‹ Obermann (volume 4)Chapitre 24 sur 29 · LETTRE LXXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIV

St. Maurice, 7 octobre, IX.

Un Américain ami de Fonsalbe rient de passer ici pour se rendi-e en Italie. Ils sont allés ensemble jusqu'à Saint -Branchier, au pied des montagnes. Je les accompagnai : je comptais m'arrêter à Saint-Maurice , mais j'ai continué jusqu'à la cascade de Fissevache , qui est entre cette TÎUe et Martigni , et que j'avais . Tue autrefois seulement depuis la route.

Là, j'ai attendu le retour de la Toiture. Il faisait ua temps agréable , l'air était calme et ; très-doux : j'ai pris , tout habillé , un bain de ; vapeurs froides. Le volume d'eau est considérable , et sa chute a près de trois cents pieds.

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Je m en approchai autimt-qu'U me parut pçwsibl«; et en umnoment, je Sas mouillé coKntoe si j'eusse été plon^^ dans l'eau.

Je retrouTai pourtant quelque okoe/e desaudennes impressÏMiG lorsque. j« fus assisdtns la vapeur qui rejaillit Ters les nues, au bruit ^ . imposant de cette «au qui ,. sort d'une' g^ce muette et coule «ans cesse d'une source immobile , qui se perd avec Iracas satoB'^mai»

ânir, qui se [urécipite pour creuser des abimes, et qui semble tomber éternellement*. IHos an- i nées et les siècles de l'homme descen4eot ' ainsi : nos jours s'échappent du silence, là né- cesfiitélesmontre, ils glissent dansToubli. Le cours de leurs £mtômes pressés s'écoule avec un bruit uniforme,, et se dissipe en se répétant toujours. 11 en reste une fumé^ qui monte, qui rétrf^rade , et dont les ombres déjjt pas> sées euTeloppent cette chaîne inexplicable et inutile, monument perpétuel d'une force inconnue, expression bizarre et mystérieuse de l'énergie du monde.

Je vous avoue qu'Imenstràm , et mes «ouvenïra, et mes habitudes , et mes projets d'en- U. i9

D,a,l,zt!dbvG00gIC

fant, mes' arbres, mon cabinet, que tûùt ce qui a pii distraire mes affections, fut bien petit, ^bien misérable à mes yeux. Cette eau glaciale, active, pénétrante, et coinmé remplie de mouTement, ce fracas solennel d'uii torrent qui tombe , ce nuage qui s'élance perpétuellemeat dans les airs , cette situation du c(x^s et, de la pensée, dissipa l'oubli où de» années d'efforts parvenaient peut-être à me plonger. - '

Séparé' de tous les ' lieux par celte atmo^ sphère d'eau et par ce bruit immense , je voyais tous les lieux devant moi, je ne me voyais plus dans aucun . Immobile , j'étaisému pourtant d'un mouvement extraordinaire. En sécurité au milieu des ruines menaçantes, j'étais coixime englouti par les eaux et vivant dans l'abîme : j'avais quitté la terré, et je ju> geais ma vie ridicule ; elle me Élisait pitié : un souge de la ^nsée remplaça <ïes jours puérils par des jours employés. Je vis plus distinctement que je ne les avais jamais vues, ces pages heureuses et léloignées du rouleau des temps. Les Moïse , les Lycurgue prouvèrent indirecte-

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mentau monde leur possibilité : leur existence future m'a été prouvée dans les Alpes . . . .

Quand les hommes des temps où il n'était, pas ridkule d'être un homme extraordinaire ^ se. retiraient dans une solitude profonde et dans les antres des montagnes , ce- n'était pas seulement pour méditer les institutions qu'ils préparaient ; on peut aussi penser chez soi , et s'il faut Au silence, on peut le trouver dans ime ville : ce n'était pas seulement pour en imposer aux peuples, un simple miracJede la Afogj'eeftt été plus t6t £tit et n'eût pas eu moin^ de pouvoir sur les invaginations . Mais Famé la moins assujétie n'échappé 'pas entièrement à l'empù*e de l'habitude , à cette oondusiou' si persuasive pouria foule et spécieuse pouK le génie lui-même, à cet argument de la routine qui tire de l'état le plus ordinaire de l'homme un témoignage naturel et une preuve de. sa destination. Il &ut se séparer des choseshumaines non pas pour voir comment elles pour- - raient étire autrement, mais^pour oser le croire . On n'a pas besoinde cet isolement pour

îma^nar les moyeot qu'on veut emplc^er , i mais pour en esp^r le succès. On va dms la

retraite, on y vit; Thabitude des choses an- \ ciennes s'affaiblit, l'extraordinaire est jugé '. sans partialité , il n'est plus romanesque : (m y

jCroitf on revient, on réussit.

•••■ • • •• co-

Je me rapprochai de la route avant le retour de Fonsâlbe : j'étais trèft-mouilié ; il prétendit qu'on eût pu arriver' josqu à l'endroit même de la chute, sans cet inconvénient^là.

C'est où je l'attendais ; il réussit d'abc»^ t mais la colonne d*eau qui s'élève était très-mobile, quoiqu'il n'y eût aucun v^t sensible dans la vallée. Kous alli<ms nous retirer lorsqu'en une seccmde il fut inondé ; alors il se laissa antr^ ner, et je le menai k la place même où je m'étais asNS : mais je craquais quâ les variations ûopinées. de la pression de l'air n'aiïeotassent

(i) Ces aapprensions iaterranipeDF la suite dnid^, je luû fBché qu'elles dent dtl me paraître coDTeniibl<w. Il en mI de mtiae dan* {dniîeurt «Htm Icitret.

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ta poitrine, Inen moins ËH-te que la mieBiie; BOUS notu netirâmes presque auwîtât. J'avais eMaj^ en vain de m'en faire entendre. autrem«it que par signes j. mais loivque nous . fûmes éloignés de plusieurs toises, je lui demandai , avant que sou étonnement cessA^ f ce que derenaiâït dans une semblaUe situation les petite^ Habitudes de l'homme, et même ses alfecdons tes plus puissantes et lôs passions qu'il croit indomptable9>

Nous nous prcHuenioufi, allant et revenant de laeascade à la route, {fous convinmed que l'bomme le plus fortement organisé peut n'avoirauoune passitm positive, malgré son aptitudeàtoutes, etqu'il y eut plusieurs £)isde tels homoMis , s(»t parmi les maîtres des peuples., soit parmi les mages, les gymnosophistes qu les sages , soit parmi les fidèles vrais «t persuadés de certaines religions, comme l'islamisme ou le christianisme.

L'homme supérieur a toutes les facultés de l'hovune ; U peut éprouver toutes les affections humaines; il s'arrête aux plus grandes de celles que sa destinée lui donne. Celulqui lait

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céder de grandes peasëes k àcs idées petitev ou persomieUes ;' celui qui ayant k faire ou à décider des choses importantes , est ému par de petites affections et des întëFéts misérables , n'est pas un homme supérieur.

L'bouune supérieur Voit toujou^ au-delà de ce q^'il est et dé ce qu'il &it; loin de rester , derrière sa destiné,e , il devance toujours ce - qu'elle peut lui permettre, et ce mouvement naturel de son ame n'est point la passion du pouvoir et des grandeurs. Il est au-dessus des grandeurs et du pouvoir : il aime ce qui est utile , noble et )Uste ; il aiine ce qui est beau , il reçoit la, piussanee, parce qu'il en &ttt pour établir ce qui est utileet beau : mais il aimerait une vie simple, parce qu'une vie , simple peut être piwe et belle. Il fait quelquefois ce que les passions humaines peuvent faire; mais il y a dans lui Uoe chose impossible ^ c'est qu'il Je fasse par passion. Non-seï^ lementrhomme supérieur, le véritable homme .d'état n'est point passionné pour Jes femmes, n'aime point le jeu , n'aime point le vin : mais je prétends qu'il n'est pas même ambitieux.

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S9.5 Quand îl.âiit comme ces êtres nés pour le regarder avec surprise, Une le fâif point par les mobiles qu^ils connaissent. Il n'est ni défiant, ni confiant; ni dissimulé j ni ouvert ; ni recoonaissant.ni ingrat; il n'est rien de tout cela; son cœur attend, son intelligence conduit.

Pendant qu'il est à sa place , il marche à sa fin qui est l'ordre en grand, et une amélioration du sort des hommes. Il roit, il veut, il fait. Il est juste etabsolu. Celui donton peut dire, il a tel Êtible ou tel penchant, est un homme comme lesautres- Mais l*homme né pour gouverner, gouverne : il est le maître, et n'est r^en. autre chose..

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LETTRE hXXXV^

Im., 13 oeuvre, IX..

J>e te CT^gnftis xam, il éttàt naturel de penser «pie cette sorte de mollesse où mon ennui m'ajetéjdeTiendraitbïentôtunehabitiidepresque insurmontable : mais quand j'y ai songé davantage , )'ai cru voir que je n'arais rien. à en craindre , que le mal était déjà dans moi , et qu'il me serait toujours trop naturel d*étre ainsi dans des circonstances semblables aux circonstances présentes. J'ai cru voir de même que dans une autre situation j'aurais toujours un autre caractère . La manière dont je végète dans Tordre de choses où je me trouve n'aura aucune influence sur celle que je prendrais

SOT si les tein|ie venûent à me preicrire autant d'actÏTilé que maintenaat ils en demandent pen de moi; Que me serrirait dcTOuloir rîester debout àTheuredu repos, «i vivant dans ma tombe? Un homme laborieux et qui ne veut point perdre le iour, doit-il |>oar eelasé refuser au Btaqineil de la nuit? Ma nuit e§t trop kmgue à la vérité : mais est-oe ma faute si les jours iSont courts , si les nuits sont ténébreuses dans la saison où je suis ne? Je veiix', oamme un autre, me uLonb'er au dehorn quand l'été vieÂdra ; en attendant je dors auprèsdn feu pendant les frtiUBs. Ja croîs que Fonsalbe devient dormeur comme moi- C'est une buarreiie bien digne de la misère . de rhomme, que notre manière triste et tran^ quille dans la plus belle retraite d'un si beau pays , et dans l'aisanoe au milieu de quelques ÏB^rtunés plus oontsns que nous ne le serons {muùs. ' -. ' N

II. faut que je irons apprenaâ quelque chose de nos manies , vous ^tiviuverez qu'habituellement notre langneur n'a rien d'amer. Il est inutile de vous dire que je n'ai point une

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nombreuse livrée : à la campagne et dan»uolpe manière de vivre , les domestiques ont leurs occupations ; les cordons poun-aient aller dix fpis avant que personne vint. J'ai cherelle la commodité et non l'appareil : j'ai d'ailleurs évité les dépenses sans. but ^ et j'aime autant me&tiguer moi-même à vers^rde l'eaud'une carafe daiù un yérve, que -de sauner pour qu'un laquais vigoureux accoure lé&ire depuis l'extrémité de la maison. Comme Fonsalbe et moi noua ne faisons guère un mouvement l'un sans l'autre, un £orddn -communique de sa chambre à coucher à la iftienne et à mon cabinet. La manière de le .tirer varie: nous nous avertissons ainsi , non pas selon lebesoin, mais selon -nos fantaisies; en sorteque le cordon va très-souvent. - -

Plus c^ fantaisies sont burlesques, pltsselles jious amusent. Ce sont les jouets de notre' oisiveté: nous sommes princes en ceci;. et, sans'avoir d'états à gouverner, ita^a suivons des' caprices un peu bouffons. I4oas croyons, , conune eux , que c'est toujours quelque diose- . que d'avoir ri; avec cette différence néanr-

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moins que uot,rejire*pe.iuor(iitera penoime.

Quelquefois une puérililé pous arï<éite pendant que nous comptons les mondes avec Lambert :

quelquefois , encore reifipUs de l'enthousiasme de Pindace, nous BOUS;amasc>Da de la dématv cbe imposante d'un poulet d'Inde , ou des manières athlétiques de deux matous épris d'amourqui se disputent leur héroïne.

Depuis quelque temps nous JloUs somtnes avisés de conrenir que.. celui qui serait une demi-heure sans pouvoir se rendormir éveillerait l'autre afin qu'il eût aussi st^o heure de patience ; et que celui qutieraic un songe bien comique , oii de nature à produire, une -émo^ tion forte, en avertirait aussitôt, àfi^ que le lendemain en prenant le thé on l'expliquât selon l'antique science secrète.

Je puis maintenant me jouer an peu avec le sommeil : je connuence àleretroaver depuis que j'ai renoncé au café , depuis .que je ne prends de thé que fbi:t.mx>déi'ément et que je le remplace quelquefois, par de la groseille, du petit lait, ou simjdement par un verre d'eau. Je dormais sansm'enapercèvoir pour

ainsi lËre, et sans repos comme sans jouiV Banoe. En m'endormant' et ea m'ëveillant, j'étais abaolument le ménie quau milieu du )onr;'maisà présent j'obtiens, pendant quelques minutes,' ee sâi^ment des progrès du Bommeil, cet~ àfiTaiblisfietpent voluptuens'qui annonce Toubli d« la vie, et dont le retour journalier la Ttaid suppwtable aux malheureux ea la suspendant, en la divisantsans cesse.

'Alors (m es:tbîen aulit, même loi^qu'on n'y '.àari point. Vers le matin, je me mets sur irestomac: Jeue-dors pas, je ne saîspaséveillé; 'fi ^uifr bien. C'est alors que je rêre en paix. Dans ces momens de calme, j'aime à voir la TÎe ; il me semble alors qu'elle m'est étrangère ; je n'y ai ippint de râle. Ce qui m'arrête sul^toat maintenant, c'est le fracas. des moyens et le néant des résultats ; cet immense travail des être», et cette fin incertaine, stérile et peut-être contradictoire , ou ces fins opposées elfainËs. Lanwusse mûrit sur ,1a roc^ebattue des flots;. mais son fruit périra. La violette .. fleurit inutile sous le 'buisson du désert. Ainsi l'homme désire, et mourra. 11 nailau hasard,

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il s' essaie sttàs but, iLhitte saju objet, il «cal et pense eu yaini il pewe sans avoir j^\t, et celui qui obtient*!*^ vivre passera ausM.CéMr a gagné cinquante batailles, il a vaincH la terre; il a passé. Ma^iuet, Pythagore, ont passé. Le cèilre qui ombrageait le&Unupeaux a passé- comme le grameu que -les troupeauA foulaient.

Plus on cherche k voir,' plus on se plonge l dans la,uuit. Tous agissent pour ê« etmserver et se reproduire : la tiu,de leurs û^ctioiM estvt- ' sible, comment celle, de leur être ne Tcst-elle point? L'animal a les orgaUes , les forces, Vindustiie pour subsister et se perpétuer i il-agit pourvivre, etilvit^ il a^tpour se reproduire, et il se reproduit. Mais pourquoi Vivre? pour* ^ , quoi se perpétuer? Jen^ènteacbrieniic^. La ' bétebrouteetmeurt;rhoii:^memange,etm6urt.

Un matin je songeais à tout ce qu'il fiitavant [ de mouriv ; j'^us t«llëmen t besoin de rire que . je brai deux, foisle cordon; mais en dëjeànant nous ne pûmeS' jamais rire : ce jour^à Fonsalbe s'imagina de trouver du sérieux dans les arts , dans ta gloire, dans les hautes sciences, daqs

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. la métaphysique des' trtaite^ î je ne sais encore dans qacâ. Depuis ce déjeuner ,- j'ai remis sur ma table Z'e l'esprit des chùse^, et j'en- ai'Iu im volume presque entier.

' Je TOUS ardue que ce système 'de la réparation du monde ne me 'ehoique point du tout. Il n'est - pas moderne , mais cela ne peut lui donner que plus d'autorité-. Il est grand , il est spécieux : l'auteur é&t entré dans ses profondeurs, et j'ai pris le parti de lui savoir gré de l'extrême obscurité des termes , on en sera d'autant moins frappé' dc celle des choses.

Je croirais' volontiers que cette hypothèse d'une dégradation fortuite, et d'une lente régénération; d'une force qui vivifie , qui élève qni-snbtîlise , et d'une autre <{ui corrompt et qui dégrade , n'est pas le moins plausible de nos rêves sur là nature des choses. Je voudi'ais

. seulement qu'on nous ditcomment s'est feite, bu du moins couuuent s^est dû faire cette grande réycdution; pourquoi le monde échappa aÂD&i À l'Eternel; comment il s'est pu qu'il le permît, ou qu'il né pût' pas l'empêcher; et quelle forcé étrangère à sft i^ùissance univei*-

D,Q,i,z.dDvGoogli:

selle «. pnxiait l'universel cataclysme? Ce sjstèmeexpUquei'a tout, exc^ë la prindpale difficulté; mftis le dogme oriental des deux principes était plus clair.

Quoi qu'il en puisse être sur une question si peu Élite, pour Thabitant de la terre , je ne connais rien qui rende mieux raison du phénomène. perpétuel dqnt tous les accîdens accablent notre intâlligence , et déconcertent notre curieuse avidité. Nous voyons tous les individus .s'agglomérer . et se propager en espèces , pour marcher, avec une forée multipliée et continue vers ye ne sais quel but dont il» sont repoussés sans cesse. Une. industrie céleste produit 84n$ relâche , et par des moyens infinis. Un principe d'inertie , une force morte résiste froidement; elle ^teint, elle déb-uiten masse. Tou8.1esagen5particuliers8ontpa8sif5 : ils teadëntnéanmoinsarec ardeur Ters ce qu'ils ne sauraient soupçonner; et le .but de cette tendance . générale , inconnu d'eiix, pstatt l'être nécessairement de tout ce qui existe. ]Von-:ae,ulemènt le système des êtres semble plein de contrastes dans les moyens , et d'op-

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soi

po$iUou9 ûasu les produite; mais la force qui la. meut par^t Tfl^|ue, inquiète , énervée ou haliiucée par Mue force indéfînissalile; laiiature paraît empécbée dans sa marche , et ooœme eoibarrassée et înoertaine.

'Noiifi croiroAs -disceruer une lueur dans l'alàme.sinousenCreTt^CHislosmoBdeB comme des splières d'activité, comme des ateliers de régénératipn où la matière travaillée graduellement, et subtilisée par un [nincipe de vie , doit passer de Tétat passif et l>rai à oe point d'élaboration, de ténuité ,qui là rendra enfin siuceplible d'être im^oégnée de ' Sttt et p^étrée de lumière. Elle sera employée par Tintelligenoe , nmiptus comme des matériaux iaùxcjamr Aois comme un ijistrament perfectionné , puis comme un agent direct , et enfin comiiie onë partie essentielle de Tétre unique, qui alors deviendra vrainient univel^ et vraiment un. .

' Ijc bceuf est fort et puissant; il ne le sAÏt ^oéme pas : il absorbe une multitude de végétaux , il dévore un pré ; quel grand avantage .en va-t*il retirer? Il rumine , il végète pesam-

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Tioa

ment dans l'étable oà renferme un homme ' triste, pesant, inutile comme lui. L'homme ' le tuera , il le mangera , il n'en sera pas mieux; et, après que le bceuf sera mort, l'homme \ mourra. Que restera-t-il de tous deux? un ; peu d'engrais qui produira des herbes nouvel- \ les , et un peu d'herbe qui nourrira des chairs , nouvelles. Quelle vaine et muette vicissitude de vie et de mort ! quel froid univers ! Et «omment est-il bon qu'il soit au lieu de n'être pas?

Mais si cette fermentation silencieuse el terrible qui semble ne produire que pour immo- 1er, ne fait-e que pour que l'on ait été, ne montrer les germes que pour les dissiper , ou n'accorder le sentiment de la vie que pour donner le frémissement de la mort ; si cette force qui meut dans les ténèbres la matière ëtemelle, lance quelques lueurs pour essayer la lumière; si cette puissance qui combat le repos et qui promet la vie, broie et pulvérise son œuvre afin de la préparer pour un grand dessein ; si ce monde où nous paraissons n'est que l'essai du monde; si ce qui est . ne fait II. 20

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'quannoncer ce qui doit être; cette surprise que le mal visible excite en nous ne parait-elle pas expliquée ? Le présent travaille pour FaTenir; rarrangement du monde est que te monde actuel soit consumé ; ce grand sacrifice était nécessaire , et n'est grand qu'à nos jeux . Kous passons dans l'heure du désastre , mais il le fallait ; et l'histoire des êtres d'aujourd'hui est dans ce seul mot, ils ont vécu. L'ordre fécond et invariable sera le produit de la crise laborieuse qui nous anéantit : l'œuvre est déjà commencée; et les siècles de vie subsisteront quand nous , nos plaintes , notre ei~ pérance et nos systèmes auront à jamais passé.

Yoilà ce que les anciens pressentaient : ils conservaient le sentiment de la détresse de la terre. Cette idée vaste et profonde a produit les institutions des premiers âges; elles durèrent dans la mémoire des peuples comme le grand monument d'une mélancolie sublime.

Mais des hordes restées barbares , et des hordes 'formées par quelques £ugitife qui avaient oublié les traditiotis antiques en errant dans leur

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ioréts , des Pélasges , des Scythes, des Scandinaves ont répandu les dogmes gothiques, les fictions des versificateurs, et la fausse magie (i ) des sauvages : alors l'histoire des choses en est devenue Ténigme jusqu'au jour où ijn homme étonnant, qui a trop peu vécu , s'est mis à déchirer quelque partie du voile étendu par les barbares (a).,

Ensuite je ^s un mouvement qui me distrait , je change d'attitude , et je ne revois plus rien de tout cela.

D'autres fois je me trouve dans une situation indéfinissable j je ne dors ni ne veille , et cette incertitude me plaît beaucoup. J'aime à mêler , à confondre les idées du jour et celles du sommeil. Souvent il me reste uu peu de l'agitation douce que laisse un songe animé, efirayant, singulier, rempli de ces rapports

(r) Onvoit qnele mot Hagie doit être prù iâ dans son premier sens, et non pas dans l'acception nouTelle : en sorte que, par fensac magie , il fant entendre à peu près la magie des mo-

(3)6 mourut à 37 ans, et il avait fait l'^nA'f. dAv.

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mystérieux et de cette incohérence pittoresque

qui amusent T imagination.

Le génie de rhomme éveillé n'atteindrait pas ce que lui présentent les caprices de la nuit. Il j 8 quelque temps que je vis une éruption de volcans; mais jamais l'horreur des volcans ne fut aussi grande, aussi épouvantable et aussi belle. Je voyais depuis un lieu élevé;. j'étais, je crois, à la fenêtre d'un palais, et plusieurs personnes étaient auprès de moi. C'était pendant lanuit, maiselteétaitéclairée. La Lune et Saturne paraissaient dans le ciel, entre des uuages épars, et entraînés rapidement quoique tout le reste fût calme. Saturne étaitprèsde la Terre; il paraissait plus grand que la Lune , et son anneau , blanc comme le métal que te feu va mettre en fusion , éclairait la plaine immense cultivée et peuplée.. Une longue chaîne, très-éloignée , mais bien visible, de monts ueigeux, élevés, uniformes, réunissait la plaine et les cieux. J'examinais : vta vent terrible passe sur la campagne, enlève et dissipe culture, habitations, forêts; et en deux secondes ne laisse qu'jin désert de sable

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aride , rouge et comme embrasé par un feu intérieur. Alors l'anneau de Saturne se détache , il glisse dans les cieux , il descend avec une rapidité sinistre, il va toucher- la haute cimg des neiges ; et en même temps elles sont agitées et comme travaillées dans leurs bases; elles s'élèvent, s'ébranlent et roulent sans changer, comme les vagues énormes d'une mer que le ti-emblement du globe entier sou^ lèverait. Après quelques iustans, des feux vomis du sommetde ces ondes blanches retombent des cieux où ils se sont^lancés , et coulent en fleuves brùlans. Les monts étaient pâles et emlwasés selon qu'ils s'élevaient ou s'abaissaient dans leur mouvement lugubre; et ce grand désastre s'accomplissait au milieu du silence plus lugubre encore-

Vous pensez sans doute que dans cette ruine de la terre , je m'éveillai plein d'horreur avant la catastrophe : mais mon songe n'a pas fini selon les règles. Je ne m'éveillai point', les feux cessèrent, l'on se trouva dans un grand calme : la nuit était obscure j on ferma les fenêtres , on se mit à jaser dans le salon,

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nous parlâmes du feu d'artifice , et mon rêve

continua.

J'entends dire et répéter que nos rêves àê- \ peadent de ce dont nous avons été frappés les t jonrs précédens. Je crois bien que nos rêves, ainsi que toutes nos idées et nos sensations, ne sont composés que de parties déjà familières et dont nous avons fait Tépreuve; mais je pense que ce composé n'a souvent pas d'autre r^>port avecle passé. Tout ce que nous imagiaons ne peut être formé que de ce qui est ; mais nous rêvons, comme nous imaginons, des choses nouvelles, et qui n*ont souvent avec ce que nous avons vu précédemment aucun rapport que nous puissions découvrir. Quelquesuns de cçs rêves reviennent constamment de la même manière, et semblables dans plusieurs de leurs moindres détails, sans que nous y pensions durant rintervalle qui s'écoule entre leurs diverses époques- J'ai vu en songe des sites plus beaux que tous ceux des Alpes, plus beaux que ceus que jlaurais pu imaginer, et je les ai vus toujours les mêmes- Dès mon en&nce je me suis trouvé, çn rêve ,

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3H auprès d'une des premières villes de l'Europe. JL'aspect du pajs différait essentiellement de celui des terres qui environaent réellement cette capitale «joe je n'ai jamais vue , et toutes les fois que j'ai rêvé qu'étant en voyage, j'approebais de cette ville, j'ai toujours trouvé le pays tel que je l'avais rêvé la première fois , et non pas tel que je le sais étre.^

Douze ou quinze fois peut-être, j*ai vu en rêve un lieu de la Suisse que je connaissais '< déjà avant le premier de ces rêves : et néan- i moins, quand j'y passe ainsi en songe, je le> vois très-différent de ce qu'il est réellement , i et toujours le même que je l'ai rêvé la première : fois. '

Il y a plusieurs semaines que j'ai vu une vallée délicieuse , si parfaitement disposée selon mes goûts , que je doute qu'il en existe de semblables. La nuit dernière je l'ai vue encore : et j'y ai trouvé de plus un vieillard, tout seul , qui mangeait de mauvais pain à la porte d'une petite cabane fort misérable. Je vous attendais , m'a-t-il dit , je savais que vous deviez venir ; dans quelques jours je n'y serai plus ,

et TOUS trouverez ici du chaiigemeiit. Ensuite nous avons été sur le lac, dans un petit bateau qu'il a ùàt tourner en se jetant dans l'eau. J'allai aufondj je me noyais, et je m'éveillai.

Fonsalbe prétend qu'un tel rêve doit être prophétique , et que je verrai un lac et une vallée semblables. Afin que le songe s'accomplisse, BOUS avons arrêté que si je trouve jamais un pareil lieu , j'irai sur Teau , pourvu que le bateau soit bien construit , que le temps soit calme, et qu'il- n*y ait point de vieillard.

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