‹ Obermann;Chapitre 13 sur 121 · l'hypocrisie et la R · texte numérisé non relu

l'hypocrisie et la R

LETTRE L

140 dans d'autres rapports que les relations obscures entre ses habitudes les plus secrètes, et la volonté impénétrable des intelligences qui veulent toujours autrement que l'homme. |

On lui a dit : Fermez les yeux, puis marchez droit

145 devant vous, c'est le chemin du bonheur et de la gloire; c'est le seul ; la perte, l'horreur, les abîmes, l'éternelle damnation, remplissent tout le reste de l'espace. Elle va donc aveuglément, et elle s'égare en suivant une ligne oblique. Cela devait arriver. Si vous marchiez les yeux

150 fermés dans un espace ouvert de toutes parts, vous ne retrouveriez point votre première direction, lorsqu'une fois vous l'auriez perdue, et souvent même vous ne sauriez pas que vous la perdez. Si donc elle ne s'aperçoit point de son erreur, elle se détourne toujours davantage,

155 elle se perd avec confiance. Si elle s'en aperçoit, elle se trouble et s'abandonne : elle ne connaît pas de proportions dans le mal ; elle croit n'avoir plus rien à perdre dès qu'elle a perdu cette première innocence, qu'elle estimait seule et qu'elle ne saurait retrouver.

160 On a vu des filles simples se maintenir avec ignorance dans la sagesse la plus sévère, et avoir horreur d'un baiser comme d'un sacrilège ; mais s'il est obtenu, elles pensent qu'il n'y plus rien à conserver, et se livrent uniquement parce qu'elles se croient déjà livrées. On ne leur avait

165 jamais dit les conséquences plus ou moins grandes des diverses choses. On avait voulu les préserver seulement contre le premier pas, comme si l'on eût eu la certitude que ce premier pas ne serait jamais franchi, ou que l'on serait toujours là pour les retenir ensuite. |

170 La dévote dont je parlais n'évitait pas des imprudences, [277]

ISO. toute part A B — 156. s'abandonne, car elle A — 167. on eût la (Jatite d'impression) B.

mais elle redoutait un fantôme. Il s'ensuivra naturellement que lorsqu'on lui aura dit à l'autel de coucher avec son mari, elle l'égratignera les premiers jours, et quelque temps après couchera avec un autre qui lui parlera du

75 salut et des mortifications de la chair. Elle était effrayée quand on lui baisait la main, mais c'était par instinct ; elle s'y fait, et ne l'est plus quand on jouit d'elle. C'était son ambition d'être placée au ciel parmi les vierges ; mais elle n'est plus vierge ; cela est irrémédiable, que lui

80 importe le reste ? Elle devait tout à un époux céleste, et à l'exemple que la Vierge donna. Maintenant elle n'est plus la suivante de la Vierge, elle n'est plus épouse céleste ; un homme l'a possédée, si un autre homme la possède aussi, quel grand changement cela fera-t-il ? Les

8s droits d'un mari font très-peu d'impression sur elle ; elle n'a jamais réfléchi à des choses si mondaines ; il est trèspossible même qu'elle les ignore, et il est très-certa-in du moins qu'elle n'en est pas frappée, parce qu'elle n'en sent pas la raison.

90 A la vérité, elle a reçu l'ordre d'être fidèle ; mais c'est un mot dont l'impression a passé, parce qu'il appartenait à un ordre de choses sur lequel elle n'arrête pas ses idées, sur lequel elle rougirait de s'entretenir avec ellemême. Dès qu'elle a couché avec un homme, ce qui 95 l'embarrassait le plus est fait ; et s'il arrive qu'en l'absence de son mari, un homme plus saint que lui ait l'adresse de ré | pondre à ses scrupules dans un moment de désirs ou de besoins, elle cédera comme elle a cédé en se mariant ; elle jouira avec moins de terreur que lors de ses 200 premières jouissances, parce que c'est une chose qui n'est

180. à Jésus^ son époux A B — j8i. la Sainte-Vierge A B — » 193. avec elle. (La suppression de même est-elle voulue ?) B.

LETTRE L

plus nouvelle, et qui fait un moins grand changement dans son état. Comme elle ne s'inquiète point d'une prudence terrestre, comme elle aurait horreur de porter des précautions dans le péché, de l'attention et de la réflexion

205 dans un acte qu'elle permet à ses sens, mais dont son âme écarte la souillure, il arrivera encore qu'elle sera enceinte, et que souvent elle ignorera ou doutera si son mari est le père de l'enfant dont elle le charge. Si même elle le sait, elle aimera mieux le laisser dans l'erreur,

210 pourvu qu'elle ne prononce pas un mensonge, que de l'exposer à se mettre dans une colère qui offenserait le ciel, que de s'exposer elle-même à médire du prochain, en nommant son séducteur.

Il est très-vrai que la religion, mieux entendue, ne lui

215 permettrait pas une pareille conduite, et je ne parle ici contre aucune religion. La* morale, bien conçue par tous, ferait les hommes très-justes, et dès lors très-bons et très-heureux. La religion, qui est la morale moins raisonnée, moins prouvée, moins persuadée par les raisons

220 directes des choses, mais soutenue par ce qui étonne, mais affermie, mais nécessitée par une sanction divine ; la religion, bien entendue, ferait les hommes parfaitement purs. Si je parle d'une dévote, c'est | parce que l'erreur [279] morale n'est nulle part plus grande et plus éloignée des

225 vrais besoins du cœur humain que dans les erreurs des dévots. J'admire la religion telle qu'elle devrait être ; je l'admire comme un grand ouvrage. Je * n'aime point qu'en s'élevant contre les religions on nie leur beauté, et l'on méconnaisse ou désavoue le bien qu'elles étaient

250 destinées à faire. Ces hommes ont tort : le bien qui est fait en est-il moins un bien, pour être fait d'une manière

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