K SV
lETTRÉ
.' ' Sitnt-SiçfabriB, i4j<dlA, Tin.
Soyez assoré que totre raamnc de pesser ne sera pa£ combattue : si j'avais assez de &iblésse pour qu'il me lut un jour nécessaire en ceci d'être ramené À,la raison,, je retrouT^ais TOtare lettre. J'aurais d'autant plus de honte de moi que j'aurais Ixen changé, car maintenant je pense absolum^k cooame vour. Jus^que-Ui, si elle eat inutile sous ce rapport, elle He m'en satisfait pas moins. EUle est'^leihe de ■ cettesollicitude de la.Traie amitié qui &it redouter par-dessus toutes ^oses, que rhotome en qui on a mis uqe' partie de soi-même-, se laissealler à cesserd'étre-hommede bien.'
Mon, je n'ouhlieraî iamais ^ae l'argent est
D,Q,i,;.du,Goo^It:
un des plus grands moyens de rhomme , et quec'est.[Ktrson usage qa*il se montre ce qu'il est. Le mieux possible nous est rarement permis : je.Teux dinî nue les convenancies sont si opposa, qu'on ne peut presque jamais faire bien sous tous les rapfioris. Je crois que c'en est une essentielle de vivre avec une certaine dëcenre, et d'ét^blirdanssamaisondesbabitùdes coBuuodes, une manière réglée. Mais, passé cela, l'on ne saurait excuser un homme raisonnable d'-emp^ojci' ^ <^s supo^ult^ ce qui lui permet de faire tant de choses meilleures- Personne ne sait que je veux me fixer ici :
cependan.t je lâïis faire k Lausanne et àTevay-, ' quelques meubles et diverses autres choses.
- On' a pensé- apparemment que j'étais eu^tat de sacrifier une somme un peu forte aux capHces 'd'un séjour momentané : on aura âru que j'allais prendre une maison pour passer ^
- l'été.^ Voilà comment on a trouvé que je faisais de ladépense^comment j'ai-obtenu beaucoup de respects, quoique j'eusse Je malbeur d'avoir la tête un peu dérangée: '
Cenx qui ont à louer des maisons de quel-
i46 que.appai-énipe ne ia' abordent pas comme un homme «^^naîre : et moi je suis .tenté de rendre ces mêmes hommagesàmes lotus quand je songe que voilà déjà un Eieureuz. Uantz me -doone^de respërànce, si celui-là est satisfait sans que j'y ai pensé , d'autres le seront peutétre-à présent que je- puis quelque chose. Le dénueraântf -la' ^êae , l'incertitude lient les mains dans le$ choses mêmes que Taisent ne &it pas. Ou ne peut s'arranger efi rien': on ne peut avoir aucun projetsùivi. On' est au'milieU' d'hommes que la misère accable;, ou a qvtelqùe aisance extérieure , et cependant on ne. peut rien faîre pour eux : onnepeutihéme leur &ire connaître cettef impuissance, aBn que da'moins.ils ne soient pas indignés. Oà est celui qui songe à laféf»nditéde l'ai'gent? Les hommes- le perdent coqime ïls dissipent leurs forces, leur sauté, leurs ans. Il est ù aisé de rentas$ei>ou de le pr(>diguer : si difficile de l'employer; bienl.
J^^âais ua curé, près de FribQui^y.qm' est mal vêtu, qui se iiourrit mali qui ne dépense pas un.demi-batz sans nécessité ;.-mâis il -donne
tout,' et le donne atee intenigende. Un de ses ' pardisûens, je Fai-entetidii, parlait de son ava' rice : mais cette avarioe est bien belle !
Quand <m s^arréte i l'importaïioâ du tonps et à celle de l'argent^ on ne peut Toir qu'arec peine la perte d'une minute, ou celle d'un b^tz . Cependantié train des choses' nous çntrAine : une conTCnAnce arbitraire' ettiporle vingt tanis, -tandis qu'on malbeureur n'a pu obtenir un éou. Le hasard nous donne ou fionsûle.trentefoij pins qu'il ne faudrait poiir consoler Vitifortuné. Un antre -hasard oondanme k riattctiçai celui dont le génie aui'ait oonserré. Tétat. Un boulet brise cette tête que Ton croyait destinée aux grandes choses ,' et ^Hie'biente ans de soins sTaît préparée! Dans, cette incertitude, 'Sous la loi de lâ'nëcessité, que deviennent no9 calculs et l'exactitude des détails?
Sans cette incertitude, on ne Tondrait pas avoir des mouchoirs de batiste-^ ceux de toile 'serviraient aussi bien ,. et l'on pournùt en d(niner k ce pauvre- honune de jouToée qui de prive de tabac quand on l'emploie dans l'ia-
. térœur d'ufle miùon , pMcâ qu'il h^ pas de moûcboir dont il tisé ,«e sertir dewmt' U monde.
Ge serait âne TÎe heurentequé ôelle qu'bii pàRseraitcomniece cdrë respectable. Si j^ëtAJi pasteur de village , je Toudrais me hAter dé Jaire aiiui, avant qu'une grande habitude tne rendit -nécesBaîre' Tusage de ce qui compose ^|ne vie aisée. Mais il &ut ètcé céltb«taire> être séuL, être indépendant de rppînioii; sans quoi l'on peut penlre dtius trop d'exactitude ^ les oocBsions de sortir des bornes d'une utilité «i restreinte. S'arrai^er d&œtte nlanîèfe o^t 4iOp limiter son sort; mais aussi, sortek dé Ht, et vous voUJi comme assujéti k tous ces besoins oonvetius dont H est difficile de niat'quér le tetUie^ et qui âritraident, si knu de Fondre ' ré^, qu'on Voit des gens ayant céiit faille livres de revenu j craindre une dépense At îingt francs. ■ ,
On ne s'arrête pas A^tH â tië qti'épronye une femme qui se traîne sur une t\)ute aV6c stHi ënfent , qnl mbbque de pàita pôut- elle et pour lut-Tiiétfte, et qui t»ifin trouvé ou i-eçoit
:,,Gobglf
iS9
uoe pièce de six sous. Alors elle enore avec contianog dans line maison où elle aura delà paille ;. arant de se, co.ucher, elle lui fait une panade ; et dès qu'il dort , elle s'eudort contente , laissant à, la providence les^ieitoins dû lendemaiù. . - ,-. / . . ■ .
Que -de maux à prévenir ,- à répaj^riquîe decoàsolatioDs à donnera que de plaisirs à &ire qui sont là en quelque sorte, d^is uiy bourse d*or, comme âçs germes, t^ch^s et our bliés, stqui p'attendeut pour produire des fruits admirables que Vindustrie. d'un . Ikhi coeur! Toute une campagne est misérable et avilie t les 'besoins, -.rinquiél,udé, le désordre ont ilétri tous les cœurs ; tous souârènt et s'itw ritcDt, rKumeur, les divisions, le.s maladies,, là mauvaise -nourriture , Téducation brutale, l^a . habitudes malheureuses,' tout peut/être :cban|^. L'union, L'ordre, la paix^ la cbafiance -peuvent être ramenés j et l'espérance elle-même , et les moeurs^heureuse.s! Fécondité de l'argent !
Celui qui a pris un élat, celui dont la vie peut être réglée , dont le revenu est toujours
D,Q,l,z.dD;G00gIe
1S5 le mém,e , . qui est .cootenu dans ceta -et boi'né là , comme tm homme l'esit par le» lois de st^ nature; rb^ritier d'un petit patrimoine, un miniAtre.de campagne, un rentier tranquille peuvent calculer- ce qu'ils out, fixép. leul* dépense annuelle, réduire Ie)4rs besoins personnd& ans besoins abeolu», et compter alors tous les sous qui leur restent , ixmme des jouissances qui ue périront point. Il ne .doit pas sortir de leurs mains une seule monnaie qui ne ramène la joie ou le repos dans le cœiir d un malbetireuz .
J'entre avec affection dans cette cuisinerpafriarcale, sous. un toit simple, 'dans l'angle de la vallée. J'y vois des- lëguines que l'on apprête avec un peu de lait , parce qu'ils sont moins coûteijK ainsi qu'avec le beurre. Ou y &it une ' soupe avec des berbes, parce que le bouillon gras a été porté à une demi-lieue de là chez un malade. Les plus beaux fruits se vendent à la ville, et leur produit sert à distribuer à chacune des &mmes les moins aisées de l'endroit, quelques' bicUets de'farine de maïs.qu'cm ne. leur donne pas comme une- aumône , mais
DiailizodbvGoOglf '
-doDt op leurmcintne à tmre des gaudçs et des ^^le^tes. Pour lesfi-oîts MlubretètqDinefiont pas d'un grand prix , tel» que les cerises , * les grô^eilleB , le raisin commun , on les consomnie aveo jutant de jdaisir que ces belles 'pdÎT^B ou ces pècbes qui n« rafraichiraiei^t pa» mieux et dont on a tiré ua biea meilleur parti.
Dansla-maison tout est propre, maisd'uue simj^icité rigoureuse: Si rarance ou la miaère avaient. fait cette 1<h, ce serait triste àToir, mais, c'est réconomie de la bïetifitiBatixseT^Ses privations raisonuées, saséTérité Toloittfiire , sont plus douces 'que toutes lés reohetSîhçÀ «t l'abondance d'une Tie voluptueuse : oelleMn deviennent des besoins doat on ne supporterait pas d'être prirë, mais auxquels ou tiC trouve point de plaisir j les premières doubéot des jouissances toûjoura répétées, et qui nous " laissent qotre indépendance. Des étoffes de ménage> fines , Uiais fortes, et peu fialisSatites , ootappsent prâsque.tout l'habtlletneïitdes enf(ipa et du pèfe. Sa femtne né portéquë deft robes blanches de to3e de coton ; et tâus les ans, on trouve des prétextes pour rëpartll-
DiailizodbvGoOgle
iSS ■ plus de deux cenU aunes de tcùle entre ceux . qui sams cela auraient à peine deS' chemiies< n n'ja d'autre porcelaine que deux tMBes du.
Japàa,>.qui sertaiçnt jadis dans la maison paternelle ; tout le reiste est d'un bou très-diir» agréable à l'ixil at que Ton maintient dans une grande prûpreï^ : il le casse diffioileineat,..«t on le renouyelle à peu de frais; en sorte qu^ Ton n''a p9& besoin de craindre ,qu de gronder^ et qu'on a de l'ortjre, siuv humem-» de l'activité sans inquiétude ...On n» point de domestique : comme les soins du piépaga sont pep considérables et bien rë^és, on se sert so^méme 06n d'éfre libre.' De plus onu'aime ni à âurreiller ni à perdre : on se trouTÇ p)uB heureux aveo plus de pelue, et plus de confiance. Seiipement une femme qui. mendiait auparavant» .vient tous les joufs peudantune heurte , elle fait l' ouvrage le moins propre ;. et elle emporte cbaqiie fois le sblaii^ convenu. Avec Câtte manière d'-étrej on eonuait' au juste ce. qu'im dépense; car là on sait le p4x d'un œuf, et l'pii'sait aussi donner ^ns aacnn.
D,Q,i,z.dD.,GoogIe
regret un sac de blé au détHteûr pauTrë pourstoVi par un riche créancier.
tl importe à l'ordre même qu'on lé suive sans répugnance : les besoins' pt^itife sont Ëid'les à contenir par l'habitude , dans l'es bornes du aimpic nécessaire' : mars lès bescnns de reonlki n'auraient point de borioeset mèneraient d'ailleurs aux besoins d'opinïbn i iBiqiités commç eux.' On a tout prévu pour lie laisser aucun dégoût ' interrompre l'accord de l'ensemble. On ne fôit pas usage des ^stimulans , ils rendent nos' sensations Trop irrégulièrës : ils dounent à la fois l'avidité et rabattement. Le vin et le café sont interdits. Le thé seul est admis, mMs aucun prétextene peut rendre son usage fi-équent : on eR prend régulièrement une fois ious ]ë.s cinq jours.
Avcuneféte ne vient troubler l'itn'agination par ses plaisirs espérés « ]>ar son indifférence imprévue ou affectée , par les dégo&ts et l'ennui qui succèdent également aux désîi^ trompés etauxdésirssatisfaits. Tous les jours «ont à peu pièa semblables , afin, qiie- tous stHont
Li,Q,i,;.du,Googli:
heureux. Quand les uns «>nt pour te plaîsif et les autres; pour le t|-«;rail ; rhomme.qui n'est . pas contraint par une nécessité absolue, de-r rient bientôt mécontent de .tous , et curieux d'essayer une autre manière de Tirre. Il faut à rincertltude ^e uos cœurs, ou l'uniformité peur la fixer , ou iiàa Tariété perpétuelle ^ui la suspende et la séduise toujours. Arec les amasemens s'introduiraient les dépenses; et l'on perdrait à s*en9uyer dau^ les, plaisirs,' * les moyens d'ét.i;ç contens Jet aimés au. milieu . d'une bourgade ctmtenle. Cependant il ne &ut pas que .toutes les. heures de la vie soient insipides et sans )OÎ'e. On se fait à l'uniformité .. de l'etuiui , mais le caractère en est .altéré , rhumeur devient difficile et chagiïne; au milieu de la.paix des choses,' on n'a plus la paix de l'ameet le calme du bonheur. Cet homme de bien Ta senti ^ U a voiilu que les services qu'il rend, que Tordre qu'il a établi, donnassent à sa iàmille la félicité d'une vie simple, et non pas l'amertume des privations et de la misère: Chaquéjour a pour les enfausun mor ment de fête, tel qu'on en peut avoir cJiaquC'
D,Q,l,z.dD;G00gIe .
{ jotir. Il ne fif^t jamais sans qiiHIs se soient réj jouis, sansqUeteurspuensaisBieiz le plaJsir j des pères , oelni de voir leurs eniaos devenir i toujours meilleurs' èa restant toujours aussi ; contens; Le repas du soir se fait de bonne 1 hënre ; il est composé de .choses simples -, mais • qu!ils aiment , et que souvent on leur laisse ; ^sposer eux-mémes'. ÂprèS' le souper, les .' jeux 'en commun chez soi , OU chez de» toif sins honnêtes, les courses, la' promenade, la gaieté néeessaire à lç6r jeunesse et si bonne à tout Age, ne leur manquent jamais. Tant le maître delà maison est convaincu que le bonheur' attachei'aux vertus, cranme les vertus ^sposent au bonheur.
Yoîlà conime il &udrait vivre : vôUft o&mme 'j'aimei^is à faire', slirtout si j'avais un iKvenu considérable.. Mais vous savez quelle chimère je nourris dans ma pensée. Je n'y crois pa$ , et pourtaut je ne saurais m^ re- ; fuser. Le sort, qui ne m'a donné ni femme, ni ' en&ns , ni patrie ; je ne sais'quelte inquiétude qui m'a isolé , qui m'a toujours- enpéché de prendre un ;rdle sur la scène du monde, ainsi
L™i,z.du,Goo^Ic
qu^ font léa autres bomme»; m^ de^tipiie en-- im, semble nue retenir, elle' me laisse dansi'atteate,, et itè me 'permet pas d'en sortir; elle; ne «lispose point de moi , mais elle m'empêche d'en disposer de moi-même. U semble qu'il y ait une force qui me retienne et me prépara en secret, que mon existence ait une fin terrestre encore inconnue, et que je soisréserré pour une chose que je ne saurais' soiipconâer. C'e$t. use illusion peut-être : cependant )e ne puis volontairement détruire ce que ye Gtois pressentir, ce que le temps peut me réserver;
A la Téribé je pourrais m'àrranger ici k peii près.de lamanière dont je parle ; j'aurais UO objet ii^uffisant , mais du moins certain'; et voyant à^quoi je dois m'attaoher, je n^' efforcerais d'occuper à cea soins jourùalieM Vinquiétude qui-me pvesse. En fai^sinfc dans untcerdft étroit le bien de quelques' hommes, ' je pàrnend^ais à oublier Gc^iâbien je- sbis inuùle aux hommes. Peat-éCre:mêmeprendvais-je m parti, si je ne me tiouvais pas dans ua isolenffikt qm aeim'y ol&irait point de doncear
DiailizodbvGoOgle
intérieure; si j'avais un en&nt que je fbrmeccàs , que jesnivrais dans les détails : si j'arais . une femme qui aimât les sotus d'un ménage -bien conduit; à. qui il fut naturel d*enti*er dans mes Tues , qui put trouver des plaisirs dans l'intimité domestique, et jouir oooune moi de toutes ces choses qui n^nt de prix que celui d'une simplicité Tolontmre.
' Bientôt il me suffiraitde suivre l'Ordre dans les choses de la vie privée. Le vallon ignbré serait pour moi la seule terre humaïne^-Onn'y soufïrirait plus, et je deviendrais content. Puisque dans quelques années je serai un peu de poussière que les vers auront abandonné , j'en viendrais à ce point de regarder comme un monument assez grand la fontaine dont j^aiorais amené les eaux intarissables; et ce serait assez pour remploi de mes jours que dix &mtlles trouvassent jnou existence utile.
' Dans une terre convenable , je jouirais plus .de fxtte simplicité des montagnes , que je ne , jouirais dans une ^i^nde ville de toutes lés habitudes de l'opulence. Mon parquet «erait un fdaacher-de sapin ; au lien de boiseries ver-
DiailizodbvGoOglf
nies , j'aurais dea murs de sapiu ; mes meubles ne seraient point d'acajou, ils seraient d« chêne ou de sapin. Je me plairais à TOÏr arranger les châtaignes sons la cendre , au fc^er de la cuisine, comme j'aime à être assis sur un meuble élégant k vingt pieds de distance d'un feu de salon , à la In^nière de quarante bougies.
Mais je suis seul; et outre cette raison, j'en ai dVutres encore de faire différemment. Si je savais qui partagera ma manière de vivre, jç saurais selon quels besoins et quels goûts il faut que je la dispose. Si je pouvais être assez utile dans ma vie domestique, je verrais à borner là toute considération de l'aveiùr : mais dans Tignorance où je suis de ceux avec qui je vivrai et de ce que je deviendrai moi-même, je ne veux point rompre des rapports qui peuvent devenir nécessaires « et je ne puis adopter des habitudes trop particulières. Je vais donc mWranger selon les lieux, mais d'une manière qui n'écarte de moi personne de ceux dont on peut dire : C*est un des nôtres.