Mosopogou (fonte d'impression) A
et enfin des sujets d'une monarchie tempérée dans ses formes extérieures.
LETTRE LXXI
Im., 3 août, VIII.
S'il* est une chose dans le spectacle du monde qui m'arrête quelquefois et quelquefois m'étonne, c'est cet être qui
5 nous paraît la fin de tant de moyens, et qui semble n'être le moyen d'aucune fin ; qui est tout sur la terre, et qui n'est rien pour elle, rien pour lui-même ^ ; qui cherche, qui com I bine, qui s'inquiète, qui réforme, et qui pourtant fait [397] toujours de la même manière des choses nouvelles, et avec
lo un espoir toujours nouveau des choses toujours les mêmes ; dont la nature est l'activité, ou plutôt l'inquiétude de l'activité ; qui s'agite pour trouver ce qu'il cherche, et s'agite bien plus lorsqu'il n'a rien à chercher ; qui dans ce qu'il a obtenu ne voit qu'un moyen pour obtenir
I. Il est probable que les autres parties de la nature seraient aussi obscures à nos yeux. Si nous trouvons dans l'homme plus de sujets de surprise, c'est que nous y voyons plus de choses. C'est surtout dans l'intérieur des êtres que nous rencontrons par- S tout les bornes de nos conceptions. Dans un objet qui nous est beaucoup connu, nous sentons que l'inconnu est lié au connu ; nous voyons que nous sommes près de concevoir le reste, et que pourtant nous ne le concevrons pas : ces bornes nous remplissent d'étonnement.
14. a atteint ne voit A B — 14-15 pour atteindre une AB. Note. I. est bien probable A B — 8. concevrons point A B.
LETTRE LXXII
15 une autre chose, et lorsqu'il jouit, ne trouve dans ce qu'il avait désiré qu'une force nouvelle pour s'avancer vers ce qu'il ne désirait pas ; qui aime mieux aspirer à ce qu'il craignait, que de ne plus rien attendre ; dont le plus grand malheur serait de n'avoir à souffrir de rien ; que
20 les obstacles enivrent, que les plaisirs accablent, qui ne s'attache au repos que quand il l'a perdu ; et qui, toujours emporté d'illusions en illusions, n'a pas, ne peut pas avoir autre chose, et ne fait jamais que rêver la vie.
LETTRE LXXII
Im., 6 août, VIJI.
Je ne saurais être surpris que vos amis me blâment de m'étre confiné dans un endroit solitaire et ignoré. Je 5 devais m'y attendre, et je dois aussi con | venir avec eux [398] que mes goûts paraissent quelquefois en contradiction. Je pense cependant que cette opposition n'est qu'apparente, et n'existera qu'aux yeux de celui qui me croira un penchant décidé pour la campagne. Mais je n'aime pas exclu-
10 sivement ce qu'on appelle vivre à la campagne ; je n'ai pas non plus d'éloignement pour la ville. Je sais bien lequel des deux genres de vie je préfère naturellement, mais je serais embarrassé de dire lequel me convient tout-à-fait maintenant.
is A ne considérer que les lieux seulement, il existe peu de villes où il ne me fût désagréable de me fixer ; mais il n'y en a point peut-être que je ne préférasse à la cam-