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brute A

LETTRE LXXXV

combat le repos et qui promet la vie, broie et pulvérise son œuvre afin de la préparer pour un grand dessein ;

185 si ce monde où nous paraissons n'est que l'essai du

monde ; si ce qui est ne fait qu'annoncer ce qui | doit [4^7] être; cette surprise que le mal visible excite en nous ne paraît-elle pas expliquée ? Le présent travaille pour l'avenir, et l'arrangement du monde est que le monde actuel

190 soit consumé ; ce grand sacrifice était nécessaire, et n'est grand qu'à nos yeux. Nous passons dans l'heure du désastre ; mais il le fallait, et l'histoire des êtres d'aujourd'hui est dans ce seul mot, ils ont vécu. L'ordre fécond et invariable sera le produit de la crise laborieuse qui nous

195 anéantit : l'œuvre est déjà commencée, et les siècles de vie subsisteront quand nous, nos plaintes, notre espérance et nos systèmes auront à jamais passé.

Voilà ce que les anciens pressentaient : ils conservaient le sentiment de la détresse de la terre. Cette idée vaste

200 et profonde a produit les institutions des premiers âges ; elles durèrent dans la mémoire des peuples comme le grand monument d'une mélancolie sublime. Mais des hordes restées barbares, et des hordes formées par quelques fugitifs qui avaient oublié les traditions antiques

205 en errant dans leurs forêts, des Pélasges, des Scythes, des Scandinaves ont répandu les dogmes gothiques, les fictions des versificateurs, et la fausse magie ^ des sauvages : alors l'histoire des choses en est | devenue l'énigme, jus- [468]

I . On voit que le mot magie doit être pris ici dans son premier sens, et non pas dans l'acception nouvelle : en sorte que, par fausse magie, il faut entendre à peu près la magie des modernes.

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