faire et de A B
LETTRE LXIV
d'une médiocrité | facile, je suis aussi du nombre de [352]
185 ceux qui, dans le dénuement, se trouvent sans ressources et ne savent faire autre chose que d'éviter la misère, le ridicule ou la bassesse, quand le sort ne les place pas lui-même au-dessus du besoin.
La* prospérité est plus difficile à soutenir que l'adver-
190 sité, dit-on généralement. Mais c'est le contraire pour l'homme qui n'est pas soumis à des passions positives, qui aime à faire bien ce qu'il fait, qui a pour premier besoin celui de l'ordre, et qui considère plutôt l'ensemble des choses que leurs détails.
195 L'adversité convient à un homme ferme et un peu enthousiaste, dont l'âme s'attache à une vertu austère, et dont heureusement l'esprit n'en voit pas l'incertitude^ Mais l'adversité est bien triste, bien décourageante pour celui qui n'y trouve rien à son usage, parce qu'il vou-
200 drait faire bien, et que pour faire il faut pouvoir, parce qu'il voudrait être utile, et que le malheureux trouve peu d'occasions de l'être. N'étant pas soutenu par le noble fanatisme d'Épictète, il sait bien résister au malheur, mais mal à une vie malheureuse, dont il se
205 rebute enfin, sentant qu'il y perd tout son être.
L'homme religieux, et surtout celui qui est certain d'un Dieu rémunérateur, a un grand avantage : il est bien facile de supporter le mal quand le mal est le plus grand bien que l'on puisse éprou | ver. J'avoue que je ne sau- [3 5 3]
210 rais voir ce qu'il y a d'étonnant dans la vertu d'un homme
I. L'homme de bien est inébranlable dans sa vertu sévère ; l'homme à systèmes cherche souvent des vertus austères.