LETTRE LXII
J*oublie toujours de tous demander une copie du Manuel de Pseusophanes : je ne sais comment j*ai perdu celle <jue j'avais gardées Je n'y Terrai rien dont je dusse aToir besoin d'être averti ; mais si je le lis les matins , U me rappellera d'une manière plus présente combien je devraû avoir bonté de tant de fiii-
JTai llntention d'y joindre une uote sur certains réglemensd*hygiène, sur ces chosesd' une habitude individuelle et lpç.àl6 auxquelles je crois qu'on ne met pas assez d'importance.
Aristîppene pouvait guère les prescrire à son . disciple imaginaire, ou à ses disciples réels;
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mais cette noie sera plus utile encore tpie des considérations générales pour jnaintenir en moi ce bien-être, cette aptitude physique qui soutient notre ame si physique elle -même.
J*ai deux gi^ids- malheurs : un seul me détruirait peut-être ; mais je vis entre deux parce qu'ils sont contraires- Sans cette habitude triste , ce découragement , cet abandcm , sans cette humeur tranquille coiitre tout ce qu'on pourrit désirer, l'actiTité qui me'presse et m*«^te me oonsumeraitplus tât^^et aussi Taînement : mou ennui sert du moiiis k l'afiaiblir, La raison là calmerait; mais, entre ces deux grande» forces, ma raiscm est bien fiaible : tout . ce qu^elle peut faire c'est d'app^r Tune à son secours quand l'autre prend le dessus. On v.é-. gète ainsi ; quelquefins même on s*endor.t (1). .
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LETTRE LXm.
I II étaitminuit : la lune avaitpass^ ; lelac (i) l semblait agité ; les cieux étaient transparens, I la nuit profonde et belle. D j avait de Hncer- I litnde sur la terre. Ou entendît fi*éinîr les bouleaux , et des feuilles de peuplier tombèrent : les pins rendirent des murmures sauvages ; des sons romantiques descendaient de la montagne ; de grosses vagues roulaient sur la grève. Alors l'efifraje se mit à gémir sous les roches caverneuses ; et quand elle cessa , les vagues étaient affaiblies, le silence fut austère.
(i}Rienii'iii£qne quel lac ce peut «tr«; ce n'est paint cçloi de Génère. Le comroencemeat de b lettre manque; et j'en » supprimé la fm.
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f 'Le rossignol plaça de loin en loin, clans la jpaix inquiète , cet accent solitaire , unique et répéta, ce chant des "nuits heureuses, suMime expression d'une mélbdîe primitive; incBcible élan d'aàioui' et dé douleur; vohiptueuz comme lehésoin qui me conâume; siinple,iiiyâtérienx, immense cûinme le Èœut- qui aime.
Abandonna dans une sorte de repos fîanèbré aU tmlancement mesuré de ces ondes p&leii , muettes, à jamais mobiles, je me pénétrai dé leur moÙTem'ent toujours lent et toujours lé même, de cette paix durable , de ces sons iso^ lés dans' le long silence. La nature me sembla trop belle; et les' eaux, et la' terre, et la huit trop faciles, trop heureuses : la paisible harmonie des choses fut sévère à mon cœur agité. Je songeai au printemps du inonde périssable, ' et au printemps dé ma vie. Je vijices années qui passent, tristes et' stériles, de TétËriiité'future dansFélemi té pérdue.JevJ'sce'présehl, toujours Tainetjaniaisp6ssédé,détacherdùvagueàTemr sa' chaîne indéfinie ; approcher ma mort entiiî visible , traîner dans la nuit univer^le les &&laines de mes jours, le6 atténuer, leâ dissiper; II. 7
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atteindre la demîrà'e ombré, dévcicer avssi froidement ce jour après lequel il n'en sera plus, et feniter l'aUme. milet.
Gomme si tpus leA hommes.n'aTaient point .passé, et tpuç passé en rainj Conime. si la rie était réelle, et existante essentieJlem'eiit ! oomme si H perception de Tunivers était l'idéed'un être positif, etlemoi de rbonune qaelqn'autre chose que' l'expression aceidentelle d'une liarmonie éphémère! Que Teux-jé?quesuis-)e? Que demander à la nature/? Elst-il un système universel, deàconTenance& ordonnées ,' des droits seUm nos besoins? L'intelligence conduit-elle }6s .résultats que mon intelligence voudrait attendre? Toute causées tinyisible, toutefin trompeuse; toute forfiaecbange^toutedurées'épuise: et le touxmentducœur insatidt>le es.tle mouvemeiit aveugle d'un, météore errant dans le tide où il doitsç perdre. Rien n'est possédé comme il est conçu : rien n'eat connu comme il existe. Tious TOjoi^ les rapports, et non les çssences : nous n'usons, pa^ des choses^ mais de leurs images. Çett^ nature cherchée.au^ehors', et impénétrable dans nous, est partout tépé-
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breuse. Je sens est le seul mot de l*hcniune qui ne re^t qne.des Téritës. Et ce qui i^t la certitude de mon être en est aussi le supj>lice>
, Je sens, j'existe pour me consumer en dësirs indomptables 1. pour m*abreuT«r de la sëductîon d'un mondeiantastique, pour restelrattëré
.de .sa voluptueuse erreur.
Le, bonheur ne sçrait pa«.là première loi de
' la nature humaine ! Le plaisir ne serait pas le prébiîer moteur du monde , seil&ible ! Si nous ne cberehon$. pas le plaisir, quel sera notre but? iS Tivre n'est qu'exister, qu'avoDS-nçus besoin de Vivre? IKous ne saurions découvrir ni la préfère cause, ni le yrai inotif d'aucun être : le pourquoi de l'univers reste inaccessible à rintelligence întËvidueUe' La fin de no-
I tre existence nous est inconnue ; tous les aotes de la vie restent sans but ; nos dësirs , nos sollicitudes , nos aflfections' deviennent ridicules si ces actes ne tendent pas au plaisir, si. ces affections ne se le proposent pas.
L'homme s'aime lui-même, itaimerbomme,il aime 1x>iit ce qui est animé. Cet amour parait nécessaire à Fêtre oi^nisé.; c'est le ino-
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bîleâed forcés qui le conserVènt.Llio&iniâi'ftitùe hii-ïftêiHé : ians ce principe acHf-coiïLiiiëiit t^irait-îl,' fttÈomment jtùbsTstefait-il.? L'hbiià-. nteaTiiië les hoiniâeà t>ar6é' qu'il sent coinrae etiz , parce <^*il eât pt-ès d'eux dahs l'ordre dft monde : sâAd C6 rapport , qaelle serait sa vie?
L'homme aime tous les- êtres animés. S'il cèsffiît de jouffriren Toyaïrt souffrir ; s'il (*s- Bi^t dé ftenur avec, tout ee' qm a dés seu' ' satidns anâlc^ues aux siennes, il ne a'iutér^semit plus à ée qui né serait pas- lui , il âé^s^ait peutréire de^s'aimér lui-même.: sans doute ri n'est pointâ^afféCtionboméèàrîndiTÎdu, puisqu'il n'esï point d*éire essetntiÊllemetit isolé.
Sïl'homme sent dam iotft ce i^mi9mmii les- biens et les mauï dé ce ijùi Féiitirbniieso'àt ' ai^ r^s- piour lui que S6S affectityàs periton'neller; il &ut à son bonheur le bonheur de, ce qu'il connaltj il est lié à ïôut ce qui seAt, iï TÎt dans le moiide orgafnisé.
Cet enchaînement de rapports dont îl est le centre , et qui ne peuvent fiilir e^i-Éièreinent qu'aux bomes-dii monde, le ^listitué partie de l'univers » unité numérique dans lé nà^Bre de
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la iiçt,ure. Le lien ^ue arment ce« \iea& perscNQjQjeJ^BSf yo^^^n mop4^r^% U force qui pçr^tue .son hacmonie est ]« loi ^tui^eJil^.
Cet iwtîx^f néce^^i» qu^ cpp4pit T^iie animé , passif lorsqu'il Veut , actif lOTsqu'ii àft youloir, ^^,t ui;à a^ujéùs^ment aux loisgénér^es. Obéir k Tç^rit deceslois^raitla ^ie^ce '<]e Vê^ *iV^ YCHjdfait ^ibréiuent. Si l^'bciiniqf est libre en délibérant, c'est lascîence de la TÏe ■^yfmaipe : t^ ^'iWeutloisqu'il est assuj^ti, lui ^djqaô ,pqmjne|it il -49it Tp^loir là pu il eiit in^épen^spit. .
^ ..îln ^tf.e isolé. u*es,t jftii;i^ i^ftùt : 80n«û^ iep^tfe.est incoiuplète ; il n'esl ni Traiôiient hjBu^u^, ni Tfaiinent'lfon;, Le çompléoaie;f)|t de çbeiijuç cbpse :^t i^lacé Uorp d'elle , jnais U esf. iTédjn^iqué. P 7 ft i^uç poi^e ,de fii? pour le? ê^-e$ 4^birel$ : .ils ^ trpiiirentdaûsçetaccqr^ Jt^arinoiiique ^i feit que deux corps r^tp- {U^çtché&sqat prp4uctifS) que. deux .sensaticm^ ipi^uellement |>ar^gée^\dJeyiénnent plus heureuses. C'est dans cette harmonie que, tout ce qui existe s'achève i que tout ce qui est animé se repose eijbuit. Ce complément de l'indiTidu
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est principalement, dans Fe*pèce. Pour l'homme, ce complément a deux mddes dissemiMa-* blés et analogues : Voilà ce qui lui lut donné; il a deux manières de sçntir sa Vie ; le reste est douleur ou fumée,.
Toute possession que Von ne partage point ' exaspère nos désirs sans remîplit nos cœurs i elTë ne les nourrit .point , eHe le^ breuse et les épuise:
Pour quË Tunion soit, harmonique, oelui qui jouit avec nous dmt être semblable et dii^ fërent.'Cette couTenftnce dans la'même espèce se trouve ou dans la difi^rence'dbs individiis, ou dans l'opposition des sexes'. Lcpreijiier' accord produit Fharin'onie qui résuHe de deux êtres semblables et différens arec le moindre degré d'opposition et le pins grand' de similitude. Le second dottnè un fésullàt harjnoniqUe produis parla plus grande différence pos^ siblè entre des semblables (i.). Tout choix', toute affection', toute union, tout bonheur est dans
(i)I.aplu£ )(rande difEérCDce sauGO^poûliou repoussante, comme la plus grande similitude sans upiforraité inrifûde.
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ces deux modes.' Ce qui s'en écarte peut naos ) séduire , mais noits trompe et nous lasse : <x qui leur estcbntraîre nous égare et nous rend TÏcieaXDU màlheaVeûx.
Nous n'avons plusdé législateurs. Quelques anciens avaient entrepris de conduire l'homme par son cœur : nous l'es bî&mons né pon- Tant lés siiiTre. Lq âoin des lois financièi^s et pénales ikit oublier les institutions. T^ulg^îë n'a su trouver toutes les lois de la société, toiis les devoirs de la vie dans le besoin qiit uBitleshommesjdansceluiqui unit les sexes.
* L'iinitéderespèce estdiTisée.besétres^em^ blables sont pourtant assez différens pour que léiu's oppositions niémeç lès portent à s'aimer : séparés par leurs goûts, mais nécessaires l'un à l'autre, ils s^éloignenf dans leurs habitudes , et' sont ramenéâ par ùnbesoin mutuel. Ceux qui naissent de leur union',' formés également dé tous deux, perpétueront pourtant ces différences. Cet efifet essentiel de l'énergie donnée à l'animal , ce résultat suprême de son orgamsâùon .sera le moment de la' plénitude de. sa vie; le dernier degré de ses afFeotions , ê* ^"