‹ Obermann;Chapitre 42 sur 121 · et je pense qu'on ne A B · texte numérisé non relu

et je pense qu'on ne A B

50 je n'ai pas d'autres besoins ; mais si je m'ennuie, j'aime du moins m'ennuyer avec mollesse.

Le thé est d'un grand secours pour s'ennuyer d'une manière calme. Entre les poisons un peu lents qui font les délices de l'homme, je crois que c'est un de ceux qui

55 conviennent le mieux à ses ennuis. Il donne une émotion faible et soutenue : comme elle est exempte des dégoûts du retour, elle dégénère en une habitude de paix et d'indifférence, en une faiblesse qui tranquillise le cœur que ses besoins fatigueraient, et nous débarrasse de

60 notre force malheureuse. J'en ai pris l'usage à Paris, puis à Lyon : mais ici, j'ai eu l'imprudence de le porter jusqu'à

■ l'excès. Ce qui me rassure, c'est que je vais avoir un domaine et des ouvriers, cela m'occupera et me retiendra. Je me fais beaucoup de mal maintenant ; mais

65 comptez sur moi, je vais devenir sage par nécessité.

Je m'aperçois, ou je crois m'apercevoir que le | chan- [347] gement qui s'est fait en moi a été beaucoup avancé par l'usage journalier du thé et du vin. Je pense que, toutes choses d'ailleurs égales, les buveurs d'eau conservent 70 bien plus long-temps la délicatesse des sensations, et en quelque sorte, leur première candeur. L'usage* des stimulans vieillit nos organes. Ces émotions outrées, et qui ne sont pas dans l'ordre des convenances naturelles entre nous et les choses, effacent les émotions

75 simples/et détruisent cette proportion pleine d'harmonie qui nous rendait sensibles à tous les rapports extérieurs, quand nous n'avions, pour ainsi dire, de sentimens que par eux.

Tel est le cœur humain ; le principe le plus essentiel 80 des lois pénales n'a pas d'autre fondement. Si on ôte

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