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LETTRE LXV

. comme assujetti à tous ces besoins convenus dont il est difficile de marquer le terme, et qui entraînent si loin de 85 l'ordre réel, qu'on voit des gens ayant cent mille livres de revenu, craindre une dépense de vingt francs.

On ne s'arrête pas assez à ce qu'éprouve une femme qui se traîne sur une route avec son enfant, qui manque de pain pour elle et pour lui-même, et qui enfin trouve 90 ou reçoit une pièce de six sous. Alors elle entre avec confiance dans une maison où elle aura de la paille pour tous deux ; avant de se coucher, elle lui fait une panade, et dès qu'il dort, elle s'endort contente, laissant à la Providence les besoins du lendemain.

95 Que* de maux à prévenir, à réparer ! que de consolations à donner ! que de plaisirs à faire, qui sont là en quelque sorte, dans une bourse d'or, comme des germes cachés et oubliés, et qui n'attendent pour produire des fruits admirables que l'industrie d'un bon cœur ! Toute

100 une campagne est misérable et avilie : les besoins, l'inquiétude, le désor | dre ont flétri tous les cœurs ; tous [364] souffrent et s'irritent. L'humeur, les divisions, les maladies, la mauvaise nourriture, l'éducation brutale, les habitudes malheureuses, tout peut être changé. L'union,

105 l'ordre, la paix, la confiance peuvent être ramenés ; e^ l'espérance elle-même, et les mœurs heureuses ! Fécondité de l'argent !

Celui qui a pris un état, celui dont la vie peut être réglée, dont le revenu est toujours le même, qui est con-

iio tenu dans cela, est borné là, comme un homme l'est par les lois de sa nature ; l'héritier d'un petit patrimoine, un ministre de campagne, un rentier tranquille peuvent calculer ce qu'ils ont, fixer leur dépense annuelle, réduire

loi. désord- (faute d'impression) C — iio. et borné (Jauîe d'impression)

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leurs besoins personnels aux besoins absolus, et compter

11$ alors tous les sous qui leur restent comme des jouissances qui ne périront point. Il ne doit pas sortir de leurs mains une seule monnaie qui ne ramène la joie ou le repos dans le cœur d'un malheureux.

J'entre avec affection dans cette cuisine patriarcale, sous

I20 un toit simple, dans l'angle de la vallée. J'y vois des légumes que l'on apprête avec un peu de lait, parce qu'ils sont moins coûteux ainsi qu'avec le beurre. On y fait une soupe avec des herbes, parce que le bouillon gras a été porté à une demi-lieue de là chez un malade. Les plus

125 beaux fruits se vendent à la ville, et le produit sert à distribuer à chacune des femmes les moins aisées de l'endroit quelques bichets de farine de | maïs qu'on ne leur donne [365] pas comme une aumône, mais dont on leur montre à faire des gaudes et des galettes. Pour les fruits salubres et qui

130 ne sont pas d'un grand prix, tels que les cerises, les groseilles, le raisin commun, on les consomme avec autant de plaisir que ces belles poires ou ces pêches qui ne rafraîchiraient pas mieux, et dont on a tiré un bien meilleur parti .

13$ Dans la maison tout est propre, mais d'une simplicité rigoureuse. Si l'avarice ou la misère avaient fait cette loi, ce serait triste à voir, mais c'est l'économie de la bienfaisance. Ses privations raisonnées, sa sévérité volontaire, sont plus douces que toutes les recherches et l'abondance

140 d'une vie voluptueuse ; celles-ci deviennent des besoins dont on ne supporterait pas d'être privé, mais auxquels on ne trouve point de plaisir ; les premières donnent des jouissances toujours répétées, et qui nous laissent notre indépendance. Des étoffes de ménage fortes et peu salis-

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