‹ Obermann;Chapitre 78 sur 121 · I. Le mot Française est trop général · texte numérisé non relu

I. Le mot Française est trop général

85 a de beaux hommes, et plus particulièrement vers les montagnes, comme dans l'Hasli et le Haut- Valais, contient néanmoins une quantité remarquable de crétins, et surtout de demi-crétins goitreux, imbéciles, difformes. Beaucoup d'habitans, sans avoir des goitres, paraissent 90 attaqués de la même maladie que les goitreux. On peut attribuer ces gonflemens, ces en | gorgemens à des parties trop brutes de l'eau, et surtout de l'air, qui s'arrêtent, embarrassent les conduits, et semblent rapprocher la nutrition de l'homme de celle de la plante. La terre 95 y serait-elle assez travaillée pour les autres animaux, mais trop sauvage encore pour l'homme ?

Ne se pourrait-il point que les plaines couvertes d'un humus élaboré par une trituration perpétuelle donnassent à l'atmosphère des vapeurs plus assimilées aux besoins

100 de l'être très-organisé, et qu'il émanât des rochers, des fondrières et des eaux toujours dans l'ombre, des particules grossières, trop incultes en quelque sorte, et funestes à des organes délicats ? Le nitre des neiges subsistantes au milieu de l'été peut s'introduire trop facilement dans

105 nos pores ouverts. La neige produit des effets secrets et incontestables sur les nerfs, et sur les hommes attaqués de la goutte ou d'un rhumatisme ; un effet encore plus caché sur notre organisation entière n'est pas invraisemblable. Ainsi la nature qui mélange toutes choses aurait

iio compensé par des dangers inconnus les romantiques beautés des terres que l'homme n'a pas soumises.

85. de fort beaux A B — 85-86. dans le sein des montagnes A B — 87. quantité bien remarquable A B — 89. Beaucoup d'individus A B.

LETTRE LXXVÎII

LETTRE LXXVIII

Im., i6 juillet, IX.

Je suis tout-à-fait de votre avis, et même j'aurais dû moins attendre pour me décider à écrire. | Il y a quelque [420] 5 chose qui soutient l'âme dans ce commerce avec les êtres pensans des divers siècles. Imaginer que l'on pourra être à côté de Pythagore, de Plutarque ou d'Ossian, dans le cabinet d'un L** futur, c'est une illusion qui a de la grandeur, c'est un des plus nobles hochets de l'homme. Celui

10 qui a vu comme la larme est brûlante sur la joue du malheureux se met à rêver une idée plus séduisante encore : il croit qu'il pourra dire à l'homme d'une humeur chagrine le prix de la joie de son semblable ; qu'il pourra prévenir les gémissemens de la victime qu'on oublie ; qu'il pourra

15 rendre au cœur navré quelque énergie, en lui rappelant ces perceptions vastes ou consolantes qui égarent les uns ou soutiennent les autres.

On croit* voir que nos maux tiennent à peu de chose, et que le bien moral est dans la main de l'homme. On

20 suit des conséquences théoriques qui mènent à l'idée du bonheur universel ; on oublie cette force qui nous maintient dans l'état de confusion où se perd le genre humain; on se dit : Je combattrai les erreurs, je suivrai les résultats des principes naturels, je dirai des choses bonnes ou

25 qui pourront le devenir. Alors on se croit moins inutile, moins abandonné sur la terre : on réunit le songe des grandes choses à la paix d'une vie obscure, et on jouit

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