trompe ; car quel A B
leur recommanderai de ne boire qu'après leur arrivée. Si tout est nécessaire, il l'est que j'aie ce soin, il l'est encore
95 que je l'appelle faussement de la prudence.
Je n'entends rien aux subtilités par lesquelles on prétend accorder le libre arbitre avec la prescience, le choix de l'homme avec l'absolue puissance de Dieu ; l'horreur infinie que l'auteur de toute justice a nécessairement
loo pour le péché, ainsi que les moyens inconcevables qu'il a employés pour le prévenir ou le réparer, avec l'empire continuel de l'injustice, et notre pouvoir de faire des crimes tant que bon nous semble. Je trouve quelques difficultés à concilier et la bonté infinie qui créa volontai-
105 rement l'homme, et la science indubitable de ce qui en résulterait, avec l'éternité de supplices affreux pour les quarante-neuf cinquantièmes' des hommes tant aimés. Je pourrais comme un autre parler longuement, adroitement ou savamment sur ces questions impénétrables ; mais si
no jamais j'écris, je m'attacherai plutôt à ce qui concerne l'homme réuni en société dans sa vie temporelle, parce qu'il me semble qu'en observant seulement les conséquences pour lesquelles on a des données certaines, je pourrai penser des choses vraies et en dire d'utiles. |
115 Je parviendrai jusqu'à un certain point à connaître l'homme, mais je ne puis deviner la nature. Je n'entends pas bien deux principes opposés, coéternellement faisant et défaisant. Je n'entends pas bien l'univers formé si tard, là où il n'y avait rien, subsistant pour un temps seulement,
120 et coupant ainsi en trois parties l'indivisible éternité. Je n'aime point à parler sérieusement de ce que j'ignore ; animalis homo non percipit ea quœ sunt spiritûs Dei.
98. de son Dieu A B — 100. péché, les A B — 104. concilier la A B — 122. Dei. Paulus ad Corinth. T, c.2. A ; Dei (Paulus ad Corinth.) B.
LETTRE LXXXI
Je n'entendrai jamais comment l'homme, qui reconnaît en lui de l'intelligence, peut prétendre que le monde ne
125 contient pas d'intelligence. Malheureusement, je ne vois pas mieux comment une faculté se trouve être une substance. On me dit : La pensée n'est pas un corps, un être physiquement divisible, ainsi la mort ne la détruira pas ; elle a commencé pourtant, mais vous voyez qu'elle ne saurait
130 finir, et que, puisqu'elle n'est pas un corps, elle est nécessairement un esprit. Je l'avoue, j'ai le malheur de ne pas trouver que cet argument victorieux ait le sens commun.
Celui-ci est plus spécieux. Puisqu'il existe des religions anciennement établies, puisqu'elles font partie des insti-
135 tutions humaines, puisqu'elles paraissent naturelles à notre faiblesse, et qu'elles sont le frein ou la consolation de plusieurs, il est bon de sui^^re et de soutenir la religion du pays où l'on vit : si l'on se permet de n'y point croire, il faut du moins n'en rien dire, quand on écrit
140 pour I les hommes, il ne faut pas les dissuader d'une croyance qu'ils aiment. C'est votre avis ; mais voici pourquoi je ne saurais le suivre.
Je n'irai pas maintenant affaiblir une croyance religieuse dans les vallées des Cévennes ou de l'Apennin, ni
145 même auprès de moi dans la Maurienne ou le Schweitzerland ; mais en parlant de morale, comment ne rien dire des religions ? Ce serait une affectation déplacée : elle ne tromperait personne ; elle ne ferait qu'embarrasser ce que j'aurais à dire, et en ôter l'ensemble qui peut
150 seul le rendre utile. On prétend qu'il faut respecter des opinions sur lesquelles reposent l'espérance de beaucoup d'hommes, et toute la ii^rale de plusieurs. Je crois cette é ^
139. dire et quand A B 151-52, de beaucoup et malheureusement toute A B.
OBERxMANN
réserve convenable et sage chez celui qui ne traite qu'accidentellement des questions morales, ou qui écrit
15$ dans des vues différentes de celles qui seront nécessairement les miennes. Mais si en écrivant sur les institutions humaines je parvenais à ne point parler des systèmes religieux, on n'y verrait autre chose que des ménagemens pour quelque parti puissant. Ce serait une faiblesse con-
160 damnable : en osant me charger d'une telle fonction, je dois surtout m'en imposer les devoirs. Je ne puis répondre de mes moyens, et ils seront plus ou moins insuffisans ; mais les intentions dépendent de moi : si elles ne sont pas invariablement pures et fermes, je suis indigne
165 d'un aussi beau ministère.
Je n'aurai pas un ennemi personnel dans la lit | térature, comme je n'en aurai jamais dans ma vie privée ; mais quand il s'agit de dire aux hommes ce que je regarde comme vrai, je ne dois pas craindre de méconten-
170 ter une secte ou un parti. Je n'en veux à aucun, mais je n'ai de lois à recevoir d'aucun . J'attaquerai les choses et non les hommes ; si les hommes s'en fâchent, si je deviens un objet d'horreur pour la charité de quelques-uns, je n'en serai point surpris, mais je ne veux pas même le prévoir.
175 Si l'on peut se dispenser de parler des religions dans bien des écrits, je n'ai pas cette liberté, que je regrette à plusieurs égards : tout homme impartial avouera que ce silence est impossible dans un ouvrage tel que doit être celui que je projette, le seul auquel je puisse mettre de
180 l'importance.
En écrivant sur les affections de l'homme et sur le système général de l'éthique, je parlerai donc des religions; et certes, en en parlant, je ne puis dire d'autres choses que