‹ Obermann;Chapitre 86 sur 121 · selon certains A B — 38. ou changer ses lois A B · texte numérisé non relu

selon certains A B — 38. ou changer ses lois A B

LETTRE LXXXI

m'en prétende certain, et je ne dois pas craindre que l'on s'y trompe ; quel homme, s'il n'est en démence, s'avisera d'affirmer ce qu'il est impossible que l'on sache ?

65 II * en est tout autrement lorsque, abandonnant ces recherches obscures, nous nous attachons à la seule science humaine, à la morale. L'œil de l'homme, qui ne peut rien discerner dans l'essence des êtres, peut tout voir dans les relations de l'homme. Là nous trouvons une

70 lumière disposée pour nos organes ; là nous pouvons

^ découvrir, raisonner, affirmer. C'est là que nous sommes responsables de nos idées, de leur enchaînement, dé leur accord, de leur vérité ; c'est là qu'il faut chercher des principes certains, et que les conséquences contradictoires ;75 seraient inexcusables.

On peut faire une seule objection contre l'étude de la morale ; c'est une difficulté très-forte, il est vrai, mais ^ qui pourtant ne doit pas nous arrêter. Si tout est nécessaire, que produiront nos recherches, nos préceptes, nos ^ 80 vertus ? Mais la nécessité de toutes choses n'est pas prouvée ; le sentiment contraire conduit l'homme, et c'est assez pour que dans tous les actes de la vie il se regarde comme livré à lui-même. Le stoïcien croyait à la vertu malgré le destin, et ces Orientaux qui conservent le

85 dogme de la fatalité, agissent, craignent, désirent comme les autres hommes. Si même je regardais comme probable la loi universelle de la nécessité, je pourrais encore chercher les principes des meil | leures institutions [445] humaines. En traversant un lac dans un jour d'orage, je

90 me dirai : Si les événemens sont invinciblement déterminés, il m'importe peu que les bateliers soient ivres ou non. Cependant, comme il en peut être autrement, je

Page 1