‹ Obermann;Chapitre 85 sur 121 · pauvres que ceux A B · texte numérisé non relu

pauvres que ceux A B

Note. 6. Lettre viii de Voyages à la A B.

LETTRE LXXX

confiance ? Si l'on objecte des considérations qui peuvent 85 arrêter la loi, c'est prouver davantage la nécessité d'éclairer l'opinion, de ne pas l'abandonner comme on l'a trop fait, d'en fixer les variations, et surtout de la faire assez respecter pour qu'elle puisse ce que n'osent pas nos lois irrésolues.

90 N'est-il plus besoin de dire à ces femmes pleines de sensibilité, d'intentions pures, de jeunesse et de candeur : Pourquoi livrer au premier fourbe tant d'avantages inestimables ? Ne voyez-vous pas dans ses lettres mêmes, au milieu du jargon romanesque de ses gauches sentimens, 95 des expressions dont une seule suffirait pour déceler la mince estime qu'il a pour vous, et la bassesse dans laquelle il se sent lui-même ? Il vous amuse, il vous entraîne, il vous joue ; il vous prépare la honte et l'abandon. Vous le sentiriez, vous le sauriez; mais par faiblesse, par indo-

100 lence peut-être, vous hasardez l'honneur de vos jours. Peut-être c'est pour l'amusement d'une nuit que vous corrompez votre vie entière. La loi ne l'atteindra pas ; il aura l'infâme liberté de rire de vous. Comment avez-vous pris ce misérable pour un homme ? Ne valait-il pas mieux

105 attendre et attendre encore? Quelle distance d'un homme à un homme ! Femmes aimables, ne senti | rez-vous pas ce que vous valez ? — Le besoin d'aimer ! — Il ne vous excuse pas. Le premier des besoins est celui de ne pas s'avilir, et les besoins du cœur doivent eux-mêmes vous

110 rendre indifférent quiconque n'a de l'homme autre chose que de n'être pas femme. — Ceux de l'âge ! — Si nos institutions morales sont dans l'enfance, si nous avons tout confondu, si notre raison va à tâtons, votre imprudence, moins impardonnable alors, n'est pas pour cela justifiée.

86. ne la pas abandonner A B — 87. fait, de surmonter son indolence, de fixer ses variations A B.

11$ Le nom de femme est grand pour nous, quand notre âme est pure. Apparemment le nom d'homme peut aussi imposer un peu à des cœurs jeunes; mais de quelque douceur que ces illusions s'environnent, ne vous y laissez pas trop surprendre. Si l'homme est l'ami naturel de la

120 femme, les femmes n'ont souvent pas de plus funeste ennemi. Tous les hommes ont les sens de leur sexe ; mais attendez celui qui en a l'âme. Que peut avoir de commun avec vous cet être qui n'a que des sens ' ?

« N'est-il pas arrivé plusieurs fois que le senti | ment [439] 125 du bonheur nous ait entraînés dans un abîme de maux, que nos désirs les plus naturels aient altéré notre nature, et que nous nous soyons avidement enivrés d'amertumes ? On a toute la candeur de la jeunesse, tous les désirs de l'inexpérience, les besoins d'une vie nouvelle, l'espérance 130 d'un cœur droit. On a toutes les facultés de l'amour; il faut aimer. On a tous les moyens du plaisir ; il faut être aimée. On entre dans la vie ; qu'y faire sans amour ? On a beauté, fraîcheur, grâce, légèreté, noblesse, expression heureuse. Pourquoi l'harmonie de ces mouvemens, cette 155 décence voluptueuse, cette voix faite pour tout dire, ce

I. J'ai supprimé quelques pages où il s'agissait de circonstances particulières, et d'une personne dont je ne vois pas qu'il soit parlé dans aucun autre endroit de ces lettres . J'y ai, en quelque sorte, substitué ce qui suit : c'est un morceau tiré d'ailleurs, qui 5 dit à peu près les mêmes choses d'une manière générale, et que son analogie avec ce que j'ai retranché m'a engagé à placer ici»

116-117. aussi en imposer A B — 123. sens ? Les verrats aussi sont des mâles. A B — 125. entraîné A B.

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sourire fait pour tout entraîner, ce regard fait pour changer le cœur de l'homme ? pourquoi cette délicatesse du cœur et cette sensibilité profonde ? L'âge, le désir, les convenances, l'âme, les sens, tout le veut ; c'est une

140 nécessité. Tout exprime et demande l'amour : cette peau si douce et d'un blanc si heureusement nuancé ; cette main formée pour les plus tendres caresses ; cet œil dont les ressources sont inconnues s'il ne dit pas, je consens à être aimée ; ce sein qui, sans amour, est immobile, muet,

145 inutile, et qui se flétrirait un jour sans avoir été divinisé ; ces formes, ces contours qui changeraient sans avoir été connus, admirés, possédés ; ces sentimens si tendres, si voluptueux et si grands, l'ambition du cœur, l'héroïsme de la passion ! Cette loi délicieuse, que la loi du monde

150 a dictée, il faut la suivre. Ce rôle enivrant, que l'on sait si bien, que tout rappelle, | que le jour inspire, et que la nuit commande, quelle femme jeune, sensible, aimante, imaginera de ne le point remplir ?

» Aussi ne l'imagine-t-on pas. Les cœurs justes, nobles,

155 purs sont les premiers perdus. Plus susceptibles d'élévation, ils doivent être séduits par celle que l'amour donne. Ils se nourrissent d'erreurs en croyant se nourrir d'estime ; ils se trouvent aimer un homme, parce qu'ils ont aimé la vertu ; ils sont trompés par des misérables, parce

160 que, ne pouvant vraiment aimer qu'un homme de bien, ils croient sentir que celui qui se présente pour réaliser leur chimère est nécessairement tel.

» L'énergie de l'âme, l'estime, la confiance, le besoin d'en montrer, celui d'en avoir ; des sacrifices à récom-

165 penser, une fidélité à couronner, un espoir à entretenir,

147. tendres, si vastes, si voluptueux AB — 158. un amant, parce qu'ils A B.

une progression à suivre ; l'agitation, l'intolérable inquiétude du cœur et des sens ; le désir si louable de commencer à payer tant d'amour, le désir non moins juste de resserrer, de consacrer, de perpétuer, à*éterniser des

170 liens si chers ; d'autres désirs encore, certaine crainte, certaine curiosité, des hasards qui l'indiquent, le destin qui le veut, tout livre une femme aimante dans les bras du lovelace. Elle aime, il s'amuse ; elle se donne, il s'amuse ; elle jouit, il s'amuse ; elle rêve la durée, le

17$ bonheur, le long charme d'un amour mutuel ; elle est dans les songes célestes ; elle voit cet œil que le plaisir embrase, elle voudrait donner une félicité plus grande ; mais le monstre s'amuse : les bras du | plaisir la plongent dans l'abîme, elle dévore une volupté terrible.

180 » Le lendemain elle est surprise, inquiète, rêveuse ; de sombres pressentimens commencent des peines affreuses et une vie d'amertumes. Estime des b^ommes, tendresse paternelle, douce conscience, fierté d'une âme pure, fortune, honneur, espérance, amour, tout a passé. Il ne

185 s'agit plus d'aimer et de vivre ; il faut dévorer ses larmes et traîner des jours précaires, flétris, misérables. Il ne s'agit plus de s'avancer dans les illusions, dans l'amour et dans la vie ; il faut repousser les songes, chercher l'oubli, attendre la mort. Femmes sincères et aimantes, belles de

190 toutes les grâces extérieures et des charmes de l'âme, si faites pour être purement, tendrement, constamment aimées !... n'aimez pas. »

173. du Lovelace A B — 185, pure, paix, fortune A B — 188. chercher l'amertume et attendre A B.

LETTRE LXXXI

^ LETTRE LXXXI

5 août, IX .

Vous convenez que la morale doit seule occuper sérieusement l'écrivain qui veut se proposer un objet utile et 5 grand ; mais vous trouvez que de certaines opinions sur la nature des êtres pour lesquelles, dites-vous, j'ai paru pencher jusqu'ici ne s'accordent pas avec la recherché des lois morales et de la base des devoirs. | Je n'aimerais pas à me contredire, et je tâcherai de [442]

10 l'éviter ; mais je ne puis reprocher à ma faiblesse les variations de l'incertitude. J'ai beau examiner, et mettre à cet examen de l'impartialité et même quelque sévérité, je ne puis trouver là de véritables contradictions.

Il pourrait y en avoir entre diverses choses que j'ai

15 dites, si on voulait les regarder comme des affirmations positives, comme les diverses parties d'un même système, d'un même corps de principes donnés pour certains, liés entre eux et déduits les uns des autres. Mais les pensées isolées, les doutes sur des choses impéné-

20 trahies peuvent varier sans être contradictoires. J'avoue même qu'il y a telle conjecture sur la marche de la nature que je trouve quelquefois très-probable, et d'autres fois beaucoup moins, selon la manière dont mon imagination s'arrête à la considérer,

25 II m'arrive de dire* : Tout est nécessaire ; si le monde est inexplicable dans ce principe, dans les autres il semble impossible. Et après avoir vu ainsi, il m'arrivera le lendemain de me dire au contraire : Tant de choses sont conduites selon l'intelligence, qu'il paraît évident que

30 beaucoup d'autres choses sont conduites par elle. Peut-

Ohermann^ II. 12

être elle choisit dans les possibles qui résultent de l'essence nécessaire des choses, et la nature de ces possibles contenus dans une sphère limitée est telle, que, le monde ne pouvant exister que selon de certains modes, chaque

35 chose néanmoins est suscepti | ble de plusieurs modifications différentes. L'intelligence n'est pas souveraine de la matière, mais elle l'emploie : elle ne peut ni la faire, ni la détruire, ni la dénaturer ou en changer les lois ; mais elle peut l'agiter, la travailler, la composer. Ce n'est

40 pas une toute-puissance ; c'est une industrie immense, mais pourtant bornée par les lois nécessaires de l'essence des êtres ; c'est une alchimie sublime que l'homme appelle surnaturelle, parce qu'il ne peut la concevoir. Vous me dites que voilà deux systèmes opposés, et

45 qu'on ne saurait admettre en même temps. J'en conviens ;

\ mais il n'y a point là de contradiction, je ne vous les donne que pour des hypothèses : non seulement je ne les admets pas tous deux, mais je n'admets positivement ni l'un ni l'autre, et je ne prétends pas connaître ce que

50 l'homme ne connaît point.

Tout * système général sur la nature des êtres et les lois du monde n'est jamais qu'une idée hasardée. Il se peut que quelques hommes aient cru à leurs songes ou aient voulu que les autres y crussent ; mais c'est un char-

55 latanisme ridicule ou un prodige d'entêtement. Pour moi, je ne sais que douter, et si je dis positivement : Tout est nécessaire, ou bien : Il est une force secrète qui se propose un but que quelquefois nous pouvons pressentir, je n'emploie ces expressions affirmatives que pour éviter^de

60 répéter sans cesse : Il me semble, je suppose, j'imagine. Cette manière de parler ne | saurait annoncer que je

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