‹ Obermann (volume 4)Chapitre 6 sur 29 · LETTRE LU · texte numérisé non relu

LETTRE LU

Paris, goctobre, VII.

Je suis très-content de votre jeune ami. Je

pense qu'il sera aimable homme , et je me crois

sûr qu'il ne sera pas un aimable. Il part de-

; main pour Lyon. Vous lui rappellerez qu'il

' laisse ici deux personnes dont il ne sera pas '

oublié. Vous devinez bien la seconde : elle est ^ digne de l'aimer en mère ; mais elle est trop ; aimable pour n'être pas aimée d'une autre manière , et il est trop jeune pour prévenir el éviter ce charme qui se glisserait dans un attacbementd'ailleurs si légitime. Je ne suis point fâché qu'il parte : vous êtes prévenu, vous lui pai'lerez avec prudence.

D,Q,i,z.du.,Googli:

n me parait justifier tout l'intérêt que tous prenez à lui : s'il était votre fils , je vchib féliciterais. Le vôtre serait pt'écisément' de cet âge : et lui, il n'a plus dépère! Yoti^ tils ef ' sa.mère devaiem périr avant l'Âge. Je n'évite j point de vous eu parler. Les ancieimes douleurs nous- attristent sans nous déchirer : leur amertume prpfcmde, mais ddoiicie par le temps et rendue tolérflble, nous devient comme né* /cessaire; elle qous ramène à nos longues faabi^ tildes; elle. plaît it nOs cœiu^ «vidés-- d'émotioûs , et qui oberchent Finfini jusque dads leurs regrets. Votre 'tiUe vous ve^te,' bonne , aimable, intéressâate>comxie eiix quinesoni plus; eUe peutlesremplaoed'poiirvous. Qtiel" que grandes que soient vos pertbs, voire mafK heur n'est pas celui de linfortuné, Mais M^ len^nt celui de l'homme. S^ oeux que vous n'avez plus vous étaient restés , votre bOnheAr eût passé la mesure.: aocordëe aux heureux.

Donnons k leuF méihoiffe ceï:souVenirs qu'elle mér i te si liien , sens trop m>iis arrêter aU aea'timent des peines irréoiédiahtes : «onsèweeia paix^ la modération que i-ie&ne dmt ôteren-»

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tièrement à l'homme ; et plaignez-moi de rester loin de tous en cela.

Je reviens à celui que tous appelez mon ; protégé. Je- pourrais dire que c'est plutôt le vôtre ; mais en effet tous êtes plus que son protecteur, et je ne vois pas ce que son père eût pu faire de mieux pour lui. Il me paraît le bien sentir, et je le croîs d'autant plus qu'il n'y met aucune affectation. Quoique dans notre course à la campagne , nous ayons parlé de TOUS à chaque coin de bois, à chaque bout de prairie, il nem*a presque rien ditdes obligations qu'il TOUS a : il n'avait pas besoin de m'en parler , je tous connais trop ; il ne devait pas m'en parler , je ne suis pas un de vos amis. Cependant je sais ce qu'il en a dit à madame T*** aTec qui, je le répète, il se plaisait beaucoup , et qui tous est elle-même trèsattachée.

Je vous avais écrit que nous irions voir incessamment les enTirons de Paris : il faut tous rendre compte de cette course , afin qu'aTant mon départ pour Lyon tous ayez une longue lettre de moi , et que tous ne poissiez plus me

dire que cette année-ci je n'écris que trois lignes (i) comme un homme répandu dans le monde.

Il u*a pas tardé à s'ennuyer à Paris. Si son .' âge est curieux, ce n'est guère de cette curiosité qu'une grande ville peut long-temps ali* j menter. Il est moins curieux d'une médaille , i que d^un château ruiné dans les hois : quoi- 1 qu'il ait des manières agréaliles , il laissera le cercle le mieux composé pour une £>rét bien giboyeuse; et, malgré son goût naissant pour les arts , il quittera volontiers un soleil levant ; de Vérnet pour une belle matinée, et le pay- I sage le plus vrai de Hue, pour les vallous de Bièvre ou de Montmorency.

Vous êtes pressé de savoii' où nous avons été, ce qui nous est arrivé. D'abord il ne nous est rien arrivé : pour le reste, vous le verrez, mais pas encore; j'aime les écarts. Savez-vous qu il serait très-possible qu'un jour il aimât Paris , quoique maintenant il ne puisse en convenir. C'est possible, dites-vous assez fi-oi-

(i) Relatif à des lettres supprimées.

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dément, et vous ■Voulez poursiiÎTre ; mais je TOUS arrête , je veux (jue tous eu'SOjez con- Taincu. ■ >

' - II n'est pas naturel àun jeane homme qui sent beaucoup d'aimerune capitale* attendu qu'une -capitale n'est pas absolument naturelle ji l*bominet U lui feùt un air ptir , un beau ciel , une raete c^apagne ouverteaux courset, aU3( décoiÎT-ertes , àla chassé, à la liberté. La paix laborieuse des fermes et des bois lUÎ plaît mîeuxque la turbulente mollesse de nos priffons. Lé» peuples chasseurs né eonçoîveiit pas qu'un homme libre puisse se courber au tra'- Tail de la guerre : pour lui , il ne TOÎt psié comment un homme peut' s'enfèl'm^ ^lïs une Tille, et encore moins comibent il aifiiet^ iuiméme -un jour ce qui le cAioque tnaintenalit. Le temps Tiendra néanmoins où. la plus bciBe campagne, quoique tonjMirs belle à se» yëu^', lui. sera comme étrangère. Un nouTel, otdre «l^idëes absbrbei-a son attention; d'autres senisatimiBAe mettront naturellement à là place de I celles qui lui étaient seules naturelles. Quand 1 le sentiment des choses factices lui sera aussi

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&milier que celui des chose* simples , celui-ci ' s'effacera insensiblement dans son cœur : ce 1 n'est pas parce quele premier lui plaira |dus, ; mais parce qu'il l'agitera davantage. Les relations de l'homme à , l'homme excitent toutes nos passions; elles sont -accompagnées de tant de trouble , elles nous' maiittiennent dans une agitation si continue, que lé repos aj^M-ès elles nou$ accable, comme le silence de ces déserts nus où il n'y a ni variété ni mouvenient, rien à chercher, rien à espérer. Les soins et le sentiment de là vie rustique animent l'ame sans rin<jiiiéter; ils la rendent heureuse : les solli- . citudes de la vie sociale l'agitent, Tentralneilt, , l'exaltent, la pressent de toute part; ils l'asservissent. Ainsi le gros-jeu relient l'homme en lé fittigant; sa funeste habitude lui rend ' nécessaires ces alternatives d'espoir et de crainte qui le passionnent et le consument.

Il faut que je revienne à ce que je dois vou$ dire : cependant comptez que je ne manquerai pas de m'interrompre eiacore; j'ai, d'excellentes, dispositions à raisonner mal à propos.

Nous résolûmes d'aller à pied : cette malï. * 4

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aiére ïui conruit' fort , mats beareasement elle ne fut point an go&t de sos domeattqUe : alors, pour n'avoir pas arec nous un mécontent qui eût suÎTi de ntamaise grâce nos- ar-~ rongemens ti«»~simples-, je tronrai quelques caounisûoiM à Ini donner i Paris, etBoos ly laâssftmes, ce qui ne lui plut pas darantage... . Je suis bien aisèdje m' arrêter à tous dire que tes; valets aiment la dépense, lia en paitagent les coiuniodités et les avantages , ils n'en ont pas les inquiétudes : ils n^ea jouissent pas non plus assez directement pour en être comme rassasiés , et pom- n'y plus mettre de prix.

Comment donc ne ^aimeraien^iis point ? ils ont trouvé le secret de la- foire servir k leur Ttuité. Quand la voiture du maître est la f^ua belle de la ville , il est clair que le laquais est un être d'une certaine importance : s'il a l'hi»meur modeste, au moins ne peut-il se refusra* au plaisir d'être le premier laquais du quartier. J'en sais un qui a été entaidu , disant : Un domestique peut tirer vanité de servir un - maître ricbe, puisqu'on noble met son hcmneur à s^rir un gi'and roi , puisqu'il dit, avec

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un à plaisant oi^ueii , le rot mon maitre. Cet homne acura lu dans l'antiuianibre , et il se perdra.

Je |»Î8 tout simplement, dans Les çpmmii- ' sÙMinaires , un homme dont on me répondit. / Il porta le peu de ^n^ et d'effeËs nécessaires ; il nous fut cMnmode en beaucoup de choses , | et ne nous géaa. poiïr aucune. Il parut trèscontent de se promener sans &tigue à la suite de'gem qui le nourrissaient bien, et le traitaient encore mieux. : et nous ne fûmes pas &cbés,dans une course de ce genre , d'avoir à notre dispositùm un hcrmœe avec qui on pou- ' vait quitter , sans se coospromettre , le ton des maîtres. C'était an compagnon de voyagie fort ' serviable , fort discret; mais qui enfin osait quelquefois marcher àcôiéde nous, et même ' nous parler de sa curiosité et de ses remarques, : s^os que nous fussions obligés de le contenir | dans le silence , et de lerenvoyer derrière avec > un demi-regard d'une certaine dignit^.

Nous partîmes le i4 septembre; ilÊtisait un beau temps d'automne, et nous leûmes avec peu d'interruptioU pendant toute

uotre course. Ciel calme, soleil iaible et souvent caché, matinées de brouillards, belles soirées , terre humide et chemins propres ; le temps enfin le plus favorable, et partout beaucoup de fruits. Nous étions bien portans, d'assez bonne humeur: lui, avide de voir,, et tout prêt à admirer; moi, assez' content de prendre de l'exercice, et surtout d'aller au hasard. Quant à l'argent, beaucoup de personnages de roman n'en ont pas besoin ; ijs vont toujours leur train, ils font leurs affaires, ils vivent partout saps qu'on sache comment ils en ont , et souvent quoiqu'on voie qu'ils n'en doivent pas avoir : ce privilège est beau; mais il se trouve des aubergistes qui ne sont pas au fait , et nous crûmes à propos d'en emporter .- Ainsi il ne manqua rien , à l'un pour s'amuser beaucoup, à l'autre pour &ire avec lui une tournée agréable; et plusieurs pauvres iiirent justement surpris de ce que des gens qui dé~ pensaient un peu d'or pour leur plaisir, trouvaient quelques sous pour les besoins du misérable.

^uivez-uons sur un plan des environs de Pa-

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ris. Imaginez un cercle dont le centre soit le beau pont de Neuilly près de Paris, vers le couchant d'été. Ce cercle est coupé deux fois par la Seine et une fois par la Marne. Laissez la petite portion comprise entre la Marne et la petite rivière de Bièvre : prenez seulement le grand contour qui commence à la Marne-, qui coupe la Seine au-dessous de Paris , et qui finit à Antony sur la Bièvre : tous aurez à^u près la trace que nous avons suiviç pour visiter, sans nous éloigner beaucoup , les sites les plus boisés, les plus jolis ou les plus passables d'une contrée qui n'est point belle, mais qui est assez agréable et assez variée. . . . .

Yoîlà vingt jours assez bien passés, et qui n'ont coûté qu'à peu près onze louis. Si nous eussions &it cette course d'une manière en apparence plus commode, nous eussions été assujettis et souvent contrariés ; nous eussions dépensé beaucoup plus, et certainement elle nouseùtdonné moins d'amusement etde bonne humeur.

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Un inoODVénient encore plus grand dans des diosee de oe genre , ce serait d'y porter une économie trpp contrainte. S^l faut craindre à chaque aubère le moment où la carte paraîtra, et s'arran^r, en demandant à dîner-, de mani^v k dépenser le moins possible , il vaut beaucoup mieux ne pas sortir de cbez 6<w.

,Tout [Saisir où l'on ne porte pas quelqu'aî- «an^ et une certaine liberté, cesse d'en être un. Il ne devient pas seulement indifférent , mais désagréable ; il donnait un espoir qu'il n'a pu, remplir ; il n'est pas ce qu'il devait être ; et , quelque peu de soins ou d'argent qu'il ait coûtéjc'estaumoituunsacrificeen pure perte.

\ . Dans le peu que )e connais en France, Ches- :' sel et Fontainebleau sont les seuls endroits où j je consentirais rolonders à me fixer, etChes^ I sel leseul où je désirerais Tivre. Vous m'y Ter> rez bientôt.

Je TOUS avais déjà dit queles troubles et les bouleaux de Cbessel n'étaient pas comme d'au-

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très trembles et d'autres bouleaux : les chfttaiguîei-s et les étangs et le bateau n'y sont pas. coxnmeaiUeurs.Lecield'automneest là comme le ciel de la patrie. Ce raUiu- muscat, ces reineslaarguerîtes d'une coulew pAle que tous n'aimiez point, et que maintenant n,ous aimons ensemble, et Todeurdu foin deCbessel, dans ' cette belle grange où nous sautions quand j'étais enfant! Quel foin! quels fromages à la / crème! les belles vaches! Comme les marrons, en sortant du sac, rOulent agréableu^ent sur le plancher au-dessus de mon cabinet! Il senUile qtie ce soit un bruit de la jeunesse. Mais sojez-y.

Mon ami, il n*ja plus de bonheur. Vous ayee des affaires ; vous avez un état : votre raison ' mârit;' votre cœur ne change pas, mais le mien [ se serre. Kous n'avez jdus le temps de mettre r les marrons sous la cendre , il faut qu'on vous \ les prépare; qu'avez-vous fait de nos plaisirs? '

J'y serai dans six jours : cela est décidé.

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tElTRE LUI.

Fribourg", ii mars, humèDieaiuiée..

Je ue vois pas commeu^ j'aurais pu faire si cet héritagenefutpoÎDt venu: je ne l'attendais assurément pas ; et cependant, j'étais plus fatigué du présent , que je n'étais inquiet de l'avenir. Dans l'ennui d'être seul, je trouvais du moins l'avantage de la sécurité. Je ne songeais guère k la. crainte de manquer du nécessaire; etmain tenant que je.n'ai cette crainte d'aucune manière , je sens quel vide c'est pour un cœur sans passions que de n'avoii^ point d'iieui^eux à faire , et de ne' vivre qn'avec des étrangers , quand on a enfin ce qu'il faut pour une vie aisée.

(ij Frcyburg, ville Ae franchises.

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Il était temps que je partisse : j'étais bien à

^ la fois et fort mal. . J'avais l'usage de ces biens que tant de gens cherchent sans les connaître , et que plusieurs conda^^lént par dépit, dont la privation serait pénibledansla société, maïs dont la possession donne peu de jouissances.

Je ne suis point de ceux qui comptent l'opulenice pour rien. Sans être chez moi, .$ans rien posséder, sans dépendance comme sans embarras , j'avais ce qui me convenait assez dans une ville commeLj-on,unlo§ementdécent, des che^ vaux , et une table où je pouvais recevoii' des. . . des amis. Une autre manière-de vivre m'eût ennuyé davantage dans une grande ville, mais celle-là ne me sa tisiaisaitpas.EUepourait tromper si on en partageait la jouissance avec quel-

. qu'un qui y trouvât du plaisir; mais je suis destiné k être toujours comncie si je n'étais pas.

Nous le disions souvent : un homme raisonnablen'estp^ordinairement malheureux lorsqu'il est libre , et qu'il a un peu de ce pouvoir que donne l'argent. Cependant me voici dans

' la Suisse , sans plaisir , rempli d'ennui , et ne

sachiLii t quelle résolutiou prendre . Je n'ai point de famille ; je ne tien» k rien ici ; tous n'y viendrez point : je Buis bien isol^. J'ai quelque espoir confus que cela ne subsistera pas ainsi. Fdisque je peux me fixer enfin, il&ut songer à le &ire : le réste Tiendra peut-être. '

Il tombe encore de la neige ; j'attendrai à ^ Fribonrg que la saison soit plus aTancée. Vous ; savez que le domestique que j'ai emmené est ■ d'ici. Sa mère est très-malade, et u'a pas d'aube enfant que lui : c'est à Frîboui^ qu'elle demeure; elle aura la consolation de l'avoir / auprès d'elle ; et, pour un mois environ» je suis aussi bien ici qu'ailleurs^

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