I NOTICE
force 6i «rédH, au détriB«iit de l'éoole classique nm fiauiçaist^ , en 1799, les fieras Schlag^l dirigèfent coolre lai use «tlaqiic plut violealt el doot les soites furent aussi plus duraUes. Ou lui dans VAthenmum « une iavilalkm aux sieurs Lucien, Fieldiog , Slerae, Bajle, Voltaire, Giébilloii, Hamilion et beauoouii d'autres, de iBème qu*à Uonee, Arioste, GenraDtes, Sbakspeare, eu uo mot à tous ceux qui pourraient avoir à Caire quelques réclamations, à se r^nir en assemiilée de créanciers à l*effei de les Caire fileir contre le sieur Wieland. » •
L*accusaUon était plus piquante que J«fCe,^u moins dans ce qu'elle avait de général. Hais le publie j^Menit^<l 9 aoq ntoins iocoustant qu^ 1^ public français, si volage pourtant» à ce que Ton assure, lit droit ù la requâie des adversaires de notre poêle. Il devint à la mode de le dénigrer.
Cette réaction était trop exclusive pour éurer, etv depuis longtemps, Wieland occupe , dans ropinlon^e-aes compatriotes les plus éclairés, la place qui lui appartient, non paa peutrèire parmi les génies originaux, mais au premier raift des penseurs spirituels et des poêles élégants.
Dès 1810, madame de Slaël, dans le livre sur l'AlUmopM.^ auquel Schlegel ne fut pas complètement étranger, jugeait ainsi Tauteur û'Obéron : .
a Les nouveaux -écrlMinB,. qui ont exclu de la littérature allemande toute inOufiBoe étrangère, ont été souvent injustes envers Wieland : c'est lui dorilles ouvrages, même dans la iraduetion^ ont excité Tiulérél de 4oute TËurope ; c'est lui qui a fait servir la sciuncu de ran(i(|uilé au charme de la liltéralare; c'est lui qui a donné, duns les vers, à sa langue féconde,' mais rude, une floxil>llité musicale et gracieuse. Il est vrai eependant qu'il n'était pus avantageux ù son pays que ses écrits euaiaiHde^ imitateurs : l'origlualUé naliooale vaut mieux ;^ Ton devait, toiH eu recoanuissanl Wieland pour un grand maître, souhaiter (tu il n'e<U pas de disciples... »
Quant aux appréciations des Allemands eux*méme«,> voici quelques extraits d'un chapitre écrit par Thomme qui tient au* Jourd'hui le ëceptre de la critique au delà du Rhin«. Wolfgaug
I. l)nns Kon ouvrage sur In litK^ralurc allemande ; die P$ut$t^ liie* rofffr. SUiUjiart, IMS; FrancKh,
SDR WIELAND. ju
H Difel MMf ^nre» Wlcland n'a pas été moim.illto que Lessing, cm rmdaWt agréable et facHc povr les Alleàiftwb ce que ce dernier leUr imposait avec sévérilé, même avec nidetse. Celte différence entre leurs deux caractères tit aussi qu*il eut aolani d'amis que Tantre d'ennemis. Le génie antique, cristallisé en quelque sorte chez f^ssing, s'épanchait ches Wieland avec autant de liberté que d'abondance. Moins sérieux, moins absolu, Wieland se mettait à l'aise ; mais ce mattre, qui n'exigeait pas d'eux autant d'application , était précisément ce qn*il fallait aux éU»* mands. Son grand ^ fOB ImmorteF mérite eii d'avoir donné* le premier à ses compatriotes une idée do là jglM des Grecs el d'avoir assoupli leurs nembreâ trop roides...- (^près les génies puissants, qui, tels que Kiopslock et Lessing, «valent secoué let lourds vêtements dont la poésie nationale était embarrassée , après ceux qui n'avalent |Mi et dû avoir que In îotee en pa rtagc, vint le tioaf "d'un eipdt Jfooé pour sa part à la gr&ce exclu- 8ivemem..,.)-Wietaad'.\larut, génie aimable, serein, léger y^ délicat, tout tmprégni dHine grâce, d'un enjouement, d'un ei-« prit inépuisables. Il Ihut nécessairement connaître Tépoque étroite, compassée, maniérée, qui le précéda, poor appréciera toute sa valeur le libre essor qu'il sut prendre et pour excUserce que nmre siècle, iprvenu plus haut %i9a >on aide, serait tenté dO'kii reprocher peat-étre. Wielaaéraaéltfe premier à la poé-^ ftio allemande l'aisance, la grftcajsinijiliistlftelurêlle de l'honmiQ da monde ; il lut apprii^à connaître, âr^Mehercheret à manier le badina^. Audacieux, rieur, irrésistible, il coopa les catogans de» phUtstlns (des bourgeois par opposition aux artistes); il dé-^ pouilla enfin Ja> iMniité robgissanto du fard et des iraniers... »
Et plus iotn : c Ce que Winkelmann a (adi pour Jeûs arts plas-i tiques v-iirraiiltiiBnr la poésie : il a enseigné à reconnaître j à étudier dannles Modèles grecs et à reproduire parmi nous la beauté naturelle et vraie » .
a Ancutt écrivain, dit If. Duvau (dans une excellente notice de la BiO0mphie universelle), n'a eii autant d'influence, non-seu* lemenlaor le style, mais encore sur le ton de la société. La nel^ teté des pensée^, le besoin d'un but réel et utile, l'amâtllé ot U facilité à entrer dans les idées de ses interlocuteurs distingnaleil' pareillement sa conversation. Ses services furent donc immenses, a '
uu NOTI€E
Wieland avait porté sur lui-même un jugemeal analogue. « J'ai infiniment peu d'imagination, disait-il en tSOO à la duchesse Amélie, et pourtant on ne m'a jamais tenu compte que des créations de ma fantaisie. Depuis cinquante ans, j'ai mis en circulation une foule d'idées qui ont enrichi le trésor de la civilisation nationale et ne portent plus le cachet de leur auteur : Toilà mon mérite. »
Sa modestie, d'ailleurs, était eitrème, sans être affectée. Lorsque Ckescfaen, en 1794, réunit ses œuvres dans une édition de luxe, il s'en montra peu saHsfait, car, disait-il, la moitié au aK>ins de ce qac j'|i écrit n'est pas digne de ce vêtement d'ap-* parât. .— Je n'ai jamaiscru que je fusse un grand poète, répétait-il àBœttiger, quand les Scblegel firent leur déclaration de guerre.
Il fut, d'autre part, toujours prompt à reconnaître les mérites de ses rivaux. On a vu comment il acoueiliit les premières prod actions de Jean-Paul qui fut le sncoesseor de SterM^ dans ses sympathies littéraires. — Dieu dans sa bonté nous « donné lierder, éerivait-il i Jaeohi. — Quant h Qœtlie, il n*ea4 sorte d'éloges qu'il ne lui ait prodigués. — c II iUtti tout, s'écriait-il un jour devant Boeltiger. S'il voulait faire des stances rimées, il me battrait aussi sur ce terrain-là» »
Tant de modestie peui servir à expliqoev \0 soin qu'il apport tait dans tons ses éofitft. « Il n'aimait pas, dit M. Duvau, à paraître en négligédevant les personnes: qui v^oaient le voir : 11 a de même respecté constamment ses lecteurs et n'a janals cr» que sa haute renommée le dispensât de donner tous ses soins ii ce qu'il leur présentait Tous ses ouvrages importants étaient écrits et copiés de sa main. Obéron Ta été qimtre fois. Son écriture même était soignée et très-nette. »
« La manière dont je travaille, a-t-il dit lui-niême, ressemble assez à la méthode du dessinateur, qui ne feit jamais que des lignes et des traits, elRaice sans cesse avec sa mie de pain, ajoute toujours et finit par offrir un ensemble passable. Aussitôt que mon esprit vient à produire, j'écris; pourtant ma pensée île so dessine', ne se forme que lorsque je l*ai retournée, eflSMsée , pétrie, tortillée à trois, à quatre reprises et même pins. Aussi rien d'affreux comme mes brouillons »
« Ha femme, remarquait-il plus tard, en montrant le dictionnaire d'>'*^*"»»«' ^A,u^ sur une table, ma femme peut dire com-
SUR WIBLANV. ixiu
bien de ^ far Jiuir je le consulte, parcrainle d^écrire «n mot qni nesoit i>asiiilemaud. Et pourtant voilàcinquanteans que j'écris Fallemand 1 II faut encore que.sans cesse je sois sur mes gardes, à cause de mon i^aiois souabe, pour ne pas laisser échapper de temps en temps quelque sûévisme »
On retrouve celte sévérité, cette honnêteté de la conscience, dans les ciplications quMl se crut obligé d'opposer plus d'une fois aux reproches d'immoralité dont il fut poursuivi. Il écrivit entre autres ce passage : « Mes intentions éuient pure» ^ pourquoi n'a-t-on pas voulu les recoipattrel Croyez-vous sérieo** sèment que deux ou trois contes badins puisseni corrompis li société?.... J'ai peint les vices tels qu'ils soBt : est-ce ma faute s'ils sont attrayants?... D'ailleurs ce n'est J4 que T^coessoife.... Au reste, si le coloris est trop vif, c'est une eneur de noAL,. La pensée cpie j'ai pu faire du mal m'est très-pénilile et m'a souvent conduit à désirer d'avoir été fendear de bois> portefaix ou toute autre chose qu'un éecivaia populaire..... »
Père de neuf enfants vivasts (il en eut quatorze), simple dam ses goûls et ses habittutos, il cherchait le bonheur surtout au seia de sa famille. Lorsqu'on i9Qi. il perdit sa femme, sa douleur fut extrême. Peu après il quitta sa campagne d'Osmanstaedt, son Oimantium, comme il se plais^^it à l'appeler, où il résidait pai> siblement depuis quelques années, et il revint à Weimar. Fort âgé ^déjà , il regardait chaque année qui s'éeôulait encore pour hrfcenwme une conquête sur la mort à laquelle, par suite de sa coaniitution faible originairement, puis altérée par un travail a^ sidu, il s'attendait longtemps avant qu'elle vint le frapper.
Dans l'hiver de 18tô à 1813, à l'âige de quatre-vingts ans, il prit une part très-vive aux représentations qu'Iffland donnait alors sur le théâtre de Weimar. Une première attaque d'apoplexie le surprit au commencement de janvier. Les secours de l'art donnèrent de l'espoir. Mais, dans la nuit du 13, les crampes et la fièvre rendirent son état plus alarmant. Il conserva toute sa sérénité, conversant avec sa famille et s'occupant d'achever s;) traduction de Cicéron. Bientôt les accidents se multiplièrent. Dans les rêves de sa fièvre, maintes figures de l'antiquité passèrent devant sa pensée; d'autres fois, quelques mots italiens, échappés de sa bouche, apprirent qu'il se reportait vers l'Arloste et ses chevaliers; puis son csj»ril vint à la fin se reposer au
ntn^ NOTir.K SUR WIELAND.
sein de SMcspeare. Ses enfanu rentendirent^^ant sa dehûèfé journée, mnrronrer k plusieurs reprises les premières paroles du monologue d'HamIet : Être on ne pas être,.* • eo allemand d*a-' bord , puis en anglais. Un peu avant minuit, le 20 janvier , il cessa d'exister.
Ses restes sontdéposés à Osmanstaedt, entre ceux de sa femme et ceux de Sophie Brentano, petite-Glle de son amiedeLaRoclie. Il avait lui*nième choisi rcmplacemenl où s*élève aujourd'hui une pjramjde avec celte iMeriptlon, écrite par Wieland en 1806 : l'amour et V amitié réuniiijfmt pendant la vie leurs âmes sympathiques^ et cette pierre emnmune recouvre leurs restes mor^ tels.
On a fait celte remarque que Wieland, qui n'était d'aucune académie allemande, fut néanmoins associé de flnslitut de France (class43 d'histoire^et de lillératurc ancienne). Napoléon en personne lui avait donné la croix de la Légion-d'Honneur dans une cnirevue qu'il eut avec le noble vieillard lors du cougrés d'Erfurt ; Alexandre, qui se piquait d'imiter son frère impérial, ne manqua pas d'ajouter à celte décora lion l'insigne russe de Sainte- Anne : le poëte ne^ put qu'accepter l'une et l'autre.