sa lumière A B
geux, et tout commandera ses plaisirs quand la nuit sera
190 douce, quand la lune embellira la nuit, quand la volupté sera dans les ombres et la lumière, dans la solitude, dans les airs et les eaux et la nuit.
Heureux délire ! seul moment resté à l'homme. Cette fleur rare, isolée, passagère sous le ciel nébuleux, sans
195 abri, battue des vents, fatiguée par les orages, languit et meurt sans s'épanouir : le froid de l'air, une vapeur, un souffle font avorter l'espoir dans son bouton flétri. On passe au-delà, on espère encore, on se hâte; plus loin, sur un sol aussi stérile, on en voit qui seront précaires,
200 douteuses, instantanées comme elle, et qui comme elle périront inutiles. Heureux celui qui possède ce que l'homme doit chercher, et qui jouit de tout ce que l'homme doit sentir ! Heureux encore, dit-on, celui qui ne cherche rien, ne sent rien, n'a besoin de rien, et pour
205 qui exister, c'est vivre !
Ce n'est pas seulement une erreur triste et farouche, mais une erreur très-funeste, de condamner ce plaisir vrai, nécessaire, qui, toujours attendu, toujours renaissant, indépendant des saisons et prolongé sur la plus belle
210 partie de nos jours, forme le lien le plus énergique et le plus séduisant des sociétés humaines. C'est une sagesse bien singulière, qu'une sagesse contraire à l'ordre naturel» Toute faculté, toute énergie est une perfection i. Il est
I . Quelques-uns vantent leur froideur comme le calme de la sagesse ; il en est qui prétendent au stérile bonheur d'être inaccessibles : c'est l'aveugle qui se croit mieux organisé que le commun des hommes, parce que la cécité lui évite des distractions.