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me semble A B

LETTRE XLVIII

! 85 superbe et si avide d'empire, d'espérances et de durée, ! sont-elles plus vastes que les deux réfléchis sur la surface d'un peu d'eau de pluie qui s'évapore au premier vent ? Le* métal que l'art a poli reçoit l'image d'une partie de l'univers ; nous la recevons comme lui. — Mais il n'a 90 pas le sentiment de ce contact. — Ce sentiment a quelque chose d'étonnant, qu'il nous plaît d'appeler divin. Et ce chien qui vous suit, n'a-t-il pas le sentiment des forêts, des piqueurs et du fusil, dont son œil reçoit l'empreinte en répercutant les figures ? Cependant, après avoir 95 poursuivi quelques lièvres, léché la main de ses maîtres et déterré quelques taupes, il meurt ; vous l'abandonnez aux corbeaux, dont l'instinct perçoit les propriétés des cadavres, et vous avouez qu'il n'a plus ce sentiment.

loo Ces* conceptions, dont l'immensité surprend notre faiblesse, et remplit d'enthousiasme nos cœurs bornés, sont peut-être moins pour la nature que le | plus imparfait [265] des miroirs pour l'industrie humaine : et pourtant l'homme le brise sans regret. Dites* qu'il est afl:reux à

105 notre âme avide de n'avoir qu'une existence accidentelle ; dites qu'il est sublime d'espérer la réunion au principe de l'ordre impérissable : n'affirmez rien de plus.

L'homme* qui travaille à s'élever est comme ces ombres du soir qui s'étendent pendant une heure [,] qui deviennent

iio plus vastes que leurs causes, qui semblent grandir en s'épuisant, et qu'une seconde fait disparaître.

Et moi* aussi [,] j'ai des momens d'oubli, de force, de grandeur : j'ai des besoins démesurés; sepuîchri imiuemor ! Mais je vois les monumens des générations effacées ; je

II) vois le caillou soumis à la main de l'homme, et qui exis-

91. d'étonnant, qui (faute d*impresston) A — 94. en en répercutant A B.

tera cent siècles après lui. J'abandonne les soins de ce qui passe, et ces pensées du présent déjà perdu. Je m'arrête étonné ; j'écoute ce qui subsiste encore ; je voudrais entendre ce qui subsistera : -fe cherche dans le mouve- I20 ment de la forêt, dans le bruit des pins, quelques-uns des accens de la langue éternelle.

Force vivante ! Dieu du monde ! J'admire ton œuvre, si l'homme doit rester ; et j'en suis atterré, s'il ne reste pas.

LETTRE XLIX. [266'

Méterville, 14 septembre, VI..

Ainsi parce que je n'ai point d'horreur pour vos dogmes, je serais près de les révérer ! Je pense que c'est tout le 5 contraire. Vous avez, je crois, projeté de me convertir. Dites-moi, me savez-vous quelque intérêt à ne pas admettre vos opinions religieuses ? Si je n'ai contre elles ni intérêt, ni partialité, ni passion, ni éloignement même, quelle prise auront-elles pour s'introduire dans une tête 10 sans systèmes et dans un cœur que le remords ne leur préparera jamais ?

C'est V intérêt des passions qui empêche d'être chrétien. Je dirais volontiers que voilà un argument bien misérable. Je vous parle en ennemi : nous sommes en état de guerre, 15 vous en voulez un peu à ma liberté. Si vous accusez les non crédules de n'avoir pas la conscience pure, j'accuserai les crédules de n'avoir pas un zèle sincère. Il résul-

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