d'échappé», comme leur père., aux dégoûts de cette vie domestiqtte; tandis que les fils et les parens eussent pu s'y attacher si l'amabilité d'une femme y eût établi , dès sa jeunesse , des habitudes heureuses.

Ces pères de famille avouent ces petits . iu^ convéniens-là; mais quelles sont les choses 014 Ton n'en trouve pas? D'ailleurs il faut aussi être juste avec eux; il y a compensation, les marmites sont très-bien lavées.

Ces bonnes ménagères savent avec exactitude le nombre des mailles que leurs filles

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doivent tricoter en une heure, et combien de chandelle on peut brûler après souper dans une tnaisoa réglée : elles sont assez ce qu''il iâut à certains hommes , qui passent les deux tiers de leurs jours àboire et àiîuner.Legrand point pour eux est de ne consacrer à leur maison et k leurs enfans qu'autant de batz (i) qu'ils donnent d'écus au cabaret (3); et dès \qt8 ils se marient pour avoir une excellente servante.

Dans les lieux où ces principes dominent ,.

: ronvoitpeude mariages rompus, parce qu'on ; ne quitte pas volontiers une servante qui &i( { bien son état, à laquelle on ne donne pas de- ,' gages , et qui a apporté du bien ; mais Ton y voit aussi rarement cette union qui ùàt le bonheur de la vie, qui suffit à l'homme , qui le dispense- de chercher ailleurs des plaisirs moins vrais avec des inconvëniens certains.

Les partisans de ces principes sont capables de vous objecter lepeud'iutimité des mariages

(i)Batzen, iipeu près la septième partie de lalwre loumoit. (a) Voyez une note de la lettre 8q'.

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k Paris, ou. dans d'autres lieux à peu près semblables : comme si les raisons qui empêchent de penser à Tin limité dans les capitales , où il nes'agit pas d'union conjugale, pouvaient se trouver dans des mœurs très-différentes , et dans des lieux où. rintimité ferait le bonheur. C'est une chose pénible à y voir que la manière dont les deux sexes s'isolent. Rien n'est si triste , surtout pour tes femmes qui n'en sont point dédommagées , et pour lesquelles il n'y a point d'beure$ agréables ^ point de Heux de délassenieBs. Eebutces , aigries pt réduites à une éconoçiiç sëvère ou au désordre , eU^ se mettent à suivre l'ordre avec cbagrîn et par dcpit; se réunissent très-pçu eutxç elle^, ne s'aiment point du tout, et se font dérotes, i parce qu'elles ue cgnnois^ut que l'égUse où.

elles puissent allep-

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