sa nature A B
Note. 6. nouveau. Rêv. A.
LETTRE LXIV
Je conviens qu'il serait plus à propos de raisonner [350] moins sur l'usage du thé, et d'en cesser l'excès ; mais dès
i?5 qu'on a quelque habitude de ces sortes de choses, on ne sait plus où s'arrêter. S'il est difficile de quitter une telle habitude, il ne Test pas moins peut-être de la régler, à moins que l'on ne puisse également régler toute sa manière de vivre. Je ne sais comment avoir beaucoup
140 d'ordre dans une chose, quand il m'est interdit d'en avoir dans le reste ; comment mettre de la suite dans ma conduite, quand je n'ai aucun espoir d'en avoir une qui soit constante, et qui s'accorde avec mes autres habitudes. C'est encore ainsi que je ne sais rien faire
145 sans moyens : plusieurs hommes ont cet art de créer des moyens, ou de faire beaucoup avec très-peu. Pour moi, je saurais peut-être employer mes moyens avec ordre et utilité ; mais le premier pas demande un autre art, et cet art, je ne l'ai point. Je crois que ce défaut
150 vient de ce qu'il m'est impossible de voir les choses autrement que dans toute leur étendue, celle du moins que je puis saisir. Je veux donc que leurs principales
pas un allégement pour des individus, et même pour un corps de peuple, que cette activité valeureuse et spirituelle, qui voit
10 dans le mal le plaisir de le souffrir gaiement, et dans le désordre le côté burlesque que présentent toutes les choses de la vie. L'homme qui tient aux objets de ses désirs dit bien souvent : Que le monde est triste ! Celui qui ne prétend plus autre chose que de ne pas souffrir se dit : Que la vie est bizarre ! C'est déjà
15 trouver les choses moins malheureuses, que de les trouve^* comiques : c'est plus encore quand on s'amuse - de toutes les contrariétés qu'on éprouve, et quand, afin de mieux rire, on cherche les dangers. Pour les Français, s'ils ont jamais Naples, ils bâtiront une salle de bal dans le cratère du Vésuve.
convenances soient toutes observées ; et le sentiment de l'ordre, poussé peut-être trop loin, ou du moins trop
155 exclusif, ne me permet de rien faire, de rien conduire dans le désordre. J'aime mieux m'abandonner que de faire ce que je ne saurais bien faire. | 11 y a des hommes qui, sans rien avoir, établissent leur ménage ; ils empruntent, ils font valoir, ils s'intriguent, ils paieront quand ils
160 pourront : en attendant, ils vivent et dorment tranquilles, quelquefois même ils réussissent. Je n'aurais pu me résoudre à une vie si précaire ; et quand j'aurais voulu m'y hasarder, je n'aurais pas eu les talens nécessaires. Cependant celui qui, avec cette industrie, réussit à faire
165 subsister sa famille, sans s'avilir et sans manquer à ses engagemens, est sans doute un homme louable. Pour moi, je ne serais guère capable que de me résoudre à manquer de tout, comme si c'était une loi de la nécessité. Je chercherai toujours à employer le mieux possible des
170 moyens suffisans, ou à rendre tels, par mes privations personnelles, ceux qui ne le seraient pas sans cela. Je ferais jour et nuit des choses convenables, réglées et assurées, pour donner le nécessaire à un ami, à un enfant ; mais entreprendre dans l'incertitude, mais
175 rendre suffisans, à force d'industrie hasardée, des moyens très-insuffisans par eux-mêmes, c'est ce que je ne saurais espérer de moi.
Il résulte d'une telle disposition ce grand inconvénient, que je ne puis vivre bien, sagement, et dans
180 l'ordre, ni même suivre mes goûts, ou songer à mes besoins, qu'avec des facultés à peu près certaines ; et que si je suis peut-être au nombre des hommes capables d'user bien de ce qu'on appelle une grande fortune, ou même