lardiii de roses, do plaisance
CJIANT NEUVIEME. 105
Halle ! lui dit son génie familier. Avant de trotter plus loin, songe bien, mon garçon, li ce que tu entrejirends. ■ Ta sage cervelle aurait dû , il est vrai , peser tout cela dès Ascalon, quoique, la-bas, Iluon, pressé comme il Tétail, ne l'en ail guèie laissé le temps. Mais aujourd'hui, pour causer franchemenl , voyons, ne lallait-il pas munlrer plus de fermeté?
Jîntre nous soit dit , celle ambassade n'a pas le sens comnuMi. l'allé ne peut qu'aigrir Charles, qui, d'ailleurs, ne nous voulut jamais de bien... Qu'im[)orleiail au bout du compte, si ce n'est pour la riche cassette, car, en vélilé, quel effet Son Excellence espère-l-elle produire avec celle poignée de poils de chèvre el ces dents arrachées Dieu sait a quelle mâchoire?
Passe encore si messire lluon, la hlle du calife ïi ses côlés, avait fait en personne son enliée, avec une imposanle escorle d'hommes d'armes, de Irabanis et le resie , s'il avait porlé la parole et si , prenant les airs (]ui vont a un chevalier, a un duc et pair, il avait présenté sou cadeau sui' un coussin de velours rouge avec de beaux glands d'or Oh! dans ce cas, la chose réussissait!
La pompe de la cérémonie, le magniflque cortège, la tille du sultan dans toute sa beauté, l'orgueilleux époux qui lui donne la main; bref, chaque circonslance arrivait en son temps, en son lieu, contribuait pour sa parla mener rondement l'affaire. L'empereur n'avait plus rien
a objecter, il jiiiiail vu, il aurait louché; puis le chevalier, loyalement déi^agc de sa parole, deniandait , avec pleine assurance, ce qu'en toute justice on ne pouvait lui refuser.
Mais, ami Scliérasmin, tout se gâtera, si tu n'es pas plus sage que celui qui t'envoie. Or ça, consultons. Que faire?... Le mieux, tout bien considéré, serait de rebrousser chemin, en gardant la cassette, et de galoper directement a Rome, ce refuge des gens pieux, où ton maître, comme il faut l'espérer, est arrivé déjà.
Ainsi parle a Scliérasmin son bon génie et, comme l'écuyer, après de longues méditations, ne trouve pas de bonnes raisons pour un autre parti , il tourne le dos a la bonne ville de Paris, donne de l'éperon a sa monture, franchit les Alpes , arrive, et sa première démarche est d'aller au Latran.
Mais c'est en vain qu'il fatigue de questions le suisse qui veille a la première porte, puis les gens de l'antichambre : pas une âme ne sait rien a lui dire sur le chevalier, son maître. 11 court la ville entière, s'adressant de maison en maison, visitant églises, hôpitaux et couvents, répétant sa demande et dépeignant Huon de la tôle jusqu'aux pieds Peines inutiles !
Quatre longues semaines, puis deux autres, se passent en espérances toujours déçues, bien que le brave écuyer, sans s'accorder aucun repos, ni donner de trêve aux
CHAM M'lIViKMi;. 1»7
;H!lios, MC cesse de s('n<|iu''iii' si le paladin est tMiliii m ri\(''. A (jnoi lui seil d 'altendie? 11 s(> lasse et, pronoiieaiit le grand juron des Hasqiies. il l'ail serment d'endosser l'iialtii de pèlerin, pour aller, lanl (|ue le eiel bleuira devant lui, a la rechcrclie du noble liuon.
Que peut-il faire? sa bourse est vide et, quant a la cassette, il se laisserait arracher le cœur plutôt que d'y prendre la moindre perle. Ne sait-il pas qu'aux yeux de son maître, elle a, comme présent d'Obéron, une valeur inestimable '? Pour subsister, un pèlerin n'a besoin ni d'or ni de pièces d'argent ; il achèterait, avec des litanies et des coquilles, le monde tout enli(>r.
\(>ira(i(»nr 1 liomHMe ScluMasmin (pii s eu va. durant deux ans et plus, iuen<liei' de par le monde, le visitant de long en laige, s'arrêtani dans elia(iue port, dans chaque ile, pour s'informer, toujours en vain, de son seigneur et de sa dame jusqu'à ce que son étoile, un secret pressentiment aussi qui ranime sou es|)()ir, le conduisent dans Tunis, a la porte même du jardinier.
Fatigué, affaibli par \\\\ long jeune, il s'assied là sur un banc de pierre, pour se reposer a l'ombre, et bientôt une esclave lui apporte du i)ain, puis un peu de vin. Elle arrête avec étonnement ses regards sur l'étranger en robe de pèlerin ; celui-ci l'examine à son tour : ils se sont reconnus et, poussant un cri de plaisir et de crainte, se jettent au cou l'un de l'autre.
rJ8 OBÉRON.
Est-ce toi, Fatiné? — s'écrie avec transport le pèlerin joyeux, la (ête encore penchée contre ses joues Iiuniicles. — La chose est-elle possible? Schérasmin, hélas! avait renoncé depuis longtemps a l'espérance; et, mainlenani , nous voici réunis ! A Tunis ! Quel vent vous a poussés parmi ce peuple de païens? Où sont-ils? Iluon, Aniandn?
— Ah! dit Fatmé, qui fond en larmes! Us sont Que
je suis malheureuse!.... Ne le demande pas.
Que dis-tu? reprend l'écuyer. A Dieu ne plaise ! Que sont-ils devenus? Parle... — Schérasmin, ils sont... — Elle ne peut en dire davantage : la voix reste étouffée dans sa poitrine. — Us sont... — Dieu! sanglotte Schérasmin, qui pleure comme un enfant , au cou de la triste Eatmé...
A la fleur de leur âge. C'est un sort trop cruel Depuis
longtemps, Fatmé , je pressentais une mauvaise tin. L'épreuve, hélas ! était trop difûcile !
Dès (ju'elle a repris ses sens, la pauvre fenmie raconte de point en point l'histoire, la triste histoire de ce qui s'est passé depuis le départ de l'écuyer, jusqu'à cette nuit leriihle où, se faisant jour a travers l'équipage, la princesse, aux lueurs de la foudre, s'élança vers Huon, l'étreiguit avec son bras tout forcené d'amour et l'entraîna soudain dans la mer en furie.
Là-dessus, ils restent plus d'une heure a se lamoifer ensemble, assis l'un près de l'autre, unissant leurs larmes dans un commun regret , leurs louanges dans un souvenir
lidöle pour ce couple chéri qui fut du inonde io plus bel oiiuMiienl. — Non, s'écricla iiourricc, a plusieurs reprises ; non, jamais de nouveau, maîlresse pareille, ne se trouvera pour moi. — Jamais , dit Scliérasmiu sur le même Ion, je ue comliallrai près d'un prince aussi brave.
Quand il s'est fait , trois fois au moins, répéter chaque détail , récuyer sent naître dans sou esprit un espoir faible encore, mais qu'il accueille avec avidité. Peut-être ont-ils été sauvés? Il connnence a le penser, et, plus il réiléchil , moins il peut se persuader qu'Obéron les ait a jamais délaissés. Sa conduite envers eu\ indiquait, ainsi ([uil semblait a Schérasmin, un plan bien arrêté, quelque secret dessein.
Ranimé par la douce espérance qui rayonne devant lui, comme une lumière lointaine dans le sein des ténèbres, il prend la résolution de ne plus quitter Falmé, de rester a Tunis, où, réunis tous deux par une même douleur, ils attendront que la destinée achève de s'éclaircir. Grâce a l'assistance de la nourrice, il change sa robe brune contre un pourpoint d'esclave, son bourdon contre une bêche, et travaille a la journée dans les jardins royaux.
Ces parterres qu'ils cultivent , Scliérasmiu et Vàiim les arrosent de larmes, comme s'ils étaient la tombe do leurs maîtres si chers, et, pendant ce temps, Huon voit, non sans chagrin, fleurir le printemps pour la troisième fois depuis que le destin l'a relégué dans cet ermitage si plein, pour lui , de charme et dhorreur Ii la fois. Son
200 ÜBEROIV.
àme héroïque uo peut s'habituer ii la solidid- ; elle soupire après le monde, son tumulte, ses Inuils.
Sa tristesse augmente en pensant qu'Huonnet, gracieux alliage des charmes de sa mère et de la force paternelle , l'enfant le plus aimable que déesse ait jamais bercé dans ses bras , n'est pas fait, après tout , pour passer une vie tout entière au milieu des forêts , la cognée sur l'épaule. Et toi , Rézia , ton ange t'épie la nuit , quand , privée do sommeil, tu pleures dans le silence.
Dans la fleur de la jeunesse, vous sentez profondément, tous deux , que la solitude n'est pas faite pour vous ; une force intérieure vous pousse vers une vie plus noble , plus active, plus vaste, et le désir vous tourmente de voir s'ouvrir a l'héroïsme, a la bonté sans bornes, une sphère
également sans limiles Vainement ils s'efforcent, en
détournant les yeux , de cacher a l'ermite les pleurs qui s'en échappent ; des sourires ne sauraient l'abuser : il a lu dans leurs cœurs.
Hicn que le monde ne soit plus rien pour lui , il sait I)()urlant se mettre à leur place , considérer comme eux les pertes qu'ils ont subies, les droits , les devoirs que leur donne la naissance; il s'identifie avec leurs pensées, avec leurs sentiments, et ces larmes , dont leur affection voudrait lui dérober la trace, il les trouve justifiées. Il ne blâme point d'involontaires aspirations; il se borne, tant que la destinée arrête leur essor, a nourrir dans l'âme de ses amis une douce espérance.
CHAM NELVIliME. 201
I II sdii' . ;ijti('s 1(> Iravail de In joiiiiur. Ions trois, Aniaiida l'oiifaiit dans ses bras, claiciil assis sur un l)anc (le fiazon, dcvanl la cal)anc , pour ^(tiitcniiilor , dans une calme jouissance, les splendeurs <lu ciel semé parloul d'étoiles scinlillaules. Ploniieant au loin dans cet océan de merveilles, ils élevaienl en silence, avec un mystérieuv pressentiment, des regards pleins de gratitude vers l'auteur de toutes choses.
Le pieux vieillaid leur i)arlait de cette vie qui n'est qu'un rêve fugitif, et du passage; 'a la vie véritable. Sa voi\ avait pris un accent plus ému (pie de coutume. Il semblait, tandis (piil parlait, (pi'iiu souffle émané des célestes régions arrivait jusqu'il lui, et doucement le soulevait dans les airs. Amanda, toute a l'illusion, croit, de ses yeux mouillés de larmes, suivre dans sa fuite l'ami qui leur écliappe.
Ils sont là, disait- il, sur l'aulie rive, qui me tendent les bras; ils m'attendent. Ma carrière touche a sa fin , la vôtre commence a peine. Bien des afllictions , des joies aussi, qui souvent ne servent (ju'a nous -fortifier pour de nouvelles et plus grandes souffrances, vous attendent avant qu'insensiblement vous atteigniez le but. Tout passe, joies et misèi'cs; tout se dissipe comme un songe, et rien ne nous accompagne au-delà de ce monde terrestre.
Rien , siinm l(> trésor amassé pixVicuscment dans vos C(curs , la vérité, l'amour, une conscience jiaisible, et le
souveiiii' (jiie ni plaisir ni peine n'a pu vous déloniner des chemins du devoir. — 11 parle encore longtemps; puis, quand arrive l'heure du repos, il les presse , comme ils crurent s'en apercevoir, avec une tendresse inaccoutumée sur son cœur paternel; une larme brille dans ses yeux, cl, d'un pas rapide, il s'éloigne aussitôt.
Dans cette même nuit, ïitania, effrayée par de somlues appréhensions, leva les yeux vers le ciel, et tandis qn'ellc lisait dans les astres, toutes les roses s'effacèrent de ses joues. Elle appela ses compaijncs afin d'observer avec elles ce qui se passait la-hauf, et voir comment les étoiles s'entrecroisaient , pour Amanda , dans une combinaison grosse de malheurs,
S'enveloppant d'ombres épaisses, elle vole vers la couche où, sous des amandiers, la fdie du calife , son enfant auprès d'elle, repose agitée par des rêves inquiets. Pour la calmer , Titania touche avec sa branche de roses le sein de la dormeuse, puis enlève le jeune garçon sans troubleison repos.
Elle rapporte sa touchante capture , et s'adressant aux grâces qui l'enlourent, — Vous avez vu, dit-elle, quel astre fatal plane sur Amanda; hâtez-vous, mettez en sûreté cet enfant dans les plus beaux de mes bosquets, et prenez soin de lui comme s'il était mon fils, — Elle détache de la guirlande enlacée sur sa tête trois boutons de rose j donne un de ces boulons a chacune des aimables
sylphides, ol — paiio/. ajoulo-l-cllo ; voici déjà rauroro.
Faites ainsi »ine je l'ai dit. (iliacpie jour, à chaque iieurc, regardez ces roses ; et, quand vous verrez toutes h's trois se changer en lis , sachez à ce signe qu'Ohéron et moi nious sommes réconciliés ; volez sans différer vers nous , en amenant cet enfant, car, avec ma peine, la i>eine (lAmanda doit également finir. — Les nymphes s'inclinèrent , et, rapidement emportées sur un léger nuage, senfuiront avec le lils d'IIuou.
Dès que le soleil paraît, Amanda, tremblante d'une vague inquiétude , court a la recherche de son époux dont la demeine est dans le creux d'un rocher, loin d'elle et loin d'Alfonse. Telle est sa hâte qu'avant de partir elle oublie, pour la première fois depuis qu'elle est mère, de regarder son fds qui partage sa couche , et qui . dans sa pensée, doit sommeiller encore.
Elle trouve Iluon errant dans le jardin , et , sans se parler, tous deux se dirigent , dans une secrète et comnmne préoccupation^ vers la cabane de l'ermite. Comme le cn^ur leur bat en s'approchant a pas lents de son lit ! Il est étendu, les mains croisées sur sa poitrine , ne respirant plus, la face pâle et maigrie, mais chaque trait empieint encore de noblesse, pur et sans nulle trace de douleur.
Il dort sans doute, — dit Uézia, qui pose une main sur la main du vieillard si doucement qu'a peine la louche-
àO* ÛBÉRON.
l-elle,... a\f comiiiö ellô la ifouvo glacée et qu'auciino af« tère ne palpite plus, elle tombe, avec une muette douleur, sur ce corps laide et blêmi. Lu lorrent de pleurs s'éclKi|)pe de ses yeux, iuoudaut le visage d'Alfonse. — 0 mon père, s'écrie-t-elle, tu nous as donc abandonnés!
Elle se relève, se jette dans les bras de son époux, pnis tous deux se prosternent, dans un silence respectueux, devant la froide dépouille de lame la plus pure, et s'abandonnent sans contrainte au douloureux plaisir de répandre des larmes. Lorsqu'ils veulent enfin se retirer , ils déposent a plusieurs reprises le dernier tribut de l'amour sur une main chérie ; mais ils restent la, comme absorbés dans une émotion jusqu'alors inconnue, comme enchaînés par un pouvoir magique auprès de limage de leur ami.
iO.
Il leur semble voir l'aurore dune vie nouvelle planer sur son visage, le rellet dune pure et céleste lumière s'agiter autour de son front et transformer déjà l'enveloppe terrestre en spirituelle essence: il leur semble qu'un sourire impérissable erre légèrement sur ses lèvres, entr'ouvcrtes encore pour une dernière parole, une dernière bénédiction.
Ne sens -tu pas, — dit lluon s'adressant a Rézia , et levant, dans l'extase, ses yeux vers le ciel ; — ne sens-tu pas un rayon de l'autre monde pénétrer dans ton âme? .lamais je nai si bien comi)ris la sublimité de la nature humaine, jamais aussi claiiemeut (pie la vie «l'iei-bas n'est qu'un ténébicux jiassage pour airivcr aux lésions de la
CHANT NliUVH'-MË. SOîi
lumiôt'ot tamuis iiuo iiupulsloU pui'elllo M lUO [»Jt'la voiii lo bien !
Jamais jo n'eus aillant do forco, aulant d'aKloiir poul' affronlcr la liitle on pour suhii' le saeiilice, ponr lUc IVayer enfin une roule ;i Iraversles épreuves! Laisse, ô ma bienaimée. laisse l'adversité nous fra|)per de ses coups; elle nous rapproche du but ; que rien ne désarme noire courage, n'allénue notre foi ! — Il dil et s'éloigne Le destin, liélas! allail le prendre au mol.
En effet, comme ils sortent de la cellule en se donnant
la main, ccmime ils lèvent les yen\ Dieu |)uissant !
(|uel affreux spectacle se présente devant eux! Dans (piels lieux inconnus se trouvent-ils transportés? Tout a dis|iaiu, complètement dis|iaru , leur élysée , la forél , les prés en
fleurs, tout! Ils n'osent y croire; ils restent pétrifiés.
On ne voit aucune trace de l'Iieureux einiilage; la place même n'y est plus.
Dominés par des rochers suspendus sur leurs têtes , ils soni au bord d'un abîme oîi l'œil ne plon^^e (pi'avec effroi. Pas un brin d'herbe dans les lieux naguère embellis i»ar un riant jardin ; les bocages si épais, si parfumés, n'existent plus; le bois sombre oîi chantait le rossignol est 'a jamais anéanti. Que resle-t-il? Un hideux pêle-mêle de pitons escarpés, noirs, désolés, informes !
Quel augure sinistre leur apporte cet horrible speclacle? A (juels malheurs nouveaux faut-il se j réparer? Ah ! s'é-
ci'ienl-f-ils en portant vers le saint ermite dos regards chargés de larmes ; — c'est pour lui que ces monlasnes avaient reçu leur parure prinfanière ; pour lui cet Kden avait été planté. Nous n'en jouissions qu'a sa faveur ; il nous quitte : le destin , la nature nous poursuivent de nouveau.
Je suis résignée, dit Rézia en retenant un soupir prêt a lui échapper. Infortunée! le jour qui t'amène tant de malheurs, te garde encore le plus affreux. Elle court vers l'endroit où, peu d'instants auparavant, elle a, comme elle le croit du moins, laissé son fils plongé dans un sommeil paisible. C'est lui qui fait sa dernière, sa loulepuissanle consolation. Cet enfant dans ses bras, elle marcherait au-devant du sort le plus cruel,
Elle vole vers la couche où près d'elle il avait reposé; puis, comme frappée de la foudre, elle recule en chancelant L'enfant n'est plus la , la couche est vide. — Il
s'est réveillé sans doute ; il a trouvé la porte ouverte. Serail-il sorti pour chercher sa mère? Si quelque accident Pensée terrible! — Peut-être, se dit-elle partagée
entre sa crainte et son espoir; peut-être s'est -il égaré seulement en jouant autour de la cabane, en courant dans le jardin?
Dans le jardin? Ce n'est plus, hélas ! qu'un moncenu <le ruines ! Elle se précipite hors de la cabane , et , d'une voix tremblante, l'appelle aussi haut qu'elle le peut. Elle se met ensuite a le chercher de tous côtés, dans une mnr-
CHANT NEUVIEMli. 207
icllo anj^oissc, a visiter les cavernes, les crêtes , les replis (lu rocher. Le père, attiré par ses cris, s'efforce d'inspirer a Rézia la contiancc qui lui manque. — Il va cerlainement, dit-il, se retrouver tout d'un coup a (piehiiio détour de ce montueux dédale,
Deux longues heures se passent : leurs peines sont, infructueuses. C'est vainement cju'ils parcourent au loin la montagne en répétant mille fois son nom, vainement qu'ils gravissent les hauteurs, fouillent les cavités , se glissent au fond de cliac[ue abîme avec le triste espoir de rencoiihvr au moins sa tombe. Nulle part les inforliinés ne découvreut la moindre trace de leur lils adoré , et les échos ne se renvoient que leurs cris.
Qu'un enfant de son âge se perde eu ces lieuv où ne sont ;i craindre ni les IhIcs féroces , ni les hommes souveul plus féroces (|ue les bries , la chose paraît inexplicable; mais si, d'un coté, celle réilexion tend Inedoubler leur anxiélé, de Taulre elle ravive uu(^ lueur d'espérance. — Cela, se disent-ils, ne saurait êlre autrement : il n'est qu'égaré; sans doute, fatigué qu'il était de couiir, il se sera, dans son innocence, endormi (juehpie i)ait.
La croupe des rochers dans toute sou étendue, clunpie broussaille, chaijue trou qui peut le fecéler , sont visités une fois encore avec des regards aussi perçants que les yeux du faucon. Tout invraiscnihlable qu'il soit de le trouver vivant de ce côté , l'inquiétude pousse les deux époux jusqu'au rivage, où, dans le chaos désherbes
208 OBEROiX.
aqujUi(]H(N et du sable enlassé , ils fiiiisscDt insensiblement par se perdre l'un l'aulre.
Des sons inaecoulumés effraient soudain loreille d'Anianda. Il lui semble avoir entendu un bruit confus de voi\. Ce bruit cesse , et , connne elle est assez près dune cascade qui se précipite du sommet de la montagne avec un fracas étourdissant, elle croit s'être trompée.
Elle ne piessent aucun nouveau danger : toutes ses pensées ont son fils pour objet. A peine, toutefois, a-t-elle tourné la colline, non loin de celte cascade, qu'elle se voit tout à coup surprise, entourée^ par une bande farouche d'hommes au teint cuivré. Elle découvre en même temps, derrière des rescifs, une galère mouillée dans la baie.
Elle avait jeté l'ancre peu auparavant. Descendus u terre pour faire de l'eau, ces hommes y travaillaient, lors- <|u'Amanda i)arut îi leurs yeux. Leur premier mouvement fut à la surprise. Ils devaient s'étonner, en effet, de rencontrer sur celte plage déserte, effroi du nautonier, une si gracieuse apparition, une femme semblable a une déesse.
L'aspect de la beauté adoucit les cœurs les plus grossiers ; les (igres même rampent a ses pieds : mais ces maliieureux sont insensibles. Dans leur stupide esprit de rapine, ils calculent de sang-froid, d'après le cours du bazar, connne s'il s'agissait de toute autre denrée, le prix des femmes lespluscharmanles. Feu leiuimporleensuite(iu'eIles soient
CHANT MiUVlKMi:. m)
(le iiiiii l»i(> (Hi (le cliiiir. — Ali ! riKuiioiiso prise , a dil le Cii[tilaiii<\ \\cc clic nous irai-norons «rmi son! coiii) dix mille siillaniiics aussi bien que ciiKiuaulc.
Allons. (Mifauls, qu On la saisisse ! Ce ravissant minois sandia plus a Tiniis que vini:;! riches ballots. Le roi , vous le savez, aime les oiseaux de ce licnre et , dans son harem, rien, paiini ses honris. n'est compara])le a cette jolie sauvage. Toute helle quelle soit, Alniaiisarls elle-même, la reine, est a peine diiiuc de la servir. Comme le sultan va sV'nflannner ! Le hasard, sur ma foi, ne pouvait pas faire mieux pour nous.
Pendant (pie le c;qiilainc harangue son é(iuipage, Amanda léllcchil une seconde au parti qu'elle doit prendre. — Si pour nous, se dit-elle, ces gens sont des ennemis, la fuite ne saurait me sauver : ils sont trop i)rès déjà, il faut les gagner par ma confiance et les loucher par mes supplications. Allons vers eux. Je leur parlerai comme a des amis, comme à des sauveurs que le ciel nous envoie. Dans les vues du destin, leur arrivée peut être est un bonheur jtour nous.
Tout en \ pensant, la belle et noble femme s'avance vei's les pirates avec le calme de l'innocence. Son pas est assuré; son regard , ouvert. Mais les inhumains restent sourds a sa douce prière. La langue qui parle à tous les cœurs ne peut émouvoir ces âmes de bronze. Le capitaine fait un signe: on entoure Amanda, ou la saisit, et la troupe de courir au vaisseau pour cmbariiuer sa proie.
2i0 OBERON.
A ses cris déchiranls, qui letcnlisseiii le lonii des rocliers, Hiion , rempli d'effroi , descend des hauleius de la forêt pour lui porter secours. Déjà les arbres ne lui dérobent plus rien de sou malheur. Il brandit, hors de lui, un bâton noueux, le premier dont il a pu s'armer, et , comme du sein des nuages un carreau de la foudre, il tondje sur les forbans.
Il voit sa compagne se débatlie, avec des bras sanglants, entre les serres des barbares. Cette vue lui donne la fureur du tigre. La branche de chêne s'échauffe dans sa main ; une grêle de coups pleut avec vigueur sur les têtes et sur les épaules. On ne dirait pas un simple mortel : des éclairs élincellent dans ses yeux et sept Maures déjà sont étendus devant lui.
La consternation, la honte, la colère de se voir enlever une proie si belle par un seul homme aiguillonnent les autres. Ils se précipitent a la fois sur Iluon. Il resie indompté, aussi longtemps qu'il peut mouvoir les bras pour se défendre. Mais son bâton échappe, dans la mêlée, à sa i)uissante main. Le noiubre l'accable et, bien qu'il frappe et i)0usse et morde avec désespoir, on l'a bientôt renversé sur le sol.
Amanda, qui croit voir son époux égorgé, jette un cri vers le ciel et toml)e évanouie. Ou l'emporte jusqu'au navire, tandis qu'a terre, la li'oupe se rue sur le vaincu, avec des hurlements de rage et de vengeance. Une prompte
inoii pour lui leur itaniîlrail Ac la clénieuco. — Qu'il vivo, (VIO le caiiitaiiic. el t\ue le su[)i)lieo soll d'aulaiU plus cruel (juil durera [iliis loiiiitemps.
6:i. Ils le Iraîueut dans les profondeurs de la l'onM , si loin du rivage que ses cris les plus perçanis ne sauraient a celle dislaneealleiudrc aucune oreille. On l'altaclie contre un arbre : ses Lias et ses jambes, ses reins et son cou sont enlonrés de liens. Mue! , écrasé par le poids de ses maux, l'inforluné lève les yeux au ciel et les pirates, dont l'allégresse éclate en mille clameurs bruyantes, cinglent, avec leur capture, vers le port de Tunis.
Déjli le jour l)iiisse ol la nuit, (lui ue ramène point , liélas ! les intimes, les doux épanchemenls de l'amour et de l'amitié, étend avec tristesse un sombre voile sur l'ile dés:dée. iNul chant joyeux n'en troublera plus, au retour de l'aurore, lelernel et profond silence. Seul, un malheureux, séparé de tout ce qu'il aime, y reste pour accom|tlii'. dans la souffrance et la résii^nation, le devoir le plus teriible.
lùiveloppée d'un nnajic, la reine des fées entend les gémissements qui s'élèvent a longs intervalles du fond de la forêt, voitiluon se consumer dans une morne angoisse et, pourtant, se détourne de lui; car, hélas! c'est en vain que son ccftur est agité d'une tendre compassion : un pouvoir supérieur, irrésistible, la repousse loin de l'infortuné.... Titania s'enfuit. Tandis qu'elle plane au-dessus de la grève, elle remarque un anneau d'or qui brille dans les sables,
Eu se débattant contre ses ravisseurs, Amanda l'avait laissé par mégarde échapper de son doigt. La fée, qui s'en
(Miipaïc, ii'ji i>;ts (le peine a icconiiaîlrc le lali>iiiaii aïKiiivl tous les esinits sont forcés dobéii'. — Ilienlôl, s\''eiie-t-ellc avec joie, bientôt la inesuie du destin sera comble ! 0 mon bien-ainié, les astres ne tarderont pas a nous réconciliei'. Jadis cet anneau nous unit : il doit une seconde lois me consacrer a loi connue a mon souverain. Ccpcndanf, sur le vaisseau, on s'empresse autour dAmanda. Ce n'est qu'après beaucoup de soins qu'on peut la rappeler a la vie. Dès qu'elle entr'ouvre ses Iiuinides cl lourdes pau[)ières, le capitaine, tombant a ses ]»ieds , la supplie de ne })as s'abandonner a la douleur. — .le n(! suis, dit-il, que rinsliument de la forlun(\. et birMt("»t tu seras notre reine.
Ne crains rieu : nous ne sommes ici (pie pour te serxir cl te défendre. Seul . Alman/.or, qui t'éuale en beauté, est digne de le posséder, ô la i)Ius belle des belles ! Au (>remler regard, il sera dans tes chaînes el , crois-en ma parole, tu no pourras sans plaisir le voir a tes pieds. — Quand il a parlé, pour écarter les soui)Çons d'Amanda , il lui présente un riche tissu dont elle peut se voiler tout entière.
Puis, avec un regard, luie voi\^ qui font trembler tout le monde a bord : — Qu'il meure ! le [)remier qui tentera de porter sur ces voiles une main criminelle! Considérez-la dès a présent comme un joyau qui fait partie des tiésors du sultan. — Il dit <J , fléchissant le genou, se relire, alin qu'elle puisse eu liberté goùtei- quelque repos.
Ali OBERON.
Amanda n'entend pas les discours du forban. Elle roste assise, immoijilo, étourdie par son malheur, la tête dans ses mains, le coude sur ses genoux, les yeux fixes, éteints, vides de larmes. Sa douleur est trop grande pour être exprimée ; son cœur, malgré son éneigie, trop faible pour la supporter ; ce dernier coup l'accable : elle succombe , mais elle succombe sans se plaindre.
Elle cherche autour d'elle des consolations et n'en trouve aucune : partout le vide, la désolation ; partout la nuit comme dans son âme. Le monde, pour elle, s'est transformé en un repaire d'assassins. Elle porte les yeux au ciel, mais, la également, |)lus d'espérance, plus d'ange qui lui sourie. Au bord de l'abîme que le désespoir tient ouvert devant elle, la mort seule, la mort l'arrête encore.
Celte dernière, cette fidèle amie des malheureux lui tend sa main décharnée. Elle descend avec elle dans l'empire silencieux des ombres, où cesse toute misère, on toute douleur se tait, où l'âme, libre enfin, n'a plus de chaînes qui la froissent, où s'évanouissent, comme des rêves d'enfant , les scènes de ce monde, le cœur seul nous restant. C'est la qu'elle doit retrouver tout ce qui lui fut cher.
Telle que la brebis qui meurt sous le couteau , elle se résigne en silence; elle soupire après sa dernière heure. Titania, cependant, s'approche dans le calme de la nuit, pour lui })ortcr quelques consolations. Elle répand sur la
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Iicllo éploiro iino iiivisililc pluie de vapeurs somnifères, (pii raiiiiiUMil son cœur aballii cl , par degiés, assoupissent Ions ses sens. I.a reine des fées tlioisil ce moment pour se monirer en rêve dans sa rose auréole.
Piends courage, dil-elle. Ton fils et Ion époux res- ]iirent encore; ils ne sont pas perdus pour loi. Reconnaismoi. Quand tu me reverras pour la troisième fois, vous ainez , iiiàce a voire constance , accompli le serment dOhéron ; vous melirez fin a nolie peine et, de même que nous serons heureux, vous le deviendrez aussi. — A ces mois, la vision se dissout dans les airs; mais, a la place où se lenail la déesse, flolle encore une senteur de roses;
Amanda s'éveille. Au parfum, au suave rayonnement qui ne se dissipent que peu a peu, elle a reconnu la divine protectrice qui naguères , dans la grotte, vint lui prêter une assistance inespérée. Touchée, confuse de cette nouvelle marque de faveur, elle accepte avec gratitude ce gage de l'existence de son fils et de son H non. Forte, maintenant, de cet espoir, elle délie les rigueurs du destin.
Si ponriantelle savait, ce qu'heureusement elle ignore, dans quelles tortures cette même nuit s'écoule pour son é[)oux , pour le malheureux qu'une corde sept fois tordue anlour de lui garrotte au tronc d'un chêne, son cœur, hélas! en serait brisé!... Mais lui, dont le regard ne connaît ni distance ni ténèbres, leur génie tntélaire, où larde-t-il ?... \on loin de la source du Nil . il se lienl sui-
la m\)è (l'un iwlw»r i|ni pUmo. iii.u'cet^sibiö :uiv mutgéti , dans ies? airs* les plus purs.
Le prince des esprits (ourne de sombres regards vers l'île où liuiiiuit lluon ; il eiileiid les gémissements qui, traversant l'immense étendue , retentissent jusqu'à lui ; il lève ensuite les yeux i)Our contempler l'étoile du matin , et se voile en soupirant. Alors . du milieu des génies qui partout l'accompagnent, un d'entre eux, son conlident, se détache et s'approche.
Pâli, dépouillé de son éclat, le sylphe l'observe en silence: le respect lui ferme la bouche, mais ses yeux interrogenl le roi ; il voudrait connaître la peine qui l'oppresse. — Regarde, dit Obér(m. — A ces mots , sur la nue fjui passe emportée par les vents, l'image d'Iluou s'offre, comme dans une glace, au génie consterné.
Triste Iluon ! a quelle extrémité se voit-il réduit ! lui proie aux blessures de son canir, abandonné, enchaîné au milieu de la forêt déserte, il se meurt d'un long el cruel martyre. Dans les angoisses du désespoir, son âme ne peut réprimer un sentiment de colère. — L'ai-je mérité? se dit-il ; qu'a fait Amanda ? Notre misère n'esl-elle qu'un jeu pour les êtres d'en haut?
Comme tout est paisible autour de moi ! Comme tout reste insensible à mon atroce tourment ! Pour moi , pas un grain de sable ne se dc'place au bord de la mer, pas une feuille ne tombe de la voûte des bois ! Il ne faudiail ,
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pour ronpcf mos liens , qu'un cnillou Irancliant , lu'las ! rt, dans l'hunicnsiiô , i>as une main qui le mette on monvemenl !
I^l pourtant, si tu voulais déloiuner le malheur de ma trie, ù loi qui, dans l'instant où je Tosperais le moins, m'ariarlias si souvent a la mort , un ii,esle seulement , et (•lia(pn) lamoan de la forêt serait un Inas pour m'assister ! — Soudain un mystérieux frisson, prompt comme l'éelair, ébranle tous ses membres : les cordes tombent ; il chancelé, ainsi que dans l'ivresse ; mais il est soutenu par une main invisible.
C'est un sylphe qui rend au paladin cet opportun service, le génie même auquel Obéron vient de montrer dans la nue l'histoire des deux amants. Il n'a pu résister ;i ce triste spectacle : — Ah ! s'est écrié le (ils de la lumière, en se prosternant avec émotion aux genoux de son maître, tout punissable qu'il ait été , peux-tu, toi qui l'aimas, fermer ton grand ceur a sa ])eine?
Les fils de la terre, répliqu(; Obéron, ne voient point dans l'avenir : nous-mêmes , tu le sais , ne sommes que les esclaves du Destin. Au milieu de saintes ténèbres , bien au-dessus de nous, il poursuit sa carrière ignorée, et tous, volontairement ou non, nous subissons un iiiystérieux pouvoir <iui nous entraîne, aveugles, à sa suite. De cet abîme (jui me séparç diluon , il ne m'est plus permis que de foire une chose pour lui , une seule.
21, Vole, cU'lie linfoi luiu', ot portc-lc dans l'inslanl même, lel qu'il est, a Tunis, sur le seuil du logis d'Ibrahim , le vieux jardiuier du sérail; dépose-le sur le banc de pierre qui se trouve devaut la porte; puis retire-toi sans te rendre visible , sans éclianger aucune parole avec Huon , et. sois prompt.
Aussi rapide qu'une flèche , le sylphe part , descend auprès d'Huon , dénoue ses liens , le soulève sur ses robustes hanches et l'emporte a travers les airs , par dessus la terre et l'Océan, jusqu'à la porte d'Ibrahim. La, quittant son fardeau , il le pose doucement sur la pierre, comme s'il le couchait au sein de l'édredon. Dans ce qui lui arrive, le bon chevalier croit voir Teffet d'un songe.
Il jette aux alentours des regards étonnés , et cherche à se reconnaître. Tout le conlirme dans sa i)ensée : il doit rêver. — Où suis-je ? — se demande-t-il en craignant de s'éveiller. Dans ces entrefaites un coq , non loin de là , commence a chanter, puis un second et bientôt un troisième. Le silence fuit, le ciel ouvre ses poiles d'or, le dieu du jour parail cl loul vit, (ont se meul antoui- de la cabane.
La porte crie : un homme de haute taille , a la barbe grise,' bien qu'il ait encore joues fraîches et vermeilles , sort, une bêche a la main ; ils se regardent l'un l'autre, et, qui pourrait le croire! reconnaissent en même temps Iluon son fidèle écuyer, sous la casaque d'un esclave, et
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le lion Scliciiisniiii son nohlc in.iili'c, qu'il ;i ciii inoil , (liiiis ini ;i|ti>ait'il (iiii iiiuinoiu'o licii moins (jiio l;i pros|»('iil(''.
— Soi;iil-('C p()ssil)lc? — s'ôerioiil-ils Ions \os deux. — Mou noble maîlro I — ]\Ion ami ! — Comment nous trou- Yons-uous iei ? — Dans le tianspoil de sa joie , le vieux soldat emi)iasse les genoux et baigne de larmes la main dlluon; (|ni , pour témoigner le plaisir qu'il a de le icvoir. s'ineliue vers lui , le relève et le baise plusieurs fois sur les joues. — Dieu soit loué ! s'écrie Scliérasmin, je suis certain , a celle heure, que vous êtes vivant.
Quel heureux veni a [lu vous conduire au seuil de ce logis ?. .. Mais l'endroit n'est pas convenable pour causer ; venez, cher maître, dans ma cellule, avant que personne nous voie ensemble. Dans tous les cas , lui glisse-til a l'oieille, vous êles mon neveu Hassan, un jeune marchîind d'Alep, (jui, curieux de voir le monde, a fait naufrage et n'a sauvé que sa vie.
Oui , soupire le chevalier , la vie seule me reste , une vie, hélas! qui n'est pas un bienfait. — Tout s'arrangera,— réplique Schérasmin, tandis qu'il ouvre sa chanibretle et s'y lenferme avec Iluon. — Prenez vos aises, — ajoule-t-il en apportant sm^ une assiette les trésors de son petit buffet, du jinin , des olives, du vin; puis il s'assied auprès de lui et l'invite a se réjouir.
Après tous les tours que nous a joués la fortune, notre
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leiuuiilii' iii()|iiiuv. ici. a liinis, dcvaiU la iiiaisoii d'IlMalii]!! le jaidiiiior, est une preuve, mon excellent maille, quOliéron veut insensiblement nous réunir tous (le nouveau. Le meilleur manque encore ; mais, connue garantie du retour dAmanda. nous avons déjà sa nouri ice.
Qno dis-tu? — s'écri(? Iluon rempli de joie. — IHIe est Tesclave de ce même llirahim chez qui je seis, répHijuc Scliérasmiii. ('omme elle va, la bonne femme, être lieureuse do vous revoir! — Il commence ensuite a raconteice qu'il a fait et souffert durant le temps de leur sé|)aration , les motifs qui l'ont décidé a s'éloigner de Paris sans avoir acc(mipli son messnife.
ÔO.
Il dit tout, connuentil est allé "a Home ponr demander lluon dans le Latian ; comment, en le clicrcliaut. il a perdu mainte semaine à gaspiller son peu d'argent; comment, pauvre pMerin , il a couru la moitié du monde, avec une pacotille de coquillages, jusqu'à ce (]u'enlin son bon g(''nie l'eùl conduit 'a Tunis, où , par un liasard miraculeux , il rencontra Falmé et résolut d'atteudre avec elle des temps meilleurs.
La cassette , ajoute-t-il en terminant, est restée intacte ; elle est telle, par bonheur, que le nain vous la donna dans Ascalon , car, je le vois , le cor et la coupe ont disparu... Pardonnez-moi, mon cher maître, d'avoir mis ainsi le doigt sur la plaie... J'ai tort de bavarder avec cette liberté : c'est le i>laisir de vous voir qui me fait
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(li\iin!i('i , mais vous connaissez mou (.a'ur... wen pailoiis plus.
Le noble lils de Sévin presse la main de son vieil écuyer et lui dit : — .le connais ta lidélité ; tu sauras tout , ami , je ne veux rien (e caclier; mais il faut, avant tout, que lu me rendes un service. Celte cassette que lu m'as conservée est riche en joyaux ; ne penses-tu pas que le meilleur emploi auquel je puisse les consacrer serait de me procurer, le plus promptement possible, des armes, un clieval, tout l'équipage, enfin, d'un chevalier.
Douze heures a peine se sont écoulées depuis (ju'une troupe de pirates m'enleva mon Amanda , alors que j'étais seul et désarmé sur une plage déserte. Sans aucun doute ils vont la conduire au pays des Moresques, ici peut-être, a Maroc ou a Fez, dans quelque ville où ils auront espoir de la vendre chèrement; mais aucun harem ne possédera jamais ce trésor de ma vie, dussé-je avoir le monde a parcourir.
Le vieillard rélléchit en silence. — La contiée d'où vous venez n'est donc éloignée d'ici que de quelques lieues? — Pas que je sache , répond le prince. Peut-être la distance est-elle de mille lieues ou plus ; je ne saurais dire qui, un génie sans doute, m'a transporté dans ces climats, avec une prodigieuse vitesse, du fond des bois où les bandits me garrottèrent.
Nul autre qu'Obérou, s'écrie l'écuyer, n'a pu vous