‹ Obermann;Chapitre 40 sur 121 · qui.... rend A B · texte numérisé non relu

qui.... rend A B

et d'injustice et d'excès, lorsqu'elle est amenée par les convenances naturelles, et possédée selon les désirs d'une organisation délicate.

440 L'hypocrisie de l'amour est un des fléaux de la société. Pourquoi l'amour sortirait-il de la loi commune ? pourquoi n'être pas en cela, comme dans tout le reste, juste et sincère ? Celui-là seul est certainement éloigné de tout mal, qui cherche avec naïveté ce qui peut le faire jouir

445 sans remords. Toute vertu imaginaire ou accidentelle m'est suspecte ; quand je la vois sortir orgueilleusement de sa base erronée, je cherche, et je découvre une laideur interne sous le costume des préjugés, sous le masque fragile de la dissimulation.

450 Permettez, autorisez des plaisirs, afin que l'on ait des vertus ; montrez la raison des lois, afin qu'on les vénère; invitez à jouir, afin d'être écouté quand vous commandez de souffrir. Elevez l'âme par le sentiment des voluptés naturelles ; vous la rendrez forte et grande, elle respec-

455 tera les privations légitimes ; elle en jouira même dans la conviction de leur utilité sociale. Je veux que l'homme use librement de ses facultés, quand elles n'attaquent point d'autres droits. Je veux qu'il jouisse, afin d'être bon ; qu'il soit animé par le plaisir, mais dirigé par

460 l'équité visible ; que sa vie soit juste, heureuse et même voluptueuse. J'aime que celui qui pense raisonne ses devoirs ; je fais peu de cas d'une femme qui n'est retenue dans les siens que par une sorte de terreur superstitieuse pour I tout ce qui appartient à des jouissances dont

465 elle n'oserait s'avouer le désir.

J'aime qu'on se dise : Ceci est-il mal, et pourquoi l'estil ? S'il l'est, on se l'interdit ; s'il ne l'est point, on en jouit avec un choix sévère, avec la prudence qui est l'art

LETTRE LXIII

d'y trouver une volupté plus grande ; mais sans autre

470 réserve, sans honte, sans déguisement ^

La vraie pudeur doit seule contenir la volupté. La pudeur est une perception exquise, une partie de la sensibilité parfaite ; c'est la grâce des sens, et le charme de l'amour. Elle évite tout ce que nos organes repoussent ;

475 elle permet ce qu'ils désirent ; elle sépare ce que la nature a laissé à notre intelligence le soin de séparer ; et c'est principalement l'oubli de cette réserve voluptueuse qui éteint l'amour dans l'indiscrète liberté du mariage

1. Vraisemblablement on objectera que le vulgaire est incapable de chercher ainsi la raison de ses devoirs, et surtout de le faire sans partialité. Mais cette difficulté n'est pas très grande en elle-même, et n'existe guère que dans la confusion présente de

5 la morale. D'ailleurs, dans des institutions différentes des nôtres, il n'y aurait peut-être pas des esprits aussi instruits que parmi nous, mais il n'y aurait certainement pas une foule aussi stupide, et surtout aussi trompée.

2. Voici une partie de ce que j'ai retranché du texte. L'on trouvera peut-être que j'eusse dû le supprimer entièrement. Mais je réponds, pour cette circonstance-ci et pour d'autres, que l'on peut se permettre de parler aux hommes quand on n'a rien dans

5 sa pensée qu'on doive leur taire. Je suis responsable de ce que je publie. J'ose juger les devoirs : si jamais on peut me dire qu'il me soit arrivé de manquer, en ce genre, à des devoirs réels, non seulement je ne les jugerai plus, mais je renoncerai pour toujours au droit d'écrire.

10 « J'aurais peu de confiance dans une femme qui ne sentirait » pas la raison de ses devoirs, qui les suivrait strictement^

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