‹ Obermann;Chapitre 94 sur 121 · par de la groseille, du A B · texte numérisé non relu

par de la groseille, du A B

objet, il sent et pense en vain, il passe sans avoir vécu, et celui qui obtient de vivre passera aussi. César a gagné cinquante batailles, il a vaincu l'Occident ; il a passé. Mahomet, Pythagore, ont passé. Le cèdre qui ombrageait 95 les troupeaux a passé comme le gramen que les troupeaux foulaient.

Plus* on cherche à voir, plus on se plonge dans la nuit. Tous agissent pour se conserver et se reproduire : la fin de lÊurs actions est visible, comment celle de leur être ne

100 l'est-elle pas ? L'animal a les organes, les forces, l'industrie pour subsister et se perpétuer ; il agit pour vivre, et il vit ; il agit pour se reproduire, et il se reproduit. Mais pourquoi vivre ? pourquoi se perpétuer ? Je n'entends rien à cela. La bête* broute et meurt ; l'homme mange et

105 meurt. Un matin je songeais à tout ce | qu'il fait avant de [4^4] mourir ; j'eus tellement besoin de rire que je tirai deux fois le cordon. Mais en déjeûnant nous ne pûmes jamais rire ; ce jour-là Fonsalbe imagina de trouver du sérieux dans les arts, dans la gloire, dans les hautes sciences,

iio dans la métaphysique des trinités, je ne sais encore dans quoi. Depuis ce déjeûner, j'ai remis sur ma table De l'Esprit des choses, et j'en ai lu un volume presque entier.

Je* vous avoue que ce système de la réparation du monde ne me choque point du tout. Il n'est pas moderne,

115 mais cela ne peut lui donner que plus d'autorité. Il est grand, il est spécieux. L'auteur est entré dans ces profondeurs, et j'ai pris le parti de lui savoir gré de l'extrême obscurité des termes : on en sera d'autant moins frappé de celle des choses. Je croirais volontiers que cette hypo-

120 thèse d'une dégradation fortuite, et d'une lente régénération ; d'une force qui vivifie, qui élève, qui subtilise, et

93. vaincu la terre A B — loo. elle point ? A B — 116. dans ses A B.

LETTRE LXXXV

d'une autre qui corrompt et qui dégrade, n'est pas le moins plausible de nos rêves sur la nature des choses. Je voudrais seulement qu'on nous dît comment s'est faite

125 ou du moins comment s'est dû faire cette grande révolution ; pourquoi le monde échappa ainsi à l'Eternel ; comment il s'est pu qu'il le permît, ou qu'il ne pût pas l'empêcher; et quelle force étrangère à la puissance universelle a produit l'universel cataclysme ? Ce système expliquera

130 tout, excepté la principale difficulté ; mais le dogme oriental des deux principes était plus clair. |

Quoi qu'il en puisse être sur une question peu faite [465] sans doute pour l'habitant de la terre, je ne connais rien qui rende raison* du phénomène perpétuel dont tous les

155 accidens accablent notre intelligence, et déconcertent notre curieuse avidité. Nous voyons les individus s'agglomérer et se propager en espèces, pour marcher avec une force multipliée et continue vers je ne sais quel but dont ils sont repoussés sans cesse. Une industrie céleste

140 produit sans relâche, et par des moyens infinis. Un principe d'inertie, une force morte résiste froidement ; elle éteint, elle détruit en masse. Tous les agens particuliers sont passifs ; ils tendent néanmoins avec ardeur vers ce qu'ils ne sauraient soupçonner, et le but de cette tendance

145 générale, inconnu d'eux, paraît l'être de tout ce qui existe. Non seulement le système des êtres semble plein de contrastes dans les moyens, et d'oppositions dans les produits ; mais la force qui le meut paraît vague, inquiète, énervée ou balancée par une force indéfinissable : la na-

150 ture paraît empêchée dans sa marche, et comme embarrassée et incertaine.

128. à sa puissance A B — 131. Deux Principes A — 132. question si peu faite pour A B — 134. rende mieux raison A B — 136. voyons tous les A B — 145. l'être nécessairement de A B.

Nous croirons discerner une lueur dans l'abîme, si nous entrevoyons les mondes comme des sphères d'activité, comme des ateliers de régénération où la matière

155 travaillée graduellement, et subtilisée par un principe de vie, doit passer de l'état passif et brut à ce point d'élaboration, de ténuité, qui la rendra enfin susceptible d'être imprégnée de feu et pénétrée de lumière. Elle sera employée par l'in | telligence, non plus comme des matériaux [466]

160 informes, mais comme un instrument perfectionné, puis comme un agent direct, et enfin comme une partie essentielle de l'être unique, qui alors deviendra vraiment universel et vraiment un.

Le bœuf est fort et puissant ; il ne le sait même pas. Il

16$ absorbe une multitude de végétaux, il dévore un pré ; quel grand avantage en va-t-il retirer ? Il rumine, il végète pesamment dans l'étable où Tenferme un homme triste, pesant, inutile comme lui. L'homme le tuera, il le mangera, il n'en sera pas mieux ; et après que le bœuf sera

170 mort, l'homme mourra, due restera-t-il de tous deux ? un peu d'engrais qui produira des herbes nouvelles, et un peu d'herbe qui nourrira des chairs nouvelles. Quelle vaine et muette vicissitude de vie et de mort ! quel froid univers ! Et comment est-il bon qu'il soit au lieu de n'être

175 pas ?

Mais si* cette fermentation silencieuse et terrible qui semble ne produire que pour immoler, ne faire que pour que l'on ait été, ne montrer les germes que pour les dissiper, ou n'accorder le sentiment de la vie que pour don- 180 ner le frémissement de la mort ; si cette force qui meut dans les ténèbres la matière éternelle, lance quelques lueurs pour essayer la lumière ; si cette puissance qui

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