ainsi ; car je A B
LETTRE L
Ma manière de penser Ki-dessus ne pouvait guère 80 résulter que de ce que j'éprouve personnellement ; je n'étudie pas, je ne fais pas d'observations systématiques, et j'en serais assez peu capable. Je réfléchis par occasion ; je me rappelle ce que j'ai senti. Quand cela me conduit à examiner ce que je ne sais pas par moi-même, c'est du 85 moins en cherchant mes données dans ce qui m'est connu avec plus de certitude, c'est-à-dire, dans moi : ces données n'ayant rien de supposé ou de paradoxal, servent à me découvrir plusieurs choses dans ce qui leur est analogue ou opposé. I
90 Je sais qu'avec le vulgaire des hommes il y a des incon- [274] véniens à ce que gâte la bêtise de leurs idées, la brutalité de leurs sensations, et une fade suffisance abusant de tout ce qui n'avertit pas que l'on sera réprimé. Je ne dis point que les femmes dont la mise paraît trop libre soient tout-
95 à-fait exemptes de blâme : celles d'entre elles qui n'en méritent pas un autre, oublient du moins qu'on vit parmi la foule, et cet oubli est une imprudence. Mais ce n'est point d'elles qu'il s'agit; je parle de la sensation que la légèreté de leurs vêtemens peut faire sur des hommes de
100 différens caractères.
Je cherche pourquoi des hommes qui se permettent tout, et qui, loin de respecter ce qu'ils appellent pudeur, montrent jusque dans leurs discours qu'ils ne connaissent pas même les lois du goût, pourquoi des hommes qui ne
105 raisonnent point leur conduite, et qui s'abandonnent aux fantaisies de l'instant présent, s'avisent de trouver de l'indécence à des choses où je n'en sens pas, et où la réflexion même ne blâmerait que l'inconvenance du
81. systématiques; j'en A B — 87. ou d'hypothétique A B — 92, et la fade suffisance qui abuse de A B — 107. sens point A B.
moment. Comment en trouvent-ils à des choses qui par
iio elles-mêmes, et lorsqu'elles ne sont point déplacées, paraissent toutes simples à d'autres, et qui plairaient même à ceux qui aiment une pudeur réelle, et non l'hypocrisie ou la superstition de la pudeur.
C'est une erreur funeste de mettre aux mots et à la
115 partie extérieure des choses une importance si grande : il
suffira d'être familiarisé avec ces fan | tomes par quelque [275 habitude, même légitime, pour cesser d'en mettre aux choses elles-mêmes.
Lorsqu'une dévote qui ne pouvait à seize ans souffrir
120 qu'on l'embrassât dans des jeux de société, qui, mariée à vingt-deux, n'envisageait qu'avec horreur la première nuit, reçoit à vingt-quatre son directeur dans ses bras, je ne crois pas que ce soit tout-à-fait hypocrisie de sa part. J'y vois beaucoup plus la sottise des préceptes qui lui
125 furent donnés. Il peut y avoir chez elle de la mauvaise foi, d'autant plus qu'une morale fausse altère toujours la cande^r de l'âme, et qu'une longue contrainte inspire le déguisement et la duplicité. Mais s'il y en a dans son cœur, il y a bien plus encore d'ineptie dans sa tête. On
130 lui a rendu l'esprit faux, on l'a retenue sans cesse dans la terreur des devoirs chimériques ; on ne lui a pas donné le moindre sentiment des devoirs réels. Au lieu de lui montrer la véritable fin des choses, on l'a habituée à tout rapporter à une fin imaginaire. Les rapports ne sont plus
13$ sensibles ; les proportions deviennent arbitraires ; les causes, les effets sont comptés pour rien ; les convenances des choses sont impossibles à découvrir. Elle n'imagine pas même qu'il puisse exister une raison du mal et du bien, hors de la règle qu'on lui a imposée, et