LETTRE XLIX
Héterrille , t4 wpteinbre , VI<
Ainsi, parce que je n'ai point d'horreur pour vos dogmes , je serais près de les réTérer ! Je pense que c'est tout le contraire. Tous avez, je crois, projeté de ine conTCrtir ; et tous n'ayez pas ri !
Dites-moi, me saTez-vous quelque intérêt à ne pas admettre vos opinions religieuses? SI je n'ai contre elles ni intérêt, ni partialité, ni passion , ni éloîgnement même ; quelle prise auront-elles pour s'introduire dans une tète sans systèmes, et dans un cœur que le remords ue leur préparera jamais ?
Cest l'intérêt des passions e/ui empêche
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d'être chrétien. Je dirais volontiers que voilà un allument bien misérable. Je .vous parle eu ennemi : nous somimes en état de guerre , vous en voulez un peu à ma liberté. Si vous accusez les non-crédules de n'avoir pas la conscience pure, j'accuserai les crédules de n'avoir pas un zèle sincère- Il résultera de tout cela de vains mots , un bavardage répété partout jusqu'à Ja satiété , et qui jamais ne prouvera rien.
Et si j'allais vous dire qu'il n'y a de chrétiens que les méchans , puisqu'il n'y a qu'eux , qui aient besoin de cbimères pour ne pas vo- \ 1er , égorger , trahir . Certains chrétiens dont i l'humeur dévote et la croyance burlesque ont dérangé le cœur et Tesprit , se trouvent toujours entre le désir du crime et la crainte du diable. Selon la méthode vulgaire de juger des autres par soi-même , ils sont alarmés dès qu'ils voient un homme qui ne se signe point : il n'est pas des nôtres , il est contre nous ; il ne craint pas ce que nous craignons , donc il ne craint rien , donc il est capable de tout ; il n'a pas les mains jointes , c'est qu'il les cache ;
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il y a sûrement un stylet dans l'une et du poison dans l'autre.
Je n'en veux point à ces bonnes gens : comment croiraient-ils que Tordre suffise , le désordre est dans leurs idées ? D'autres ^armi eux me diront ; Voyez tout ce que j'ai soufiêrt, d*où axirais-je tiré ma force, si je ne l'avais pas reçue d'en haut? — Mon amî , d'autres ont souHert davantage, et n'ont rien reçu d'en haut : il y a encore cette différence qu'ils n'en font pas tant de bruit , et ne se croient pas bieu grandspour cela. On soufiVe> comme on marche. Quel est l'homme qui ■ peut faire vingt mille lieues? Celui qui &it une lieue par jour et qui vil soixante ans. Chaque matin ramène des forces nouvelles; et l'espérance éteinte laisse encore un espoir vague.
Les lois sont évidemment insuffisarUes. Eh bien! je veux vous montrer des êtres plus forts que vous , et qui sont presque toujours indomptés 'i qui vivent au milieu de vous, nonseulement sans frein religieux , mais même sans lois ; dont les besoins sont souvent trèsmal satisfaits; qui rencontrent ce qu'on leur
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refuse , et ne foat pas un mouvement pouil'arracher : et parmi eux , trente-neuf au moim sur quarante mourront sans avoir nui , tandis que vous prônez l'effet de la grâce , si, parmi vos chrétiens, il y en a dans ce cas trois siir quatre. — Où sont ces êtres miraculeux, ces sages? — Ne tous &chez point; ce ne sont pas des philosophes, ce ne sont pas du tout des être miraculeux, ce ne sont pas des chrétiens; ce sont tout bonnement ces dogues qui ne sont ni muselés, ni gouvernés, ni catéchisés, et que vous rencontrez à tout moment , sans exiger que leur gueule terrible fasse, pour vous rassurer, un signe sacré. — Vous plaisantez. — De bonne foi que voulez- vous qu'on &sse autre chose?
Toutes les religions s'anathématisent, parce que aucune ne porte jin caractère divin. Je sais bien que la vôtre ace caractère, mais que le reste de la terre ne le voit point, parce qu'il est caché : je suis comme le reste de la terre , je discerne fart mal ce qui est invisible.
On ne dit pas que la religion chrétienne soit { mauvaise ; mais que pour la croire , il faut la t
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croire dlviae , ce qui n'est pas aisé. Elle peut être 'fâFt belle , comme ouvrage humain; mai» une religion ne saurait être humaine, quelque terrestres que soient ses ministres.
Pourla sagesse, elle est humaine; elle n'aime pas à s'élever dans les nues pour retomber en débris; elle exalte moins les tètes , mais elle ne les expose point à l'oubli des devoirs par le mépris de ses lois démasquées ; elle ne défend point d'ésamen , et ne craint point d'objecti<nis ; il n'y aura pas de prétexte pour la méconnaître; la dépravation du cœur reste seule contre elle : et si la sagesse humaine était la basedes institutions morales, son empire serait à peu près universel , puisqu'on ne pourrait se soustraire à ses lois saus faii'e par là même un aveu formel de sa turpitude. — Nous ne convenons pas de cela ; nous n'approuvons pas la sagesse. — C'est que vous êtes conséquens.
Je laisse les hommes de parti qui font semblant d'éti-e de bonne foi, et qui vont jusqu'à, se faire des amis pour qu'on sache qu'ils les ont convertis : je reviens à vous qui èles vraiment
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persuadé, et qui voudriez me donner ce repos que je n'aurai point.
Je n'aime pas plus que Ton soit intolérant contre la religion qu'en sa. faveur. Je n'approuve guère davantage ses adversaires déclarés, que ses zélateurs fanatiques. Je ne décide pas que l'on doive se hâter, dans certains pays, de détromper un peuple qui croit vraiment, pourvu qu'il ait passé le moment des guerres sacrées, etqu'il ne soit déjà plusdans la ferveur des conversions. Mais quand un culte est désenchanté, je trouve ridicule qu'on prétende ramener ses prestiges : quand l'arche est usée, quand les lévites embarrassés et pensifs autourde ses débris, me crient : N'approchez pas, voire souffle profane les ternirait, je suis obligé 'de les examiner, pour voir s'ils parlent sérieusement. — Sérieusement? Sans doute; et l'Eglise qui ne périra point , va ren- 'dre à la foi des peuples cette antique ferveur dont le retour vous parait chimérique ! — Je ne suis pas fâché que vous en fessiez l'expérience ; je n'en conteste point le succès; et
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je le désirerais volonbers; ce serait un fait curieux.
Puisque c'est toujours àeux que je finis par m'adresser , il est temps de fermer une lettre qui n'est pas pour tous, lïoua garderons chacun nos opinions sur ce point; et nous nous entendrons très-bien sur les autres. Les manies superstitieuses et les écarts da ziie n'existent pas plus pour un Téritable homme de hien, que les périls tant exagérés de ce qu'ils appellent ridiculement athéisme. Je ne désire point que tous renonciez à cette crojance ; mais il est très-utile qu'on cesse de la regarder comme indispensable au cœur de l'homme ;
' car si l'on est conséquent , et qu'on prétende qu'il n'y a pas de morale sans ellç, il faut rai-
\ lumer les bûchers. •
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